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Comment un incroyant peut être amené à croire
ce qu’enseigne l’Écriture sur la Résurrection

 

L’Évangile fonde la foi en la Résurrection

Quelqu’un voyant la corruption des corps et jaugeant la Divinité à la mesure de ses forces soutient peut-être l’impossibilité de notre enseignement sur la Résurrection, sous prétexte qu’il ne peut admettre l’arrêt des êtres soumis au mouvement et le retour à la vie d’êtres qui ne se meuvent plus. Cet adversaire trouvera d’abord une excellente preuve de la vérité de la Résurrection, en examinant combien est digne de foi l’annonce qui en est faite : en particulier, il fondera son assentiment sur la réalisation actuelle de prophéties faites dans le passé. En effet, dans le nombre et la diversité des récits de la Sainte Écriture, il est possible de se demander si l’ensemble des prédictions qui s’y trouvent tient du mensonge ou de la vérité et de se faire par là une idée sur la doctrine de la Résurrection. Si ailleurs les paroles sont mensongères et s’écartent avec évidence de la vérité, la prophétie sur la Résurrection, elle aussi, sera fausse. Si, au contraire, les faits confirment la vérité de tout le reste, il serait logique d’en conclure à l’exactitude des prophéties sur la Résurrection. Rappelons donc une ou deux de ces prédictions et confrontons l’événement avec elles, afin de connaître par là la vérité de la Parole divine.

Le but cherché par le Christ en ses prédictions

Tout le monde connaît l’ancienne prospérité du peuple d’Israël, qui égalait toutes les puissances de la terre. On se rappelle les palais de Jérusalem, ses remparts, ses tours, la grandeur du temple. Devant ces merveilles, les disciples sont remplis d’étonnement et ils croient devoir attirer sur elles le regard du Seigneur, tellement leur admiration est grande. Ils adressent au Christ ces mots que rapporte l’Évangile : « Quelles grandes œuvres ! quelles constructions ! » [1] Mais lui, leur fait entrevoir le désert qui sera en cet endroit et la disparition de ces beautés, tandis qu’ils sont tout à l’admiration du présent ; il leur dit que dans peu il ne subsistera rien de ce qu’ils voient.

Puis, au moment de sa Passion, aux femmes qui l’accompagnent en gémissant sur son injuste condamnation, sans regarder au vrai sens des événements, le Christ donne le conseil de se taire sur ses malheurs, qui ne méritent pas de larmes, et de conserver leurs gémissements et leurs lamentations pour le vrai jour des pleurs, lorsque la ville sera cernée par le siège et que les malheurs se presseront tellement sur elle que l’on enviera celle qui n’a pas enfanté [2]. Il prédit le crime de ces mères qui mangeront leurs enfants, tandis qu’il proclame heureux le sein qui ces jours-là restera stérile.

Où sont maintenant ces palais ? où est le temple ? où sont ses murailles ? où sont les défenses des tours ? où est la puissance des Israélites ? N’ont-ils pas été dispersés presque par toute la terre et la ruine de leurs palais n’a-t-elle pas accompagné leur chute ?

Le Seigneur, à mon avis, n’a pas fait ces prédictions en vue des faits eux-mêmes : quel avantage y avait-il pour les auditeurs à apprendre à l’avance des événements certains ? Ils les connaîtraient par expérience, même s’ils n’en savaient rien auparavant. Le Christ cherchait à les amener logiquement à la foi en des événements plus importants. La preuve d’expérience donnée par les premiers serait la preuve de la vérité des seconds [3].

