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"Béni est Celui qui vient au Nom du Seigneur"

Dimanche des Rameaux
Épître aux Philippiens IV, 4-9
Évangile selon saint Jean XII, 1-18

Homélie prononcée à la Crypte par le Père René le 12 avril 1998

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Voici le cri de joie des disciples et de la foule à l'entrée de Jésus à Jérusalem. Cri de joie repris directement au Psaume 117, psaume d'allégresse et d'exultation, car psaume prophétique et messianique. Cri de joie expliqué et complété par la suite du psaume : "Le Seigneur est Dieu et Il nous est apparu ; formez ège de fête avec des rameaux de feuillage."

Nous voici bien au cœur de la Fête des Rameaux, fête qui magnifie la foi d'Israël dans la venue de l'envoyé du Seigneur. Espérance impérissable du peuple de Dieu ; attente indestructible d'Israël. Tous étaient dans l'attente du Messie, de l'Oint du Seigneur, pour que s'instaure, une fois pour toutes, le règne et la paix du Seigneur. Espérance aux sentiments mêlés de restauration nationale et d'institution d'une paix universelle autour de Jérusalem. Espérance entretenue depuis plus d'un millénaire, dans une foi toujours renouvelée au Seigneur, au Très-Haut, au Dieu d'Israël et de toute la terre.

Le psalmiste voit venir ce Jour du Seigneur : "Dites parmi les nations  : le Seigneur a établi son Royaume ; que les Cieux se réjouissent et que la terre exulte [...] devant la face de Dieu. Car Il vient ; Il vient pour juger la terre ; Il jugera l'univers avec justice et les peuples selon érité."

Sur cet arrière-fond de Jugement dernier, le Seigneur vient dans la personne de son élu, de son Serviteur à qui a été remis toute justice. L'évidence messianique éclate en ce Jour et soulève aux yeux de tous, disciples et population, un enthousiasme irrépressible.

La venue de Jésus surpasse même l'espérance d'Isaïe  : "Ah  ! si Tu déchirais les Cieux et si Tu descendais  !" De toute éternité le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu avait résolu de venir des Cieux parmi nous pour notre salut. De toute éternité Jésus est pour nous et pour toute la Création « Celui qui vient au Nom du Seigneur ». Le temps de la première et ancienne Alliance avait été celui éparation. À Bethléem est venu celui de la réalisation.

Mais venue jusqu'alors ignorée du peuple de Dieu, sinon des puissances malignes avec lesquelles pactisaient Hérode et le désordre du monde. Ce sont les puissances malignes qui révélèrent en premier la présence en personne de Dieu parmi nous : "Tu es le Saint de Dieu, le Fils de Dieu", s'écriaient-elles.

Cependant le saint vieillard Syméon avait vu dans l'enfant de Marie la Gloire d'Israël, le salut et la Lumière de tous les peuples, venu pour éclairer toutes les nations. Saint Jean-Baptiste ensuite avait préparé la voie de Celui qui venait après lui, mais qui était plus grand que lui, Celui dont il proclamera : "J'ai vu et j'atteste que Celui-ci est le Fils de Dieu".

Toute sa vie Jésus se manifeste comme Celui qui vient au Nom du Seigneur. Si, au jour des Rameaux l'évidence s'impose, ce n'est pas que Jésus ne l'ait annoncé à de nombreuses reprises et sans détour. Tout l'Évangile de saint Jean en témoigne : "Je suis venu au Nom de mon Père... Je ne suis pas venu de moi-même." Jésus est venu pour faire les œuvres que Son Père Lui dit de faire : Il est la Parole venue du Ciel pour donner la vie au monde. Cette venue de Jésus s'affirme et achève de se révéler le jour des Rameaux. La foule témoigne par ses "hosanna". Mais Jésus dit à Ses disciples : "Maintenant mon âme est troublée, et que dire ? Père, sauve-moi de cette Heure. Mais ère, glorifie Ton Nom."

En quelques mots saint Jean résume l'angoisse de Jésus à Gethsémani, Son angoisse, mais Sa volonté irréductible d'accomplir la volonté de Son Père pour notre salut commun. Quand Jésus vient au milieu de la liesse des Rameaux, Il sait qu'Il vient d'entrer pour nous dans Sa Passion Glorieuse, pour nous délivrer une fois pour toutes de la mort par Sa propre mort. Les rameaux agités par la foule ne sont pas simple signe de joie. Les rameaux, dans la tradition juive, sont déjà les signes avant-coureurs des temps derniers. Jésus avait déjà prévenu les siens de l'échéance de Sa mort avant son retour à la fin des temps : "Je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais que vous ne disiez : Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur." Implicitement, en fêtant avec des palmes le Messie qui vient, la foule annonce la Passion et la mort de Jésus, et Sa nouvelle venue parmi nous dans le nouvel éon du Royaume, retour de Celui qui est, qui était

C'est pourquoi l'Église s'est saisie de ce Psaume 117 au cœur de la Sainte Liturgie. À la Petite Entrée, comme entrée du Seigneur qui vient dans sa Parole. À la Grande Entrée, qui reproduit la Fête des Rameaux, comme entrée du Seigneur vers Sa Passion et Sa mort, sous les signes du pain et du vin. Et surtout dans la Prière eucharistique, quand nous unissons dans une même doxologie le Benedictus adressé au Fils au Sanctus adressé au Père. Dès lors le Christ est Celui qui vient réellement dans les éléments sanctifiés par l'Esprit, anticipant pour nous le banquet messianique du Royaume.

Toute cette liturgie des Rameaux est à bien saisir. Mais elle ne sert de rien, si Jésus n'est pas aussi pour chacun de nous, pris personnellement, ici et maintenant comme on dit, Celui qui vient, qui ne cesse de venir à nous. Certes, Jésus ne vient pas dans le fracas de l'évidence. Il est dans le souffle léger de l'Esprit. Avec le Père Il est comme une eau murmurante qui appelle. Plus encore Jésus vient à nous dans ceux qui nous entourent, ceux que nous aimons et ceux que nous n'aimons pas, ceux qui nous aiment et ceux qui ne nous aiment pas. Jésus vient toujours dans l'imprévu et l'inattendu, comme Il est aussi toujours présent dans le quotidien le plus ordinaire. Pour autant, quelque effacée que semble la présence de Jésus, elle est toujours une présence personnelle, réelle, concrète et perceptible : "Je me tiens à la porte et Je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, J'entrerai chez lui pour souper, Moi près de lui, lui près "

Cette venue de Jésus est pour tous. Et nous, qui avons reçu l'onction baptismale, nous sommes devenus des petits Christ, disent les Pères. Il nous faut à notre tour, pour ceux qui sont encore dans le désir et l'attente, être de ceux qui viennent au Nom du Seigneur. Car, comme le Père a envoyé Son Fils dans le monde, de même Celui-ci nous envoie au-devant des autres.

Ne retirons donc jamais notre regard ni notre espérance de Celui qui vient pour tous. Plus que jamais, veillons et attendons. Pour cela il nous faut garder un cœur brûlant à la pensée de Celui qui vient. Il faut que tout ce qui nous parle de Jésus - et tout nous parle de Jésus, d'où que cela vienne - il faut que cela nous fasse battre le cœur, dans un désir et une attente inépuisables et toujours comblés. Aujourd'hui, attente de l'Époux qui vient. Demain, venue du Roi du monde, dans la lumière glorieuse de Pâques. "Oh, ésus, viens  !".

Amen  !

Père René