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Pères du Concile de Nicée

Homélies

Dimanche des Saints Pères du Premier Concile ŒcuméniqueLes Pères du Premier Concile Œcuméniques

VIIe dimanche après Pâques
Actes des Apôtres 20, 16-18, 28-36
Évangile selon saint Jean 17, 1-13

Homélie prononcée par Père Boris le  4 juin 2006 à la Crypte

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

Père BorisDans notre année liturgique, passant de l’Ascension à la Pentecôte, nous vivons en ce dimanche une période particulièrement unique. En réalité, nous venons de célébrer l’Ascension du Seigneur et l’Église cherche à réitérer, à revivre – on peut dire – la chronologie même des événements du Salut : la mort, la résurrection, quarante jours plus tard l’Ascension, et encore dix jours plus tard, à la Pentecôte, la venue de l’Esprit Saint.

Dans cette succession d’événements nous pouvons nous demander comment il nous est encore possible actuellement de vivre, alors que le Seigneur est parti et l’Esprit Saint n’est pas encore venu.

Il s’agit bien sûr d’un symbole, d’une image. L’Église nous fait prendre part à la réitération des événements qui ont eu lieu une fois pour toute.

Elle nous fait revivre des épisodes qui se sont inscrit successivement dans l’histoire de l’humanité mais en réalité le temps humain, le temps terrestre n’est pas le temps éternel, le temps de Dieu. En effet, lorsque le Seigneur monte vers Son Père Il entre dans l’éternité divine, et là il n’y a pas de distance entre le moment de la montée, le siège à la droite de Dieu, la supplication auprès du Père conformément à la promesse "Je supplierai le Père et Il vous enverra l’Esprit Saint" et l’envoi de l’Esprit Saint Lui-même. Par conséquent ce que nous vivons en temps dispersé, en temps décousu pour ainsi dire, constitue une seule réalité.

Aujourd’hui, ce dimanche, l’Église porte tout particulièrement l’accent sur la prière du Christ, c’est le début du chapitre XVII de l’évangile de saint Jean qui constitue l’Évangile d’aujourd’hui. Voilà un passage d’une grande intensité où l’on perçoit à quel point c’est bien avec la mémoire du cœur que le saint évangéliste Jean nous transmet cette prière extraordinaire qui fut celle du Sauveur avant Sa Passion. C’est du plus intime de sa mémoire qu’il tire ce récit véritablement inspiré par l’Esprit Saint parce que le Seigneur l’a promis "L’Esprit Saint, le Consolateur, Il vous rappellera Lui-même tout ce que je vous ai dit" . Par conséquent ce que tous les évangélistes nous transmettent de l’enseignement de Jésus est toujours porté par le souffle de l’Esprit Saint et toujours le fruit de l’action de mémorisation du Consolateur. C’est le même Esprit qui ancre le souvenir au plus profond du cœur et qui le fait ressurgir.
Nous voici donc au début du chapitre XVII, après le discours des adieux, Jésus lève les yeux au ciel pour s’adresser à Son Père "L’heure est venue, Père glorifie ton Fils…". Cette extraordinaire prière est appelée la "prière sacerdotale".

La "prière sacerdotale" signifie la prière du Grand Prêtre, mais ce n’est plus le grand prêtre du Judaïsme dans l’ordre de Moïse et d’Aaron , car Jésus est Celui qui s’offre d’une offrande parfaite et éternelle : Il s’offre Lui-même et est offert, Il transmet nos prières, prie et exauce, Il reçoit et communique les dons. Par conséquent, comme le dit le saint apôtre Paul dans l’épître aux Hébreux, Il est le véritable Grand Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, le Grand Prêtre des biens éternels et des biens à venir. Le Grand Prêtre Jésus, s’étant offert Lui-même, ayant accepté d’être immolé sur la croix comme un "agneau sans défaut et sans tache" , comme une victime pure pour la vie même du monde entier, Jésus nous annonce Lui-même que l’œuvre du Salut n’est pas terminée : "Il vaut mieux pour vous que Je m’en aille."

"Il vaut mieux pour vous que Je m’en aille" cela signifie qu’il était donc nécessaire que Jésus ne restât pas simplement dans son état terrestre et corporel parmi nous mais qu’Il remontât vers le Père. S’Il remonte vers le Père c’est précisément pour nous envoyer cet Esprit qui repose en Jésus de toute éternité et de tout temps, c’est nécessaire parce que l’Esprit est Celui par lequel et dans lequel Jésus est de nouveau présent, car Jésus avait promis d’être parmi nous "Et voici, Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde." ou encore "Je m’en vais, et Je reviens vers vous" Le départ de Jésus n’est pas un départ définitif mais il s’effectue pour que s’accomplisse l’œuvre sacerdotale, pour que soit réalisée la fonction du Grand Prêtre qui consiste à demander, invoquer, prier, supplier. C’est pourquoi Jésus prie le Père.