Pédagogie du Christ : gradation dans les miracles

Si un agriculteur explique la puissance cachée dans une semence et si l’homme à qui il parle, ignorant l’agriculture, ne le croit pas sur parole, il suffit au paysan, pour prouver ce qu’il dit, de montrer dans une seule semence ce qu’il y a dans toutes celles d’un « médimne » et par elle de se porter garant de tout le reste. Quand on a vu un seul grain de blé ou d’orge ou toute autre graine contenue dans un « médimne » devenir un épi après son ensemencement en terre, on ne peut pas plus douter de l’ensemble que d’un seul. Aussi, à mon avis, le mystère de la Résurrection est suffisamment, prouvé, si les autres prédictions sont reconnues justes. Bien plus, nous avons l’expérience de la Résurrection et nous en sommes instruits, non pas tant par des discours, que par les faits eux-mêmes. Étant donné que la Résurrection constitue une merveille incroyable, le Christ commence par des miracles moins extraordinaires et habitue doucement notre foi à de plus grands. Une mère qui adapte la nourriture à son enfant, allaite de son sein au début la bouche encore tendre et humide ; puis, quand poussent les dents et que l’enfant grandit, elle ne commence pas à lui offrir un pain dur et impossible à digérer, qui par sa rudesse blesserait des gencives molles et sans exercice, mais avec ses propres dents elle mâche le pain, pour le mesurer et l’adapter à la force de celui à qui elle le donne ; enfin, quand le permet le développement des forces de l’enfant, elle le conduit doucement de nourritures plus tendres à une nourriture plus solide. Ainsi le Seigneur, vis-à-vis de la faiblesse de l’esprit humain : nous nourrissant et nous allaitant par des miracles comme un enfant encore imparfait, il donne d’abord une idée de la puissance qu’il a pour nous ressusciter par la guérison d’un mal incurable : cette action est grande, mais pas telle que nous ne puissions y croire.

La belle-mère de Simon

Il commande à la forte fièvre qui brûlait la belle-mère de Simon [4], et le mal disparaît, si bien que celle dont on attendait la mort a la force de servir à manger à ceux qui étaient présents [5].
Le fils de l’officier de Capharnaüm

Ensuite il manifeste un peu plus sa puissance, en rendant à la vie le fils de l’officier royal qui, de l’avis de tous, était en danger et que l’on s’attendait à voir mourir (il était en effet sur le point de mourir, dit l’Évangile, et le père criait : « Descends avant que ne meure mon enfant » [6]). Il montre un peu plus sa puissance par le fait qu’il ne s’est pas même approché de l’endroit où était le malade, mais que de loin il lui a rendu la vie par la force de son commandement.

Le fils du chef de la Synagogue

De nouveau il s’élève régulièrement à des miracles plus grands. S’étant mis en route pour aller vers l’enfant du chef de la Synagogue [7], il s’attarde volontairement en chemin à rendre publique la guérison cachée de l’hémorroïsse, comme pour laisser le temps à la mort d’emporter le malade. Or l’âme était depuis peu séparée du corps et les pleureuses se pressaient là avec des cris funèbres et des lamentations : lui, d’un mot, comme s’il s’agissait du sommeil, fait lever l’enfant et le rend à la vie. Ainsi il conduit d’une marche régulière la faiblesse humaine vers des œuvres plus grandes.

