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Homélie prononcée à la Crypte par Père Boris le 23 janvier 2005

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit

Nous venons d'assister à une discussion comme si nous étions – je dis bien comme si nous étions – dans la foule qui entourait le Seigneur. Selon certains évangélistes, il y a là un notable, c'est-à-dire un nanti, qui jouit d'une position sociale flatteuse, qui est respecté et qui fait le bien autour de lui, ce peut être aussi, comme le rapporte un autre évangéliste, un jeune homme riche et non pas un notable. Il est d'ailleurs possible qu'à maintes reprises, ait été posée la même question au Seigneur par ceux qui, subjugués, interloqués ou scandalisés, venaient vers Lui pour recevoir ou affronter Sa parole : « Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? En définitive, que faut-il faire ? »

Tout d'abord, Jésus répond d'une façon toute simple très compréhensible par son auditoire : « Que faut-il faire  ! Eh bien I Commence déjà par ne pas m'appeler "bon". » Comme si le Seigneur n'était pas bon... en effet s'il reprend son interlocuteur c'est que ce dernier ne donne pas le sens véritable à cette parole puisqu'il ignore que Jésus est Dieu. « Seul Dieu peut être appelé "bon", alors pourquoi m'appelles-tu "bon"? Commence donc par ne pas employer d'adjectif flatteur qui ne correspond peut-être pas à ce que tu as dans ton propre cœur  ! »

Jésus poursuit : « Tu connais les commandements ». Bien sûr qu'il les connaît puisqu'il les entend tous les samedis dans la synagogue « Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne tueras pas, tu ne déroberas point, tu ne diras pas de faux témoignages, honore ton père et ta mère. ». Ceci est la lettre du commandement. Mais déjà, bien avant, Jésus avait dévoilé l'esprit de ces commandements lorsque ce sont des commandements négatifs du type "tu ne feras pas ceci, tu ne feras pas cela" car il faut réfléchir au-delà de la lettre. Jésus approfondit le sens de ces commandements et nous rappelle « Vous avez entendu ce qui a été dit aux anciens "Tu ne tueras pas, celui qui tuera mérite d'être puni", mais moi je vous dis : quiconque se met en colère contre son frère mérite lui aussi d'être puni ou bien "Tu ne commettras point d'adultère", mais moi je vous dis : quiconque regarde une femme pour la convoiter alors, dans son imagination, il a déjà commis l'adultère avec elle. (1)»

Par conséquent, qui de nous peut être considéré comme ayant réellement suivi les commandements de la Loi ? Mais en admettant – chose impossible – que nous ayons accompli les commandements de la Loi, non seulement selon la lettre mais dans l'esprit, pour autant l'interlocuteur n'est pas satisfait ni Jésus non plus.

« Que me manque-t-il ? » dit-il. Et aujourd'hui, Jésus répond : « Une chose te manque encore – Quoi donc ? – Si tu veux être parfait... » Eh bien  ! ici nous sommes troublés par cette parole qui a été bien souvent, à travers les deux mille ans de chrétienté, entendue, comprise et suivie à la lettre : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, tu auras un trésor dans les cieux puis viens et suis moi ».(2)

Remarquez quel contraste infini, quel abîme existe entre d'une part l'accomplissement de tous ces commandements négatifs (ne fais pas ceci, ne fais pas cela) et d'autre part l'appel à suivre le Seigneur à condition de vendre et de donner tout ce que l'on a. Pour nous autres qui sommes immergés dans le monde et ses besoins, dans les richesses ou l'absence de richesse, dans la nostalgie du meilleur et du confort, comment comprendre cette parole du Seigneur ? Comment vivre sans être déchirés intérieurement ? – il est d'ailleurs bien d'être déchiré intérieurement – Comment vivre ce décalage entre, d'une part, l'accomplissement de ces commandements qui relèvent du domaine de la moralité "ne fais pas ceci, mais fais cela" et, d'autre part, l'appel à suivre le Seigneur qui révèle une réalité fondamentale en nous invitant à découvrir une relation personnelle avec le Seigneur : « Suis moi  ! »

« Suis moi  ! » Et ce contraste traduit le dépassement de la Loi. Comme le dira saint Paul auquel nous allons bientôt nous référer, c'est le dépassement de la Loi par la grâce. La Loi ne libère pas, la Loi est une contrainte, un fardeau et une nécessité à laquelle nous devons obéir. Mais, ayant obéi à la Loi, il nous manque encore quelque chose, nous sommes encore loin de la réalité fondamentale à savoir une relation vivante avec le Seigneur et nous devons découvrir cette relation.

Lorsque la foule entourait Jésus, elle ne pouvait manquer d'être impressionnée par l'énergie, la beauté, la splendeur de Son visage et de toute de Sa personne. Elle ne pouvait manquer de sentir la force qui émanait du Seigneur Lui-même, soit par les miracles, soit par la puissance même de Sa parole qui pouvait atteindre jusqu'au fond du cœur. Et quand cette parole du Seigneur atteignait au fond du cœur alors quelque chose pouvait véritablement se passer et l'on pouvait commencer à comprendre que, finalement, l'accomplissement de la Loi, même si l'on s'y efforce de son mieux, n'est pas tout et n'est peut-être même pas l'essentiel.

L'essentiel est beaucoup plus loin.

