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Homélie

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Père Boris Bobrinskoy

Présentation au Temple de la Mère de Dieu

Épître aux Hébreux IX, 1-7
Évangile selon saint Luc X, 38-42, XI, 27-28


Homélie prononcée par Père Boris à la crypte le dimanche 20 novembre 2005

Présentation de la Mère de DieuAu nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Cette fête de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu nous renvoie à un événement mystérieux qui défie notre entendement humain. En effet, selon la Tradition juive seul le Grand Prêtre pouvait entrer dans le Saint des Saints, et ce, seulement une fois par an, alors n’est-il pas particulièrement extraordinaire que cette dignité soit offerte à un enfant, à une femme ?

Et pourtant, dans sa sensibilité et sa vision spirituelle, l’Église a conservé une pieuse tradition dont témoignent encore ce que l’on appelle les textes apocryphes – ces textes qui ne sont pas reçus comme textes canoniques officiels par l’Église –. Selon la tradition, à l’âge de trois ans, Marie fut introduite dans le Temple.

On peut penser qu’elle y fut admise comme beaucoup d’autres jeunes filles pour être au service de Dieu, mais c’est bien une jeune fille particulière, Marie, qui a été choisie par la Grâce divine, par ce que l’on appelle le Conseil trinitaire de Dieu.
Je voudrais évoquer deux aspects de ce choix.

D’une part, cette élection relève de la liberté plénière, de la volonté et de l’amour de Dieu, nous n’avons donc pas à nous immiscer dans les réflexions divines qui ont abouti à ce que ce soit Marie et pas une autre jeune fille. Et d’autre part, cette élection de Marie ne signifie nullement que, dès lors, Marie aurait été au-dessus de toute réalité humaine, dégagée des lourdeurs de la nature humaine.

Il ne faut pas conclure que Marie aurait été, par le seul fait de cette élection complètement sanctifiée, voire divinisée, et qu’elle n’aurait plus eu qu’à vivre simplement sa vie pour mener une vie de pureté.

Bien sûr, Marie a mené une vie de pureté mais c’est en tant que Nouvelle Ève.

En effet, à partir de saint Irénée de Lyon au IIe siècle, l’Église donne à Marie le titre de la Seconde Ève qui fait référence au fait que le Christ est le Second Adam. Le Christ, Second Adam, est Celui qui a racheté, récupéré et renouvelé la race humaine ternie par le péché et la désobéissance d’Adam, et c’est pourquoi Marie est appelée aussi la Seconde Ève.

Appeler Marie seconde Ève ne signifie pas que Marie ait été au-dessus des tentations mais que, comme Ève, elle a pu les connaître.

À cet égard, quand nous lisons le dernier livre du Nouveau Testament, l’Apocalypse, nous est offerte la vision extraordinaire d’un combat entre la "femme revêtue du soleil" sur le point d’accoucher, et Satan, le dragon perfide, qui cherche à détruire cet enfant, ce garçon, qui doit naître.

Ce récit saisissant symbolise le combat invisible, le combat spirituel de l’Église, toute entière et de toujours, et par conséquent de Marie qui ne fait pas exception. Elle a certainement vécu ce grand, beau et douloureux combat contre le tentateur même si nous en ignorons les détails et les étapes. De même qu’elles sont discrètes sur la vie intime et personnelle de Jésus, de même l’Église et les Écritures sont avares de détails sur la vie intime et personnelle de Marie. Seuls quelques traits sont brossés, comme par exemple quand Jésus fut au Temple à l’âge de douze ans.
Je veux souligner que la vie pure de Marie ne résulte d’aucun automatisme, d’aucun déterminisme, et que Marie a été libre. Libre mais de la liberté des enfants de Dieu. Elle a été mue par l’Esprit Saint de l’intérieur car elle ne s’est pas opposée à cette grâce, à cette impulsion, à ce souffle, à cet élan, à cet appel de Dieu qui était en elle depuis bien avant qu’elle ait sa conscience.

À mesure que Marie grandissait, elle vivait cet appel de Dieu, elle vivait la présence de Dieu en elle. Je voudrais dire aussi qu’elle vivait cette prière qui était celle des justes de l’Ancienne Alliance ainsi que des justes, des saints, du peuple de Dieu de tout entier, la prière contenue dans le mot "Seigneur". En effet, le mot "Seigneur" traduit pour nous chrétiens le terme ineffable, presque imprononçable pour les Juifs croyants, de Yahveh. Ce terme, transcrit par le fameux Tétragramme que nous traduisons par "le Seigneur" signifie littéralement « Je suis Celui qui suis ». Eh bien  ! Nous pouvons dire que Marie portait en son cœur ce Nom, cette prière incessante de Dieu.

