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Homélie

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Dimanche du Publicain

Deuxième Lettre à Timothée III, 10-15
Évangile selon saint Luc XVIII, 10-14

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 16 février 1992

Père Boris BobrinskoyAu nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Dans cette épître du saint apôtre Paul à un de ses très proches collaborateurs, l'apôtre Timothée, il lui dit ces mots : "Toi, demeure ferme dans ce que tu as appris et accepté comme certain ; tu sais de qui tu l'as appris. Depuis ta tendre enfance tu connais les Saintes Écritures ; elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse qui conduit au salut par la foi qui est dans le Christ Jésus." Paul lui avait rappelé qu'il avait été à l'apprentissage dans sa famille juive croyante, auprès de sa mère et de sa grand-mère et ensuite aux pieds de saint Paul lui-même.

C'est Paul qui lui a transmis la foi, l'amour de Dieu, le Nom et la louange du Christ Jésus. Timothée l'a reçu comme un dépôt précieux. Lorsqu'il est devenu adulte, Paul l'a gardé à ses côtés et finalement il lui a imposé les mains.

Selon la tradition de l'Église, Timothée fut ensuite ordonné évêque de la ville d'Éphèse.

Il y a entre Paul et Timothée un lien particulier, d'abord une grande affection, mais surtout un courant spirituel qui est un authentique lien de paternité. D'ailleurs Paul adresse sa première épître "à Timothée, mon véritable enfant dans la foi" et la seconde à "Timothée, mon enfant bien-aimé". Cette expérience de la paternité spirituelle est importante dans toute vie chrétienne. Pour que nous puissions grandir en Christ et vivre en Lui, il faut que nous passions tout d'abord par le stade de l'enfant, qui est celui de l'obéissance, une obéissance éclairée et en même temps fidèle et confiante. Ensuite, à mesure que nous grandissons, nous nous rapprochons de "l'âge adulte du Christ" et nous pouvons à notre tour devenir pères, mères et transmettre le dépôt de la foi que nous avons reçu. C'est cela le mystère de l'Église, le mystère de la tradition de la foi depuis les apôtres, le mystère aussi de notre devenir spirituel. Le devenir spirituel implique nécessairement - d'une manière plus ou moins vivre et profonde selon les personnes -, une relation au père. Au Père au singulier et avec une majuscule, et aux pères au pluriel. Jésus l'a dit : "N'appelez personne sur la terre votre 'père', car vous n'avez qu'un seul Père, c'est votre père qui est dans les cieux" (Matthieu XXIII, 9).

Cette réalité ultime, nos pères dans le monde et dans l'Église doivent se le rappeler et le rappeler à leurs enfants constamment. Ils ne sont que des relais, des images très imparfaites de la paternité divine. Pourtant, Dieu les a mis justement pour aider les autres à lever les yeux plus haut pour découvrir le visage du seul Père et invoquer le nom du seul Père. Il y a nos Pères dans la foi, les Pères de l'Église qui nous ont transmis l'essentiel et qui demeurent jusqu'à la fin des temps nos pères : les saints, les spirituels, les docteurs de l'Église, les saints évêques. Aujourd'hui, il y a nos évêques, nos prêtres, nos moines qui peuvent exercer vis-à-vis de nous une paternité afin de nous aider, de nous sanctifier, de nous diriger, de nous conduire par la main et de nous relever lorsque nous sommes tombés.

Cette relation de paternité est fondamentale, mais elle doit se développer dans la présence du Christ et se conjuguer avec l'enseignement direct de l'Esprit Saint. Dans sa première épître, le saint apôtre et évangéliste Jean pose une affirmation étonnante : "Quant à vous, vous possédez une onction reçue du Saint et vous savez tout" (1 Jean II, 20) et plus loin "Pour vous, l'onction que vous avez reçue de Lui demeure en vous et vous n'avez pas besoin qu'on vous enseigne" (1 Jean II, 27). Cela signifie qu'il y a dans le cœur de tout chrétien qui découvre le Christ et qui découvre la vie dans l'Esprit Saint une relation directe à Dieu, un apprentissage direct qui se passe de l'enseignement humain. Il y a en chacun de nous un instinct spirituel inspiré par le souffle de l'Esprit Saint dans nos cœurs.

