La parabole du Semeur

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Parabole du Semeur

Texte de la parabole Lc 8, 5-15 et commentaire patristique par saint Jean Chrysostome

Homélie prononcée par le père Boris le 24 octobre 1999
au Monastère de Notre-Dame-de-Toute-Protection, à Bussy

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Père Boris BobrinskoyNous venons d’entendre la parabole du semeur qui sème sa semence sur différents sols. Or le Seigneur Lui-même nous donne une explication de cette parabole : Ici, le semeur, c’est Dieu, Lui-même, qui sème dans les cœurs humains. Et il y a toujours le risque énorme que cette semence ne se perde, en se desséchant ou en étant emportée par l’ennemi.

En résonance, on trouve, dans l’évangile de saint Jean, comme une continuation de cette parabole du semeur lorsque le Seigneur dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il demeure seul. S’il meurt, il porte un fruit multiple. »  (1)

C’est une parole extraordinaire dans laquelle le Seigneur ne s’identifie plus au semeur, mais au grain de blé, c’est-à-dire l’Agneau. De même qu’une seule goutte d’eau peut refléter le ciel, les étoiles et l’immensité du monde, de même ce grain de blé contient en lui toute la plénitude de la vie divine. C’est le Seigneur Lui-même qui entre dans la terre de nos cœurs pour y mourir et y donner un fruit nombreux.

La descente du Seigneur dans les cœurs humains est l’image de son abaissement, de sa kénose, elle manifeste ce risque énorme que prend le Créateur du ciel et de la terre en affrontant la liberté de l’homme, le risque d’en être rejeté ou d’en être ignoré. C’est pourquoi le Seigneur se compare, ailleurs, à un mendiant qui frappe à la porte : «Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre, j’entrerai et je dînerai près de lui et lui près de moi. » (2)

Ce risque que prend le Seigneur est la continuation de celui qu’Il a pris lorsqu’Il a créé le ciel et la terre, car le ciel et la terre ont été créés pour l’homme qui en est le couronnement, le prophète, le prêtre et le roi. L’univers entier a été créé en vue de la vie divine que Dieu veut communiquer à Sa créature.

Dieu descend pour offrir Sa grâce à l’homme, Dieu descend jusqu’à l’homme dans l’humilité, comme un petit enfant innocent, comme un serviteur qui lave les pieds de ses disciples (3). Encore et encore, nous voyons dans les évangiles les signes de l’humilité qui font la véritable grandeur de Dieu. Le Seigneur sème Sa parole dans les cœurs humains. Ou plus exactement, Il descend Lui-même, Il entre dans les cœurs par Sa parole, par Sa révélation. Il pénètre dans les cœurs humains pour les transformer peu à peu. Cette transformation est le fruit de notre vie entière.

Nous sommes appelés à devenir cette bonne terre qui reçoit la semence. Une terre fertilisée par le feu, par l’eau et le souffle de l’Esprit Saint. Telles sont les trois grandes images de l’Esprit, et. Justement, la terre a besoin de ces trois éléments pour devenir fertile et féconde, pour accueillir la semence divine qui vient mourir en nous, pour la faire germer et fructifier. Il y a différentes manières de mourir. Il y a le grain qui meurt par dessèchement. Mais ce n’est pas de cette mort que le Seigneur parle. La mort en vérité, la mort en esprit, la mort en Dieu, c’est mourir au vieil homme, c’est mourir pour donner la vie. C’est la loi de la nature, la loi de notre vie.

Dans la mesure où le Seigneur, comme un grain de blé vient mourir en nous, Il s’assimile à nous et nous nous assimilons à Lui. Alors c’est nous qui devenons cette parole, cette semence qui grandit et se multiplie. À notre tour, nous répandons la semence, nous la semons dans d’autres cœurs. À l’image du Seigneur, nous devons alors, nous aussi, mourir pour renaître.

Puissent cette parabole du semeur et la phrase du Seigneur sur le grain de blé qui meurt être des paroles illuminatrices pour nous apprendre à nous oublier nous-mêmes, pour accueillir cette semence et devenir, nous-mêmes, un blé multiple, un pain chauffé, doré au feu de Dieu pour devenir, tous ensemble, le pain de l’Eucharistie que le Seigneur nous a donné afin que le monde puisse s’en nourrir et y trouver la vie.

Amen.

Père Boris

Notes (1) Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.
(2) Cf. Apocalypse III, 20.
(3) Cf. évangile selon saint Jean XIII, 1-11.

 

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