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BethesdaDimanche de la Samaritaine

5e Dimanche après Pâques
Livre des Actes XI, 19-26, 29-30
Évangile selon saint Jean IV, 5-42

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 29 mai 2005

Le Christ est ressuscité  !

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

Je voudrais vous parler aujourd’hui de la soif des hommes et de la soif de Dieu.

Père Boris BobrinskoÿNous voici en Samarie, c’était environ la sixième heure quand Jésus fatigué par la marche sur le chemin s’arrêta au bord du puits de Jacob. La sixième heure, c’est-à-dire vers midi, il faisait très chaud et le soleil devait taper très fort. Jésus était fatigué, Il avait faim, Il avait soif, et Il dit à la femme qui était venue puiser de l’eau « Donne-moi à boire  ! »

Durant toute Sa vie, Jésus a connu la soif, la faim, la fatigue, la tristesse, les émotions naturelles et nous savons qu’Il a eu soif jusqu’au dernier moment de Sa vie. À mes yeux, il est particulièrement significatif que saint Jean qui nous relate ici cet épisode de la Samaritaine soit le seul évangéliste à avoir tenu à nous rapporter, parmi les sept paroles de Jésus sur la croix, cette parole « J’ai soif » qui n’apparaît pas dans les évangiles synoptiques. Ainsi tout le chemin de Jésus a été un chemin où il a assumé toutes les difficultés, les faiblesses, les précarités de la nature humaine. Assumer signifie qu’Il les a prises sur Lui, qu’Il les a pleinement vécues. Dans un élan d’amour, Il s’est totalement soumis à la condition humaine pour vivre et partager jusqu’au bout toutes les souffrances que peut connaître l’homme éloigné de Dieu. Absolument toutes les souffrances de l’homme éloigné de Dieu, au point que, dans cet esprit, le Seigneur criera sur la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ? » Ainsi jusqu’au bout, Jésus connaît la soif. C’est une soif qui tenaille, qui Lui dessèche la langue, la bouche, la gorge, mais, évidemment, elle n’est pas seulement soif d’eau ordinaire. Cette soif cache en elle un autre besoin, un autre manque, un autre désir, une autre tristesse. Quand Jésus dit à la femme « Donne-moi à boire. » Il lui demande tout autre chose.

Sous l’apparence de l’eau, source de vie, que lui demande-t-Il véritablement ? Je pense qu’Il lui demande tout simplement son cœur. En langage humain, nous pourrions traduire « Donne-moi ton amour, aime-moi comme Je t’aime. »

Et Jésus se présente ici comme Celui qui vient, se tient là et demande. Lui, qui a créé le ciel et la terre, offre ici l’image d’un quémandeur, d’un mendiant. Lui, qui ordonne aux vents et aux ondées de régénérer la terre, Lui, auquel sont soumis tous les éléments, demande, quémande, prie cette femme « Donne-moi à boire, donne-moi l’essentiel pour vivre » comme Il pourra demander en d’autres circonstances « Donne-moi à manger. »

C’est à l’image de l’œuvre qu’Il opère, du chemin qu’Il trace sur la terre que Jésus cherche par cette soif qu’Il connaît et par le langage qu’Il tient à éveiller dans le cœur humain un sentiment, une émotion, une ouverture, un élan, une relation, qui paraissent assoupis, enfouis sous les soucis du monde, éteints ou même absents. Aujourd’hui, quand Il demande à la femme de l’eau, Il s’adresse à une Samaritaine. Les Juifs et les Samaritains sont fils de Jacob mais l’histoire les a séparés, ils reconnaissent le même Dieu mais ne prient plus ensemble, et même ils s’évitaient refusant tout commerce entre eux. Pour étancher Sa soif, Il demande à la Samaritaine un peu de son amitié, mais c’est une amitié difficile à accorder tant la distance qu’ose franchir Jésus est considérable. Déjà le simple fait que Jésus puisse discuter avec cette femme devait surprendre voire scandaliser les Juifs comme les Samaritains, et tous les bien-pensants. C’est ainsi que les disciples furent étonnés de voir Jésus s’adresser non seulement à une femme mais encore à une Samaritaine.

Nous pouvons véritablement dire que la soif que Jésus a connue durant toute Sa vie, depuis le commencement jusqu’à Son dernier souffle était une exigence, un besoin, un désir de l’amour de l’homme. Le chemin de Jésus est une quête de l’amour perverti, de l’amour refroidi, de l’amour oublié, de l’amour absent. Jésus vient éveiller dans le cœur humain cette capacité d’amour. Une capacité d’amour est dormante et, en dépit des apparences, elle reste réelle dans tout être venant au monde.

À notre tour, voici que Jésus vient comme un mendiant et frappe à la porte de notre cœur « Voici Je me tiens à la porte et Je frappe, si quelqu’un m’entend et m’ouvre J’entrerais et Je souperais près de lui, Moi près de lui et lui près de Moi. »

Si quelqu’un m’entend et m’ouvre  ! Encore faut-il que ce soit nous qui ouvrions au Seigneur, car le Seigneur ne force pas l’entrée de nos cœurs, Il attend. Il attend avec patience et aussi avec tristesse que nous voulions bien Lui ouvrir, peut-être même seulement entrouvrir, rien qu’un modeste entrebâillement de la porte de notre cœur pour qu’Il puisse entrer, ne fût-ce que pour un bref instant, parce que nous n’avons pas le temps, nous avons toujours mieux à faire, nous avons tant de choses plus importantes à réaliser, à vivre  ! Malgré nos priorités, le Seigneur est ici, derrière la porte à attendre humblement et solliciter notre amour. Jésus est venu pour avoir soif et connaître la soif sous toutes ses formes, depuis cette soif physiologique, soif brûlante et douloureuse de l’eau indispensable à la vie terrestre, jusqu’à cette soif plus brûlante encore, infiniment plus douloureuse pour Lui, de l’amour quand Il voit les cœurs indifférents, fermés, hostiles. Quand le Fils de l’homme est rejeté par ceux pour qui Il est venu sur terre, Il ne se décourage pas, Il ne baissera pas les bras.

