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Homélie

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La Trinité de Roublev

Présentation de la Mère de Dieu

Épître aux Hébreux IX, 1-7
Évangile selon saint Luc X, 38-42, XI, 27-28

Homélie prononcée par père René le 21 novembre 1998 à la crypte

Présentation de la Mère de DieuLe récit de la Présentation de la Mère de Dieu au Temple est apocryphe. Il n’a aucune réalité historique. Mais ce n’est pas un paradoxe que d’affirmer que cela n’a pour nous aucune importance. Car l’intérêt de cette Fête réside entièrement dans la vérité théologique et spirituelle qu’elle exprime.

Vérité théologique d’abord.

Bien qu’entrée dans le Temple de Jérusalem à l’âge de trois ans, Marie est déjà fêtée comme celle qui est appelée à mettre au monde le Fils de Dieu, le Verbe fait chair. Elle est d’ores et déjà « la nuée resplendissante d’où le Seigneur s’incarne pour nous ; par toi l’Incompréhensible se mêle aux mortels. » Déjà Marie a mis au monde « le Pain de Vie ». Déjà elle est « la Mère de la Lumière, Mère de Dieu, Mère du Verbe de Vie, épouse de Dieu ».
Au point que déjà la lumière de Noël est anticipée : « Il fait son entrée dans le Temple de Dieu, le tabernacle céleste d’où la lumière a brillé sur nous, qui étions dans les ténèbres. Et toute l’Église chante dès aujourd’hui : « Le Christ naît, glorifiez-Le  ! Le Christ descend des Cieux, allez à sa rencontre  ! Le Christ est sur terre, relevez-vous  ! » et l’hirmos de la 9e ode du canon du Noël est déjà proclamé aux vigiles.

Ainsi fêtons-nous aujourd’hui la Mère de Dieu comme le véritable Temple du Seigneur, Son tabernacle, le Trône du Roi de toutes choses, le Réceptacle de l’Inaccessible, l’Arche spirituelle du Verbe divin, le Temple céleste et la Porte de Dieu, le Palais spirituel du Roi.

Marie, parce que promise à être la Mère de Dieu, est le véritable Temple du Seigneur qui entre dans le Temple de Jérusalem. L’essence de la Fête se résume dans cette stichère : « le Temple renfermant la Divinité est amené au Temple du Seigneur ; le Temple contenant la Divinité est conduit à l’intérieur du Temple. »
Et, vérité spirituelle encore.

L’Épître de la fête, pour magnifier la beauté de la Mère de Dieu, évoque la splendeur du Temple ou, plus exactement, de la Tente de Réunion, premier avatar du Temple. Au temps de Moïse et de la marche au désert, le sanctuaire contenait, en effet, une première tente avec son chandelier d’or à sept branches et la table de proposition pour les douze tribus d’Israël ; puis une seconde tente avec son autel des parfums et, derrière le voile, la tabernacle d’or sur lequel veillaient deux chérubins d’or, lieu du repos de la Gloire du Très-Haut, du Dieu trois fois Saint.

Or, dans le Livre des Nombres, un des livres de la Loi, il existe un verset étrange : « Quand Moïse entrait dans la Tente de Réunion pour parler avec Dieu, il entendait la voix qui parlait vers lui d’au-dessus du propitiatoire qui était sur l’Arche du Témoignage, d’entre les deux chérubins. Alors il parlait vers Lui, Moïse » . Ainsi, dans le silence absolu du Saint des Saints, la Voix de Dieu, Sa Parole, le Verbe coéternel, est présent dans l’espace sacré qui unit les deux chérubins d’or. Ainsi, du silence absolu du Saint des Saints jaillissait la Parole de Dieu.

Si la Mère de Dieu a été introduite dans le Saint des Saints, c’était pour qu’elle y entende la voix du Verbe. Pour qu’elle fasse de la Parole divine son unique nourriture. Et parce que, dès son plus jeune âge, Marie a su faire en elle un silence aussi profond que celui qui régnait sur le propitiatoire entre les chérubins, la Parole de Dieu, le Verbe préexistant, non seulement s’est tourné vers elle, mais l’a pénétrée, est descendu au plus profond de son cœur et s’y est mystérieusement incarné. Comme la Parole jaillit du silence du Saint des Saints, ainsi s’est-elle répandue dans le cœur silencieux et attentif de Marie.

Cette attitude de silence spirituel est la marque même de la Mère de Dieu. Saint Luc dit que Marie ne cessait de passer et repasser dans son cœur les Paroles. C’est pour cela qu’en réponse à l’annonce de l’Ange, elle ne saura que dire : « Je suis la servante du Seigneur ».

C’est pour cela que plus tard, quand une voix s’élèvera de la foule vers le Fils de Dieu et de Marie pour Lui dire : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté », Jésus reprendra cette Béatitude – car c’en est une – mais en l’étendant à tous : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent. »

Le secret spirituel de la Mère de Dieu a été le silence de son cœur. Il a fait d’elle à jamais le Temple du Seigneur. Nous tous qui, aujourd’hui, écoutons la Parole du Seigneur, enfouissons-la au plus profond de nos cœurs, afin qu’elle puisse nous sauver. Amen.

Père René

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