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Homélie

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Pantocrator

Le Plus grand commandement


XVème dimanche après la Pentecôte.
Premier dimanche après la Croix. .
Seconde épître aux Corinthiens IV, 6-15 – évangile selon saint Matthieu XXII, 35-46.

Homélie prononcée par Père Boris à la Crypte, le 28 septembre 2003Père Boris

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Aujourd’hui comme toujours, la seule question décisive qui préoccupe les croyants est sans doute "Pour faire la volonté de Dieu, quels commandements respecter et comment les accomplir ?" Depuis les révélations d’Abraham et de Moïse et jusqu’à nos jours, c’est une question essentielle que se posent les Juifs pieux. Le Talmud témoigne de cette permanente interrogation. Quand les Saintes Écritures nous suggèrent d’innombrables conseils, préceptes, prescriptions, obligations et interdictions, peut-on les récapituler et les mettre en perspective pour en tirer une ligne directrice ?

Cette question difficile est propice à soulever passions et polémiques, aussi est-elle choisie par un habile pharisien, docteur de la Loi pour une ultime tentative de mettre Jésus en difficulté : "Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ?"

À cette occasion, Celui qui est Lui-même la Révélation, Celui qui est le Législateur incarné, nous enseigne. Jésus nous apprend qu’il n’y a pas des myriades de prescriptions à observer car un seul commandement est important, c’est le premier : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force." … de tout ton cœur, … ton âme, … ton esprit, … ta force ", cette énumération souligne avec force qu’on ne peut se contenter d’aimer Dieu dans une seule sphère de notre existence. Par exemple, on ne peut pas seulement aimer Dieu à l’occasion d’actes de piété individuelle, si fervents et sincères soient-ils, et ensuite L’ignorer dans le cours de notre existence.

"Aimer Dieu" cela signifie donc inscrire l’amour de Dieu au cœur même de notre existence, c’est-à-dire incruster l’amour de Dieu au cœur de notre cœur. Et quand cet amour de Dieu occupe la place centrale en nous, ce commandement de Dieu devient le programme même de notre existence : "Cherchez avant tout le Royaume de Dieu et Sa justice – le royaume de Dieu est le royaume de l’amour – et tout vous sera donné par surcroît. " – ne vous inquiétez pas de tout le reste !

Il y a ici une véritable découverte, nous sommes appelés à reconnaître Dieu comme amour. Dès lors, comment obéir à ce commandement ? Comment vivre cet amour de Dieu ? Comment se consacrer à l’amour de Dieu, comment l’incarner dans notre existence ?

Ce commandement pose donc questions préalables : Comment peut-on envisager un commandement d’amour ?
Comment pourrait-on donner l’ordre d’aimer ? L’amour n’est-il l’un des plus spontanés mouvements de l’âme ? N’est-il pas le plus intérieur, le plus intime, le plus libre qui soit possible ? "Commandement" et "amour" ne sont-ils pas irréductiblement des termes antinomiques ?

Or, si j’accomplis un commandement, je ne suis plus libre. Si j’exécute un ordre je deviens un serviteur sinon un esclave ! Ce commandement met en lumière la vocation de notre relation avec Dieu. En effet, il apparaît que, dans notre relation au Seigneur, la créature humaine – comme les créatures angéliques d’ailleurs – est appelée à joindre ensemble, mettre en communion, fusionner la plus grande obéissance et la plus grande liberté, comme si la parfaite obéissance à Dieu et la parfaite liberté de l’homme n’étaient que deux aspects de la même réalité.

La plus grande obéissance parce que l’obéissance à Dieu est une obéissance qui nous rend libres et aptes à aimer véritablement parce que l’amour est inscrit au cœur même de l’existence de la nature humaine. En effet, l’homme a été créé par amour, dans l’amour et pour l’amour, c’est à dire pour l’amour de Dieu. Cet amour devient la loi de toute notre existence. En définitive, Dieu ne peut donc que nous commander, Il ne peut que nous ordonner d’aimer mais cet ordre est à la fois un commandement fort et à la fois un commandement doux.

Un commandement fort parce qu’exigeant, d’une exigence d’amour et d’oubli de soi-même. Ce n’est plus moi qui vit, comme saint Paul nous le dit : "Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi ." Le Christ vit en moi et en mon prochain, en tous ceux en qui je reconnais le Seigneur. Il y a donc cette exigence infinie d’amour mais simultanément, dès qu’elle envahit notre cœur, cette exigence devient un commandement d’une suavité, d’une douceur et d’une joie infinies… La joie infinie que seuls les amis de Dieu peuvent connaître.

Celui qui est serviteur exécute les ordres et observe les commandements, quand il a accompli sa tâche il voit qu’il n’a rien fait de bien car il n’a fait que ce qu’il devait faire, il n’est qu’un mercenaire. Mais le Seigneur nous dégage de cette condition car s’il y a l’amour il y a aussi l’amitié. En effet, il y a l’amour, l’amour qui peut être brûlant ou flamboyant, cet amour qui nous pénètre comme un feu ou une flamme, il y a encore l’amour qui nous entraîne comme une bourrasque. Mais n’oublions pas l’amitié. L’amitié a ses propres qualités : simplicité, douceur, et réciprocité entre mon ami et moi. Et c’est par elle que le Seigneur nous affranchit, Il nous élève de la condition de mercenaire à celle d’ami. Rappelons cette extraordinaire parole du Seigneur qui nous appelle "amis" : "Je ne vous appelle plus "serviteurs", parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés "amis", parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père " dit-Il à Ses disciples quelques heures avant la Passion.