Le fils de la veuve de Naïm

Puis il s’élève encore dans ses miracles et, par une puissance plus grande, il met les hommes sur la route de la foi en la Résurrection. L’Écriture [8] parle de Naïm, ville de Judée. En cette ville, était le fils unique d’une veuve ; il n’était plus un enfant, encore au rang des adolescents : il atteignait l’âge d’homme. L’Écriture l’appelle un « jeune homme ». Le récit dit beaucoup en quelques lignes : c’est un vrai chant de deuil. La mère du mort, dit-il, était veuve. Vous voyez la profondeur du malheur et combien en peu de mots l’Écriture rend tout le tragique du mal. Que dit-elle en effet ? que la mère n’avait même plus l’espoir d’avoir d’autres enfants pour se guérir de la perte de celui-là : « Cette femme était veuve. » Elle ne pouvait porter ses yeux sur un autre enfant qui remplacerait le disparu : « Ce fils était unique. » La grandeur de ce malheur, tous ceux qui ne sont pas étrangers à la nature la comprendront sans peine : elle n’avait connu que lui dans ses entrailles, elle n’avait allaité que lui à son sein ; lui seul était la gaieté de sa table ; lui seul illuminait de joie la maison, quand elle le voyait jouer, travailler, faire de la gymnastique, vivre joyeux, s’en aller en public, dans les palestres ou dans les assemblées de jeunes ; lui seul était tout ce qu’il y a de doux et de précieux aux yeux d’une mère. Il était en âge de se marier et était l’unique rejeton de sa famille, le rameau de sa succession et le bâton de sa vieillesse. La mention de l’âge, en particulier, est encore un chant de deuil : l’Écriture, le désignant comme un « jeune homme », exprime la fleur de l’âge qui s’est consumée, le duvet encore tendre, la barbe qui pousse à peine et les joues encore brillantes de beauté. Que devait donc éprouver la mère ? Ses entrailles brûlaient comme un feu. Quelle amertume devait avoir son chant de deuil, tandis qu’elle entourait le cadavre dans ses bras ! Comme elle devait retarder pour le mort les soins funèbres et se remplir du malheur par des gémissements incessants. Alors l’Évangile n’omet pas non plus ce trait : « La voyant, Jésus fut remué profondément. S’avançant, il toucha le cercueil et les porteurs s’arrêtèrent. Puis il dit au mort : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi. Et il le rendit vivant à sa mère. » Bien qu’il ne fût pas encore déposé dans le tombeau, le jeune homme était mort depuis assez longtemps. L’ordre du Seigneur est le même que précédemment, mais le miracle est plus grand.

Lazare

Le Christ s’en va maintenant accomplir un miracle plus sublime, afin que les œuvres visibles nous fassent approcher du miracle incroyable de la Résurrection. Un des amis et familiers du Seigneur était malade : il s’appelait Lazare. Le Seigneur, qui se trouvait loin de lui, refuse de visiter son ami, afin de donner à la mort en l’absence de la Vie occasion et puissance de faire son œuvre par la maladie. Le Seigneur en Galilée signifie à ses disciples l’état de Lazare ; il leur dit en particulier qu’il va partir pour aller le voir et faire lever celui qui est couché. Ceux-ci, peu assurés devant la brutalité des Juifs, trouvent pleine de difficultés et de risques la présence de Jésus en Judée au milieu de ceux qui veulent Le tuer. Aussi ils tardent et remettent toujours. Enfin, avec le temps, ils quittent la Galilée : le Seigneur les dominait par sa puissance et les conduisait. Il devait les initier à Béthanie aux préfigurations de la

Résurrection universelle

Quatre jours s’étaient écoulés depuis l’événement ; les rites habituels avaient été accomplis pour le mort et le corps était déposé dans le tombeau. Sans doute le cadavre se gonflait déjà ; il commençait à se corrompre et à se dissoudre dans les profondeurs de la terre, selon les lois normales. C’était un objet à fuir, lorsque la nature se vit contrainte de rendre de nouveau à la vie ce qui déjà se dissolvait et était d’une odeur repoussante. Alors l’œuvre de la résurrection universelle est amenée à l’évidence par une merveille que tous peuvent constater. Il ne s’agit pas ici d’un homme qui se relève d’une maladie grave ou qui, près du dernier soupir, est ramené à la vie ; il ne s’agit pas de faire revivre un enfant qui vient de mourir ou de délivrer du cercueil un jeune homme que l’on portait en terre. Il s’agit d’un homme âgé qui est mort et dont le cadavre, déjà flétri et gonflé, tombe en dissolution au point que ses proches ne supportent pas de faire approcher le Seigneur du tombeau, à cause de la mauvaise odeur du corps qui y est déposé. Or cet homme, par une seule parole, est rendu à la vie et ainsi est fondée l’assurance de la Résurrection : ce que nous attendons pour le tout, nous l’avons concrètement réalisé sur une partie. De même, en effet, que dans la rénovation de l’univers, comme dit l’Apôtre, le Christ lui-même descendra en un clin d’œil, à la voix de l’Archange, et par la trompette fera lever les morts pour l’immortalité [9], de la même façon maintenant celui qui, au commandement donné, secoue dans le tombeau la mort comme on secoue un songe et qui laisse tomber la corruption des cadavres qui l’atteignait déjà, bondit du tombeau dans son intégrité et en pleine santé, sans que les bandelettes qui entourent ses pieds et ses mains l’empêchent de sortir.

