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Homélie

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Le Publicain et le Pharisien

Deuxième Lettre à Timothée III, 10-15
Évangile selon saint Luc XVIII, 10-14

Homélie prononcée à la Crypte par le Père René le 20 février 2000

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Voici un pharisien, un homme de bien. Il jeûne deux fois la semaine quand la Loi ne le demande qu’un jour par an, celui de la remise de tous les péchés du peuple. Pareillement il reverse la dîme de tous ses revenus, bien au-delà de ce qui est demandé. Incontestablement, voici un homme pieux et généreux. Malheureusement le même homme, dans sa prière, livre et découvre son cœur. Et il se révèle de façon consternante. Il méprise tout le monde ; personne ne trouve grâce : tous sont voleurs, injustes ou adultères. Lui seul se croit juste devant Dieu et devant les hommes. Le plus grave est qu’il se vante ainsi dans le temple, debout devant Dieu.

Tout autre est celui qui s’humilie derrière lui. Celui-ci prie sans même oser lever les yeux au ciel. Il est tout à son désarroi intérieur. Tout en lui l’accuse ; tout le jette aux pieds du Seigneur. Il ne peut qu’implorer Dieu d’apaiser sa colère envers lui, tant la conscience de ses péchés le trouble. À coup sûr, la pensée d’aller par surcroît dénigrer son prochain ne l’effleure absolument pas.

Le pharisien et le publicain sont des figures communes. Le premier représente notre tentation constante de nous élever au-dessus des autres et de nous justifier nous-mêmes, même devant Dieu. L’autre au contraire montre comment nous devons nous tenir devant Dieu et devant les hommes, comment il nous faut réfléchir à nos péchés et à notre état de pécheur.

Ces deux voies sont incompatibles. Si nous nous louons, si nous nous élevons, nous nous excluons de toute communion avec le prochain et par là avec le Seigneur. Si nous choisissons la voie de l’humilité, commencerait-elle par l’humiliation, si nous nous exprimons dans le repentir, le Seigneur entend et exauce notre prière.

Pourtant, si l’on en croit l’une des traductions possibles de notre texte, ni l’un ni l’autre de ces deux hommes ne repart condamné, ni le pharisien pour son orgueil, ni le publicain pour ses prévarications. Simplement l’un redescend du temple "plus justifié" que l’autre. Mais la prière du publicain aura été plus agréable à Dieu que celle du pharisien.

À travers notre prière Dieu juge notre conscience. Les deux hommes étaient montés au temple pour prier. Ils en redescendent sous le poids d’un jugement. Sans doute reviennent-ils plus ou moins justifiés, l’un pour la rigueur de sa vie, l’autre pour l’humilité de son cœur. Mais, ce qui plait à Dieu, c’est un cœur brisé et broyé, un esprit humilié. La superbe du pharisien ne trouve pas d’écho en Dieu ; la détresse du publicain, si. Et celui-ci se retrouve justifié plus que l’autre.
"Dieu seul est bon " dit Jésus au jeune homme riche. Il est bon pour les justes et les méchants. N’ayons jamais de pensées d’élévation, ni sur nous-mêmes ni sur nos mérites. Bien au contraire  ! Considérons dans nos prières notre misère et mettons tout notre espoir en Dieu seul. Ne nous fions pas à nos œuvres. Il eut fallu au pharisien ajouter aux siennes l’humilité du publicain et dire : "je suis un serviteur inutile ." Le publicain n’avait rien à présenter, et pour cause ; il ne pouvait qu’offrir son repentir : "mon Dieu, sois-moi favorable à moi, pécheur." Le publicain pressent que la bienveillance de Dieu, la justice de Dieu seule peut le sauver. Il se réfugie dans la miséricorde divine parce qu’il n’y a pas d’autre salut pour lui.

N’est-ce pas là le chemin qui se présente en ce proche carême ? Imiter le pharisien dans ses œuvres, suivre le publicain dans son repentir ?

Mais notre souci à nous chrétiens aujourd’hui, est-il uniquement de rechercher notre justification ? Celle-ci ne nous appartient pas. Elle relève uniquement de Dieu. C’est ailleurs qu’il nous faut chercher.

Car justifiés nous le sommes. Mais uniquement dans l’amour du Christ et par 1’amour du Père pour son Fils. À quoi sert de donner tous ses biens, dit Saint Paul ; à quoi sert même de donner sa vie, si je n’ai pas l’amour ? À quoi sert de dire qu’on aime Dieu, dit saint Jean, si je n’aime pas mon frère ? Notre repentir est vrai et nos œuvres sont crédibles s’ils relèvent de l’amour du Christ qui a donné Sa vie pour le salut du monde. Autrement dit, la justification que le pharisien ne pensait même pas à demander et que le publicain implorait est offerte à tous ceux qui aujourd’hui suivent le Christ, mort et ressuscité pour tous.

Le publicain, lui, avait le sens du repentir. Un repentir déjà magnifiquement exprimé par David : "[...] Ô Dieu, crée en moi un cœur pur et renouvelle dans mes entrailles un esprit de droiture , [...]" Cette re-création du cœur, les saints Pères nous ont depuis appris à la demander par nos larmes, car les larmes du repentir nous replongent dans les eaux baptismales. Comme le baptême nous recrée à l’image du Sauveur, les larmes nous purifient à nouveau de nos fautes et renouvellent en nous la force résurrectionnelle de l’Esprit Saint.

En ce Carême il nous faut apprendre à nous replonger dans les eaux de notre propre baptême par le repentir, comme il nous faut apprendre à aimer comme Jésus nous aime. Alors, pharisiens et publicains que nous sommes tous, nous pourrons implorer le salut du Christ notre Dieu, et oser le recevoir gratuitement le Saint et lumineux Jour de Pâques.

Amen.

Père René

Cf. évangile selon saint Marc X, 18 et selon saint Luc XVIII, 19.

Cf. évangile selon saint Luc XVII, 10.

Cf. Psaume 50, 12.

 

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