Mais Jésus prie le Père à la fois comme grand prêtre en Le suppliant à l’instar de tout prêtre qui ne peut que supplier Dieu, et tout à la fois Jésus prie comme un fils s’adresse à un père aimant : "Je veux, dit-il au Père, que là où Je suis, ceux que Tu M’as donnés soient aussi avec Moi". Dans cette prière du chapitre XVII, il y des passages extraordinaires, des transitions entre la supplication et le désir, des contrastes entre la prière du prêtre et l’exigence du fils. Et le fils qui exige en disant "Je veux" demande aussi "Garde en ton Nom ceux que Tu M’as donnés, afin qu’ils soient un comme Nous". Cette exigence filiale est une exigence d’amour et d’absolue confiance, une exigence de parfaite intimité et de totale union du Fils avec le Père.

Ainsi l’Église à son tour prend toute sa place dans ce mouvement de supplication, nous supplions toujours et pas seulement aujourd’hui mais en tout moment de la vie de l’Église. L’Église est en attente, en supplication, en intercession, en prière fervente pour que l’Esprit descende sur le monde. À l’image du Fils, l’Église supplie pour que l’Esprit descende et abreuve le monde qui est comme une terre desséchée et assoiffée, et non seulement le monde, mais encore et avant tout les cœurs humains. Les cœurs humains ont besoin de cette irrigation divine, de cette eau vive, de ce souffle vivifiant, de ce feu divin… Toutes ces expressions le feu, le souffle ou l’eau vive sont des images de l’Esprit qui nous régénère, qui nous renouvelle, qui nous sanctifie et, en définitive, nous divinise.

C’est en effet à la divinisation que nous sommes tous appelés. Le petit Grégoire qui vient d’être baptisé entre, lui aussi, dans ce courant et dans ce mouvement ; dès aujourd’hui il participe à cette ascension extraordinaire qui est celle de l’Église entière et de la vie de chacun de nous. Grégoire va grandir, s’élever et découvrir le Christ d’une manière qui lui sera propre. Chacun de nous doit en effet découvrir le Seigneur d’une manière originale, personnelle car le Seigneur s’adresse à nous personnellement par notre nom, notre nom unique : Grégoire, Hélène, Didier, Marie, Boris… à l’exemple de Marie auprès du tombeau vide à la Résurrection. Quand Jésus appela "Mariam", quand elle entendit prononcer son nom avec cette intonation familière, elle reconnut que, sous l’apparence et le visage d’un jardinier, c’était le Seigneur Lui-même qui lui parlait.

Chacun de nous est appelé par son nom, et au moment où le Seigneur nous parle, Il nous ouvre les oreilles et les yeux, Il nous rend aptes à L’entendre et à Le reconnaître afin que nous puisions nous écrier "Rabbouni  !" . S’Il s’adresse à nous c’est qu’Il nous rend capables de Lui répondre "Maître". Comme Marie à son appel, nous nous écrions avec toute l’ardeur, toute la simplicité et toute la ferveur de notre propre cœur.
En guise de conclusion, je voudrais donc rappeler que l’Église est toujours en prière, en intercession, en "épiclèse" selon le terme liturgique. Le mot "épiclèse" désigne l’invocation pour l’attente et la venue du Saint Esprit. Pourtant, nous savons que l’Esprit est déjà ici, c’est ainsi que l’Église est toujours partagée entre la supplication et la certitude de la présence, entre l’attente de l’Esprit et Sa présence comme le souligne la prière "Roi céleste" que nous dirons dimanche prochain à la Pentecôte : "Roi céleste, Toi qui es partout présent et qui remplis tout, viens et demeure en nous", nous L’appelons à venir, nous savons qu’Il vient, nous avons la certitude de Sa présence.

Puisions nous vivre en Église ce temps singulier entre Ascension et Pentecôte où s’accomplit dans l’éternité de Dieu et aussi dans notre temps humain la prière du Seigneur auprès du Père : "Je supplierai le Père pour qu’Il vous envoie l’Esprit Saint".

Puissions nous nous préparer à cette venue de l’Esprit Saint en nous, puissions-nous être assez sensibles pour percevoir à quel point cette venue est, chaque fois, originale et particulière, car l’Esprit Saint vient toujours comme la nouveauté absolue. C’est ainsi que l’Esprit Saint nous renouvelle, nous régénère et nous offre de voir le monde d’un regard nouveau. Amen

Père Boris


Voir notamment l’évangile selon saint Jean 14, 16.

Cf. évangile selon saint Jean 14, 26.

Voir notamment l’épître aux Hébreux 7, 11.

Cf. la première épître de saint Pierre 1, 19.

Cf. évangile selon saint Jean 16, 16.

Cf. évangile selon saint Matthieu 28, 20.

Cf. évangile selon saint Jean 14, 28.

Le petit Grégoire Feuillebois, fils de Michel et d’Ève fut baptisé ce dimanche.

Cf. évangile selon saint Jean 20, 16.

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