Lorsque, déjà fiancée à Joseph, Marie recevra l’annonce de l’archange Gabriel et qu’il lui sera révélé que l’enfant qui naîtra d’elle, sans qu’elle connût son fiancé, sera appelé Jésus, alors, dorénavant, Marie portera dans son être, dans son corps déjà, cet enfant, ce Jésus qui devait être conçu, grandir en elle et naître. Alors, dorénavant en Marie, le Nom du Seigneur et le Nom de Jésus s’uniront, se combineront, alterneront en elle comme dans une litanie infinie « Seigneur Jésus… Seigneur Jésus… ». Et ces deux Noms, l’Église nous apprend à les associer dans notre prière la plus intime, la plus secrète, la plus profonde : « Seigneur Jésus Christ – bien sûr  ! – Fils de Dieu – nous le rappelons – aie pitié de moi – ou de nous – pécheur. » Tout ceci constitue une prière extraordinaire dans laquelle nous vivons justement cette rencontre avec le Seigneur et, comme on peut l’affirmer, cette communion par le Nom de Jésus à la présence du Christ Fils de Dieu et fils de Marie,

Ainsi Marie vécut toute sa vie de prière et de foi, tout d’abord, dans l’intériorité de Jésus qui était en elle, puis en le portant dans ses bras, l’élevant, l’accompagnant jusqu’à l’âge de trente ans. Pendant tout ce temps, comme le dit l’Écriture, Jésus était obéissant à Sa Mère et à Joseph. Ensuite lorsque Jésus s’en ira pour le ministère public, pour la prédication de l’Évangile du Salut, de la Bonne Nouvelle du Royaume, alors Marie s’effacera. À Cana , Jésus semblera être dur avec elle : « Femme qu’y a-t-il entre toi et Moi ? » répondra-t-il quand Marie lui dira « Ils n’ont plus de vin ». "Qu’y a-t-il entre toi et Moi ?", "femme" au lieu de dire "Mère", tout cela semble résonner avec dureté et pourtant Il accueille la demande implicite de Marie. Elle ne lui demande pas de miracle, elle lui dit simplement « Ils n’ont plus de vin » et Jésus acquiesce à la demande secrète de Sa mère en donnant du vin en abondance aux convives et aux invités aux noces.

Ainsi Marie se retire. Lorsqu’une femme veut louer le Seigneur, comme nous venons de l’entendre dans l’Évangile : « Bienheureux le sein qui T’a porté et les mamelles qui T’ont allaité  ! – Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et y obéissent » répond Jésus. « Voici donc la véritable maternité  ! » Mais cette maternité véritable n’est pas un rejet de la maternité humaine et terrestre de Jésus. Ce n’est pas une rebuffade, bien au contraire, puisque Jésus loue implicitement Marie avec plus d’éclat que jamais, car Marie était précisément celle qui plus que quiconque portait dans son cœur les paroles et tout l’enseignement de son Fils divin.

Aujourd’hui nous vivons ce prélude où Marie, en entrant dans ce Temple de l’Ancienne Alliance, se prépare à devenir, elle-même, le véritable Temple.

Il ne s’agit plus, simplement, de l’image de la Présence de Dieu, mais c’est ici le Temple véritable du Dieu véritable qui viendra s’incarner et vivre en elle. Dès lors, devenue Temple de la Présence divine, Marie le sera pour toujours,

À notre tour nous sommes, nous aussi appelés, à devenir Temple : « Ne savez-vous pas, dit saint Paul, que vous êtes le temple de l’Esprit Saint et que l’Esprit Saint vit en vous ? » . Si nous sommes le Temple de l’Esprit Saint, l’Esprit Saint œuvre pour qu’au plus profond de notre cœur grandisse, vive et se manifeste l’Image du Christ, l’Image de Dieu, selon laquelle tout homme a été créé.

Tout homme venant au monde a été créé à l’image de Dieu et nous sommes, nous aussi, appelés à réaliser une véritable relation – j’ose le dire  ! – maternelle. Oui  ! Nous sommes appelés à une relation maternelle d’enfantement de Jésus en notre propre cœur, relation maternelle dont Marie est le modèle et l’image.

Et à son exemple, nous devons vivre cette relation maternelle avec tendresse, avec le désir de purifier notre cœur pour que rien ne fasse obstacle à la Présence de Dieu.

La Présence de Jésus, en effet, vient chez nous tout d’abord comme un faible petit enfant qui veut grandir en nous, pour peu à peu s’épanouir et régner dans tout l’espace intérieur de notre cœur.

Et souvenez-vous que cet espace de notre cœur est un espace gigantesque, un espace plus vaste que tous les cieux.

À cet égard, dans les vieilles églises, on retrouve souvent au-dessus de l’abside une icône de la Mère de Dieu où Marie étend ses mains en prière.

Cette icône s’appelle l’icône de « la Mère de Dieu, plus vaste que les cieux », c’est vrai qu’elle est plus vaste que les cieux parce qu’elle a porté le Seigneur dans son cœur. Et notre cœur aussi, mes amis, notre cœur aussi est appelé à être plus vaste que les cieux lorsque ce cœur devient le réceptacle, le siège royal, le lit nuptial, on peut le dire, le siège de la Présence de Dieu.

Notre cœur est un cœur immense, un cœur capable d’aimer et d’embrasser en lui tous les êtres, un cœur empli de compassion pour tous, à l’exemple d’un saint Silouane qui avait une compassion illimitée et qui priait une seule chose : Que tous puissent se convertir et connaître la vérité, c’est-à-dire connaître Dieu.

Ainsi, à l’image de Marie puissions-nous, nous aussi, grandir dans sa maternité et apprendre à purifier notre cœur pour que ce cœur devienne véritablement le lieu de la Présence de Dieu et de Son amour dans le monde.

Amen.

Père Boris

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