En réponse Jésus donne ce qu’Il promet à cette femme, voilà pourquoi il importe que nous nous rappelions cette parole extraordinaire qui s’adresse à tous, résonne à travers les siècles et concerne chacun de nous : « Mais si tu savais le don de Dieu, tu n’attendrais pas et tu te précipiterais à Moi. Tu ne temporiserais pas un seul instant et tu viendrais de tout ton cœur pour te jeter à mes pieds et me prier de te donner ce que je peux te donner et ce pour quoi je suis venu sur terre. Tu me supplierais de t’offrir la véritable eau vive. Car l’ayant bu, tu n’auras plus soif à jamais, parce que cette eau vive jaillira de ton cœur même, elle coulera dans ton sein comme d’une source abondante. Tu me prieras pour que cette source d’eau éternelle coule en toi pour te vivifier, te ranimer, te sanctifier, te donner la vie et te restaurer dans la vie divine. »
Aujourd’hui Jésus nous annonce le jaillissement de cette eau vive. Plus tard Jésus s’écriera « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à Moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein » et l’évangéliste de préciser qu’Il avait dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en Lui . Par conséquent, quand le Seigneur nous promet l’eau vive il s’agit bien sûr de la promesse de l’Esprit Saint, promesse qui sera tenue dans quelques semaines quand, à la Pentecôte, nous vivrons véritablement cette venue de l’Esprit Saint.
En définitive, nous avons là un extraordinaire échange même si la soif de Jésus nous paraît tout autre. Cette soif de Jésus est le désir ardent de Celui qui peut véritablement nous donner en retour ce que nul être humain ne pourra jamais nous donner : Ce sans quoi il n’y a pas de vie, non pas seulement de vie éternelle mais encore pas de vie humaine. En effet, pour vivre sur cette terre, même pour le plus quotidien de l’existence, l’homme a besoin de cette ondée, de cette irrigation, de ce souffle de l’Esprit Saint qui donne la vie, régénère et inspire. Jésus brûle du désir de nous combler de l’eau de l’Esprit Saint pour nous rendre aptes à vivre notre vie terrestre, notre vie d’homme et de femme, de chrétien, pour nous rendre perméables, sensibles, obéissants, à la volonté de Dieu et, finalement, pour nous emplir au point que cette eau vive, ce feu de l’Esprit, nous puissions à notre tour les communiquer.

Avec la soif de Dieu qui suscite et apaise la soif de l’homme, nous retrouvons ce mystère ineffable du Dieu devenu homme, du Dieu qui s’abaisse pour que nous devenions dieux nous-mêmes et cet échange est le cœur même du mystère du Salut.

Aujourd’hui, s’opère entre Jésus et cette femme une rencontre singulière, personnelle, intime dirai-je. Elle réalise que son interlocuteur est un prophète non seulement par la raison quand Il lui dit tout ce qu’elle avait fait mais encore et surtout par le battement de son cœur, ce cœur brûlant qui résonne en connivence avec Celui qui lui parle. C’est du fond de son cœur régénéré qu’elle ressent et découvre que Celui qui lui demande à boire est le Christ.

Ainsi elle court à la ville et annonce aux Samaritains « Venez voir celui qui m’a dit tout ce que j’ai fait, ne serait-il pas un prophète ? Ne serait-Il pas le Christ ? ». Ainsi, c’est elle qui se fait l’apôtre, l’envoyée, à l’instar des femmes myrrhophores qui seront les apôtres pour annoncer aux disciples la Résurrection. Alors, à leur tour, les habitants de Sichem prient Jésus de venir dans leur ville pour demeurer avec eux, et Jésus y restera quelques jours. Après avoir été tout d’abord attirés, intéressés, ouverts par les paroles de la femme, ils ont écouté Jésus et désormais ils pourront dire « Maintenant ce n’est pas à cause de toi, mais c’est nous-mêmes qui avons rencontré cet homme, c’est de notre propre expérience si nous avons cru qu’Il est le Fils de Dieu et si nous savons qu’Il est le Sauveur du monde. »

Il est le sauveur du monde  ! L’apôtre annonce et témoigne mais finalement c’est à travers une expérience toujours personnelle, toujours unique, que, nous, nous pouvons rencontrer le Seigneur. Par conséquent tout ce que nous avons appris, tout ce qui nous a été enseigné, tout ce que nous vivons dans notre vie ecclésiale, tout doit être véritablement vécu en profondeur comme une rencontre singulière, originale, personnelle, nécessairement unique avec le Seigneur qui, inlassablement vient vers chacun de nous, s’adresse à notre cœur et ne cesse de nous demander

« Donne-moi à boire, donne-Moi ton amour, aime-Moi et, Moi, en retour Je te donne dès maintenant l’eau vive qui coule en toi pour la vie éternelle. »    Amen

Le Christ est ressuscité  !
En vérité Il est ressuscité  !

Père Boris


Cf. évangile selon saint Jean XIX, 28.

Voir notamment l’évangile selon saint Luc XIV, 41 et selon saint Jean XXI, 5.

Cf. Apocalypse III, 20.

Cf. évangile selon saint Jean VII, 37-39.

 

 

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