L'Esprit Saint nous enseigne à travers toutes choses et particulièrement, comme le rappelle Paul à Timothée, à travers les Écritures. Nous devons prendre et développer l'habitude de lire les Écritures, et en premier lieu l'Évangile. Que les quatre évangiles deviennent pour nous un livre connu, feuilleté, aimé, usé par un usage répété et continuel. Qu'il se fasse une véritable osmose, une imprégnation de la Parole du Christ, de Sa présence, de Son visage dans les évangiles et dans les Écritures en général. Parce que, dit le Seigneur, "Scrutez les Écritures, toutes elles parlent de moi". Tout l'Ancien Testament témoigne du Christ. Quand nous lisons les Écritures, nous découvrons la richesse infinie de l'enseignement de Jésus, cet enseignement qui nous parvient par et dans l'Église.

Dans l'enseignement d'aujourd'hui, qui introduit au Carême, la Sainte Écriture nous propose la Parabole du Pharisien et du Publicain. C'est une interrogation pour chacun de nous : Où sommes-nous, aujourd'hui, du côté du pharisien ou du côté du publicain ? Le pharisien n'est pas un homme mauvais, il prie, il n'est pas rapace, il n'est pas adultère, il ne commet pas le mal, il jeûne, il donne la dîme de ses revenus et il prie dans le Temple régulièrement. Il est une sorte d'exemple. Pourtant, Jésus qui scrute les profondeurs des cœurs voit que son cœur est plein d'orgueil. C'est cet orgueil qui le coupe des autres, lui fait mépriser les autres et se croire meilleurs qu'eux, en particulier meilleur que le publicain qui se tient avec lui dans le Temple. Le publicain, lui, se tient devant le Seigneur, en ayant conscience qu'il est un grand pécheur.

Ne sommes-nous pas du côté du pharisien ? Car nous nous prévalons de nos œuvres, de nos prières, de nos aumônes, de nos gestes de solidarité. Nous nous prévalons même de notre orthodoxie, comme si elle nous appartenait et comme si elle était une raison pour s'enorgueillir et mépriser les autres. Or les autres sont là souvent humblement, se tenant à nos portes et cherchant le Seigneur du fond de leur cœur, L'aimant et Lui ouvrant leur cœur.

Le Seigneur scrute le cœur de l'homme et le connaît. Car c'est dans le cœur de l'homme que s'opèrent la conversion et la réconciliation qui sont le véritable levier capable de transformer le monde. C'est dans nos cœurs que se joue la destinée du monde tout entier. Nous n'imaginons pas combien est importante notre conversion personnelle, même si elle est silencieuse - comme elle doit l'être tout d'abord -, même si elle est cachée, - et elle doit l'être tout d'abord -. Toute conversion a un impact mystérieux que nous ne pouvons mesurer. Un impact intérieur qui bouleverse notre vie mais aussi un impact extérieur sur le destin des hommes et du monde qui nous entourent. Elle inaugure une relation d'illumination, de rayonnement de la lumière de Dieu et de l'Esprit Saint que nous portons.

Lorsque nous sommes remplis de l'Esprit, l'Esprit déborde ; lorsque nous sommes embrasés du feu de Dieu, ce feu cherche à se dégager. Alors se réalise la parole du Christ : "Je suis venu jeter le feu sur la terre et combien je désire qu'il - ou elle - s'embrase  !" (Luc XII, 49 ; l'original grec ne précise pas qui de la terre ou du feu doit s'embraser). Et, en effet, pour que justement la terre s'embrase, nos propres cœurs doivent se réchauffer, s'allumer et s'embraser de l'amour du Christ, du feu de l'Esprit. Et lorsque nos cœurs brûlent, tout peut brûler et s'illuminer autour de nous.

Que Dieu nous donne la conversion du cœur, qu'Il embrase nos cœurs dès maintenant, pour nous préparer au carême, à ce pèlerinage au fond de nous-mêmes, à l'extraordinaire marche vers la Passion et la Résurrection du Christ. Amen.

Père Boris

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