À cet égard, je voudrais attirer votre attention sur l'extrait de la splendide épître que le saint apôtre Paul adressait aux chrétiens de Colosse en Asie Mineure. Dans cette lettre aux Colossiens que nous venons d'entendre, saint Paul nous enseigne et nous apprend à quoi correspond et ce que signifie véritablement "suivre le Seigneur", dans toutes les circonstances et toutes les conditions de notre existence :

Ainsi donc comme des élus de Dieu... ici chaque terme pèse. Comme des élus de Dieu : nous sommes en effet des élus de Dieu ; chacun de nous a été choisi par Lui, je peux le dire, de toute éternité, et le Seigneur connaît le nom de chacun de nous depuis toujours et pour toujours.

Comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés : avec quelle tendresse saint Paul parle ici.

Revêtez-vous d'entrailles de miséricorde : C'est une image empruntée aux Prophètes et aux Psaumes de l'Ancien Testament : c'est ce qu'on appelle un anthropomorphisme, les entrailles de miséricorde signifient que lorsque nous aimons quelqu'un, nous ne l'aimons pas seulement avec l'intelligence ou le cœur, mais aussi avec nos entrailles, avec les profondeurs de notre être, avec tout notre subconscient, avec tout notre élan intérieur, brûlant d'ardeur, qui siège dans ces entrailles de miséricorde.

Revêtez-vous d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres : – car ce n'est pas facile de nous supporter les uns les autres – et si l'un a sujet de se plaindre de l'autre, pardonnez-vous réciproquement : et avant même de pardonner, commençons donc par demander pardon aussi.

De même que le Christ nous a pardonnés, pardonnez vous aussi, mais par-dessus toutes ces choses, revêtez vous de l'amour (de la charité) qui est le lien, – le lien, c'est-à-dire le sommet – de la perfection : En cette charité se rassemblent toutes les autres vertus, toutes celles dont saint Paul et les évangiles nous parlent, tout cela trouve son sommet, sa synthèse (3), on peut le dire, son unité dans la charité, dans l'amour. Pourquoi ? Parce que Dieu est Amour. Et lorsque l'on dit que Dieu est Amour, on discerne dans l'amour de Dieu toute cette plénitude des temps que Dieu nous donne.

Et que la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former un seul corps règne dans vos cœurs et soyez reconnaissants. La paix du Christ : on peut bien sûr rappeler ici cette parole de Saint Séraphin de Sarov qui disait « Acquiers un esprit de paix – l'Esprit Saint par conséquent – et des milliers trouveront le salut autour de toi. » Celui dans le cœur duquel la paix règne devient comme un aimant, comme une lumière, comme un feu, comme un arôme aussi, comme un lieu de beauté qui séduit, attire, unifie et apaise, parce que la paix se transmet comme le feu de l'Esprit dans un embrasement de nos cœurs.

Et saint Paul poursuit et il n'est pas inutile que nous puissions relire ensemble cette exhortation : Que la parole du Christ habite parmi vous abondamment. La parole du Christ habite en nous comme une semence, comme une graine qui pénètre dans nos cœurs, qui meurt dans nos cœurs et qui revit comme notre propre parole. Il y a ici une osmose entre la parole du Christ et notre propre intelligence qui descend dans le cœur.

Instruisez vous, exhortez vous les uns des autres en toute sagesse par des psaumes, par des hymnes, par des cantiques spirituels chantant à Dieu dans vos cœurs sous l'inspiration de la Grâce. Pour chanter dans nos cœurs il faut déjà être drapes dans la joie, dans cette exultation spirituelle que l'Esprit Saint nous prodigue. Alors on a envie de chanter, de courir, de rire, et c'est cela cette joie nouvelle que le Seigneur nous confère dans l'Esprit Saint.

Et dans sa conclusion, saint Paul nous ramène à l'entretien de l'Évangile d'aujourd'hui : Et quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au Nom du Seigneur Jésus, en rendant par Lui des actions de grâces à Dieu le Père.

Faites tout au Nom de Jésus, rappelons ici que parler du Nom de Jésus c'est parler du Seigneur Lui-même. Par conséquent, en tout agissez au Nom de Jésus, en vous tournant vers Lui, en vous adressant à Lui et en recevant de Lui toute la plénitude de la grâce dont nous avons besoin pour vivre.

Et ainsi, dans l'existence même de chacun de nous, se dévoile le sens de cette parole « une chose te manque encore, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et viens et suis Moi. » C'est dans notre existence, c'est dans la vie de chacun de nous que nous devons découvrir ce que peut signifier ce « vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres ». Il s'agit de toujours offrir cette place au pauvre dans lequel nous découvrons le visage du Christ. C'est en particulier dans le plus petit, dans le plus délaissé, dans le plus abandonné, que nous découvrons le visage du Christ et, alors, donner c'est exactement donner au Seigneur Lui-même. Et alors nous découvrons que notre vie tout entière est tracée par ce "suivre le Christ" car "suivre le Christ" donne un sens à notre vie et nous entraîne vers le Père.

Amen.

Père Boris

Notes
(1) Évangile selon saint Matthieu V, 22-28.
(2) Évangile selon saint Matthieu XIX, 21.
(3) Remarquons que le mot grec employé ici par saint Paul pour lien est syndesmos.

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