Le Seigneur devient notre ami dans la simplicité de la fraternité et du repas partagé. "Voici, je me tiens à la porte, et je frappe, nous dit le Seigneur, si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi.  "

Enfin, rappelons l’importance considérable de l’amour filial dans le message du Christ. Amour filial envers Dieu le Père, car Dieu est notre Père mais cette paternité nous reste entièrement à découvrir. En effet, quel est celui qui tout étant infiniment éloigné de Dieu peut oser appeler Dieu "père" ? Mais le Seigneur nous enseigne : " Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime, […] Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. "

Voyez ici à quel point la paternité divine est profonde, personnelle et intime, et pourtant, elle devient le prototype de toute paternité humaine. De même, l’amitié en Christ devient le prototype de toute amitié humaine. Et enfin, je dirais aussi que l’amour conjugal doit se vivre à l’image de l’amour conjugal du Christ envers son Église.

Donc voyez, ce commandement d’amour se manifeste dans toutes les modalités des besoins humains et dans tous les aspects de la vie humaine.

Par conséquent, si nous voulons explorer, scruter et creuser les exigences de la condition humaine il nous faut interpeler, lire et relire les Écritures pour réaliser que partout et toujours nous aboutissons en définitive à un seul commandement, à un seul mystère : l’amour humain.

L’amour humain qui s’exprime aussi parfaitement dans le second commandement "Tu aimeras ton prochain comme toi-même.", car, comme Jésus nous le rappelle, ce commandement est semblable au premier.

Aimer notre prochain comme nous-mêmes n’est possible qu’à la condition de renoncer à nous-mêmes, renoncement auquel nous sommes appelés dès notre baptême. Quand le futur baptisé déclare "Je renonce à Satan" il signifie par ces mots qu’il renonce à ce qui, en lui-même, est équivoque, trouble et ténébreux, à ce qui en lui-même est égocentrique, orgueilleux et charnel.

Et dans cet esprit, quand nous déclarons "Je me joins au Christ" nous proclamons à la fois que nous nous joignons au Christ dans la verticalité et l’unicité de l’amour, et à la fois que nous nous joignons au Christ dans l’universalité de l’amour en Le découvrant autour de nous-mêmes, en reconnaissant en chacun de nos frères et sœurs le visage et la présence du Christ. "Ce que vous avez fait au plus petit de celui de mes frères vous l’aurez fait à moi-même. "

Ainsi, comme saint Jean Chrysostome nous le rappelle, le Christ s’incarne selon deux modalités dans notre existence humaine :
D’une part, il y a, comme on l’appelle, la "Présence réelle" dans la sainte communion, dans la sainte eucharistie, et que nous devons tous recevoir afin que nous devenions nous-mêmes présence réelle du Christ, afin que le Christ naisse, vive et s’incarne en nous.

Et d’autre part, il y a cette Présence à discerner peu à peu, à mesure que nous devenons véritablement chrétiens, Présence à découvrir pas à pas, et enfin à reconnaître pleinement. Dans ce "devenir chrétien", nous apprenons à reconnaître puis à aimer nos frères. Sans doute commençons-nous à aimer les plus humbles, les plus démunis, les plus malheureux. Il nous faut aussi apprendre à aimer les plus éloignés, les plus ignorants, les plus réfractaires parce que l’ignorance et le rejet de Dieu sont de graves maladies spirituelles, et nous devons prier le Médecin des âmes et des corps pour la guérison de ces frères lointains. Néanmoins, leur guérison ne se réalise qu’à la mesure de notre propre illumination et de notre propre sanctification. Au fur et à mesure que nous apprendrons à incarner et à exprimer dans nos vies cet unique et double commandement de l’amour de Dieu et du Prochain, l’Esprit de grâce viendra faire Sa demeure en nous pour nous éclairer, Il nous fera semblables au Christ et nous rendra capables d’illuminer et de rayonner la grâce de l’Esprit Saint dans le monde autour de nous, cette grâce de l’Esprit Saint dont les hommes et les femmes ont tellement besoin.

Que la grâce de l’Esprit Saint nous fortifie et nous guide dans notre devenir chrétien afin que nous puissions de façon toujours plus lumineuse incarner en nous ce commandement unique.
Amen

Père Boris


Cf. évangile selon saint Marc XII, 30.

Cf. évangile selon saint Matthieu VI, 33.

Cf. épître aux Galates II, 20.

Cf. évangile selon saint Jean XV, 15.

Cf. Apocalypse III, 20.

Cf. évangile selon saint Jean XIV, 21-23.

Voir l’évangile selon saint Matthieu XXV, 40.

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