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Pères du Concile de Nicée

Homélies

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Dimanche des Saints Pères du Premier Concile Œcuménique

VIIe dimanche après Pâques
Actes des Apôtres 20, 16-18, 28-36
Évangile selon saint Jean 17, 1-13

Homélie prononcée par Père René le 16 juin 2002 à la Crypte

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Ce Dimanche est consacré à la mémoire des 316 Pères du Premier Concile œcuménique de Nicée en 325. On peut s’étonner qu’entre les grandes solennités de la Fête de l’Ascension du Seigneur et de celle de la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte, l’Église ait placé la mémoire d’un événement qui parait relever davantage du cours de l’histoire événementielle que de la Révélation plénière de la foi. Il n’en est rien.

La convocation de Nicée, certes, fut un acte politique : le fait de l’empereur Constantin. L’Empire Romain, depuis la reconnaissance du Christianisme comme religion d’état, avait besoin d’une Église forte, unie et stable. Or précisément à cette époque, une hérésie, apparue à Alexandrie et suscitée par un prêtre nommé Arius, menaçait non seulement l’unité de l’Église, mais aussi par voie de conséquence celle de l’Empire. Le danger était réel. Un siècle encore après Nicée, les tribus goths du Danube acquises à l’arianisme, pénétraient en Europe, transmettant leur hérésie en Gaule, en Italie, en Espagne, jusqu’en Afrique du Nord et en Libye, faisant presque retour au point de départ de cette fausse doctrine.

Arius donnait une représentation simple et facilement acceptable de la Sainte Trinité. Pour Arius le Christ n’était qu’une créature humaine, non préexistante et secondairement unie au Père. Très tôt, l’hérésie fut condamnée par saint Alexandre, évêque d’Alexandrie.

Puis c’est au Concile de Nicée qu’il revint d’établir de façon claire et irréversible par son Symbole la véritable Personne du Christ, vrai Dieu de vrai Dieu, consubstantiel au Père et homme complet, engendré du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. À Nicée, un des plus ardents défenseurs de la foi orthodoxe était saint Athanase, diacre de saint Alexandre puis évêque, il défendra jusqu’à sa mort, cinquante ans plus tard, la foi de Nicée au prix de nombreuses épreuves dont cinq déportations. Saint Athanase et, avec lui, les Pères de Nicée reconnurent au Fils de Dieu, coéternel et consubstantiel au Père, toute la plénitude de la divinité .

S’il a revêtu notre humanité, c’était en vue de notre salut et plus encore de notre déification à venir : « Dieu s’est fait homme, dit saint Athanase, pour que l’homme devienne dieu. » Cette affirmation se trouve déjà chez saint Irénée. Elle ne devait cesser de se développer en Orient jusqu’à saint Grégoire Palamas et, bien entendu, dans la conscience de l’Église Orthodoxe et de ses fidèles jusqu’à nos jours.
Ainsi le rappel de la foi de Nicée trouve-t-il naturellement sa place après la Fête de l’Ascension du Christ. L’Ascension est l’accomplissement du mystère de notre salut. À l’Incarnation le Verbe se fait chair et l’homme devient le lieu de Dieu. À l’Ascension notre nature entre dans la Gloire de la Saint Trinité. Après s’être abaissé jusqu’à revêtir notre corps, Dieu nous élève jusque dans le sein de Sa propre divinité. Quand le Christ retourne auprès du Père que, comme Verbe de Dieu, Il n’a jamais quitté, Il emporte notre nature non seulement pour la sauver mais aussi pour la diviniser. C’est ainsi que la foi d’Athanase, la foi des Pères de Nicée, reprend l’affirmation de saint Paul : le Christ nous a ressuscités avec Lui et, avec Lui, Il nous fait déjà asseoir dans les Cieux auprès du Père.

Pour autant, l’œuvre des Pères de Nicée n’a été parachevée qu’au Concile suivant, celui de Constantinople, d’où l’appellation de notre Credo de Symbole de Nicée et de Constantinople. En effet, un autre hérésiarque, évêque cette fois, du nom de Macédonius, entreprenait à son tour de récuser la divinité du Saint Esprit. C’est grâce aux Pères cappadociens, à saint Grégoire le théologien, saint Grégoire de Nysse et surtout saint Basile le Grand, qu’a été éradiquée cette dernière hérésie. Saint Basile a établi la divinité de l’Esprit Saint et Sa consubstantialité au Père, même s’il ne l’a pas exprimé formellement. C’est depuis que nous proclamons que l’Esprit est Seigneur, qu’Il procède du Père et qu’Il est adoré et glorifié avec le Père et le Fils. D’ailleurs les Apôtres, saisis par l’Esprit de la Pentecôte, à leur première réunion à Jérusalem, ont reconnu la primauté de l’inspiration du Saint Esprit en affirmant « L’Esprit Saint et nous...  » Les Pères de Nicée et de Constantinople, parfaitement conscients d’agir sous l’action de l’Esprit ont proclamé de même : « L’Esprit saint et nous... » C’est par l’Esprit de la Pentecôte que depuis Nicée l’Église a dénoncé les hérésies qui menacent la vraie foi. Aussi la mémoire des Pères de Nicée et de Constantinople est-elle aussi rappelée ce jour-ci en signe précurseur de la Fête de la Pentecôte.

Aujourd’hui l’Église honore tous les Pères de Nicée, de Constantinople et de tous les conciles œcuméniques en leur dédiant la Prière sacerdotale que Jésus adressa à son Père, avant Sa Passion, pour l’unité de Ses disciples. Jésus prie pour les disciples et par eux pour tous ceux que le Père Lui donnera. Il demande au Père de les garder et de les sanctifier. La prière de Jésus pour les disciples présents et à venir repose sur la fidélité que tous auront à Son égard. Ces hommes sont choisis et tirés du monde par la grâce du Père. Ils appartiennent au Père, mais le Père les donne au Fils, pour recevoir Ses commandements et répandre Son œuvre dans le monde.

Parce qu’ils croient à la voix du Père, ils savent que Dieu a un seul envoyé Son Fils Jésus-Christ. Ils croient en la Parole du Fils et ils la gardent avec fidélité. Ils reconnaissent et croient que Jésus est l’envoyé du Père, sorti du sein du Père. Aussi c’est pour eux et pour ceux qui les suivront que Jésus prie, parce qu’en eux Jésus et le Père sont glorifiés. Jésus en appelle à la sainteté de Son Père pour que

Ses disciples soient conservés dans leur foi, qu’ils soient protégés du monde et qu’ils soient sanctifiés dans la vérité. Enfin Jésus demande que Ses disciples soient un, comme Lui-même et Son Père sont un, dans la fidélité à son Nom.

L’Église étend cette prière aux Pères conciliaires qui ont glorifié le Christ et accompli leur vocation en toute fidélité. Il nous appartient à notre tour de rendre grâce aux Pères théophores de Nicée et de tous les Conciles œcuméniques qui nous ont transmis la vraie foi, jusqu’au prix du martyre. Nous tous qui avons été baptisés en Christ et qui constituons aujourd’hui l’Église du Christ, environnés que nous sommes d’une telle nuée de témoins, comme dit saint Paul, devons manifester avec la plus grande force notre foi. Ce témoignage est le trésor qui nous est confié de tout temps par l’Église dans l’Esprit et que nous avons à porter jusqu’à la plénitude des siècles pour le salut de tous les hommes dans le Royaume de Dieu. Amen.

Père René

Cf. l’épître de saint Paul aux Colossiens II, 9.

Cf. épître de saint Paul aux Éphésiens II, 6.

Cf. Actes des Apôtres XV, 28.