Sa propre résurrection

Est-ce là peu de chose pour fonder notre foi en la Résurrection des morts ? Cherchez-vous encore d’autres témoignages pour confirmer votre jugement sur ce point ? Eh bien ! Ce n’est pas sans raison, je crois, que le Seigneur, voulant traduire la pensée des hommes à son sujet, dit ces mots aux Capharnaïtes : « Sans doute, m’appliquerez-vous ce proverbe : « Médecin, guéris-toi toi-même. » [10] Celui qui sur les corps des autres a habitué les hommes à la merveille de la Résurrection devait affermir sur lui-même la foi en sa parole. Vous voyez qu’un appel de lui produit son effet chez les autres : des hommes sur le point de mourir, l’enfant qui vient à peine d’expirer, le jeune homme porté au tombeau, le mort déjà corrompu, tous, à un seul commandement, sont rappelés également à la vie. Vous demandez où sont ceux qui sont morts dans des blessures et dans le sang, afin que la défaillance en ce point de sa puissance vivifiante n’amène pas le doute sur ses bienfaits : voyez celui dont les mains ont été transpercées par les clous, voyez celui dont le côté a été traversé par la lance. Portez vos doigts à l’endroit des clous. Avancez votre main dans la blessure faite par la lance. Vous pourrez constater de combien la pointe de celle-ci a dû s’enfoncer à l’intérieur, en calculant sa pénétration par la largeur de la blessure. La plaie laisse la place à une main d’homme ! Vous pouvez supposer combien le fer est allé profond. Si cet homme est ressuscité, on peut bien conclure en redisant le mot de l’Apôtre : « Comment certains disent-ils qu’il n’y a pas de Résurrection des morts ? » [11]

Conclusion : la foi dans sa simplicité

Le témoignage des événements passés confirme donc la vérité de toute prédiction du Seigneur : non seulement la Résurrection nous est enseignée par des paroles, mais, grâce à ceux-là même que la résurrection a rendus à la vie, les faits nous donnent la preuve de la promesse. Maintenant, quel argument reste-t-il à ceux qui ne croient pas ? Nous laisserons là tous ceux qui se fondent sur la « philosophie » ou sur de vaines erreurs pour repousser la foi dans sa simplicité et nous donnerons notre assentiment sans réserve aux brèves paroles du Prophète qui nous enseigne la manière dont se fera ce don : « On leur enlèvera, dit-il, le souffle et ils expireront et ils retourneront en leur poussière. Tu enverras ton Esprit et ils seront créés et tu renouvelleras la face de la terre. » [12] Alors le Seigneur trouvera sa joie en ses œuvres, les pécheurs ayant débarrassé la terre. Comment pourrait-on appeler quelqu’un pécheur, quand le péché n’existe plus ?

Grégoire de Nysse
La Création de L'Homme collection Sources chrétiennes n°6

1. Marc. XIII, 1.
2. Luc. XXIII, 28,29.
3. Premier argument de fait en faveur de la résurrection : « l’accomplissement des autres prophéties »
4. Luc, IV, 38 sq.
5. Justes remarques sur l’économie de l’œuvre du Christ, sur son caractère pédagogique, selon l’idée chère à Origène et à Grégoire de la pédagogie divine.
6. Jn. IV, 46 sq.
7. Marc, V, 22 sqq.
8. Luc, VII, 11 sq.
9. I Thess. IV, 16.
10. Luc, IV, 23.
11. PS. CIII, 29, 30.
12. I Cor. XV, 12 sq.

Source : site Grégoire de Nysse