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Homélie

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Parabole des talents

La parabole des talents2e épître aux Corinthiens 6, 1-10
Évangile selon saint Matthieu 25, 14-30

Homélie prononcée par Père Boris le 13 octobre 2002 à la CryptePère Boris

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Il y a deux images dans cette parabole des talents.

D'abord, l'image du banquier : Nous connaissons bien tout cela pour avoir fait, les uns ou les autres, l'expérience de cet argent que nous mettons pour fructifier et qui, selon les aléas de la bourse, rapporte ou ne rapporte pas. Nous avons aussi l'image de la terre. Comme vous venez de l'entendre, celui qui n'avait reçu qu'un seul talent l'avait seulement enfoui dans la terre pour, par la suite, le déterrer et le rendre tel quel.Cette terre exprime une réalité profonde, elle exprime la vérité de notre propre existence et de notre propre cœur. La terre elle-même n'est pas une chose insensible et morte, elle est une réalité vivante qui, lorsqu'elle est fécondée et arrosée, donne du fruit. Nous savons que la terre peut donner un fruit nombreux et nous pouvons donc nous demander : comment se fait-il que ce talent, ce trésor énorme qu'il avait reçu et caché dans la terre, n'ait pas fructifié. Il y a en effet une parole du Seigneur dans l'évangile de saint Jean qui dit que "Si le grain de blé ne meurt pas, il reste seul. Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits."

Il y a par conséquent différentes manières de jeter en terre ce que nous possédons. Il y a une terre morte et stérile, une terre pleine de caillasse qui ne produit que des ronces. Nous reconnaissons ici la parabole du Semeur et nous savons que lorsque la graine - qui est la parole de Dieu - tombe sur cette terre dure, elle ne peut germer, elle meurt. La parole de Dieu meurt Cela signifie qu'elle s'épuise, ou plus exactement qu'elle retourne vers Celui qui l'a prononcée, en disant à Dieu : "Voilà, je suis allée vers cette terre où tu m'as commandé d'aller mais il n'y a pas eu de résultat, il n'y a pas eu de fruits, il n'y a pas eu de rencontre."

Que faut-il faire pour que cette terre qui est la terre de notre cœur puisse être accueillante à la parole de Dieu ? Il faut que l'Esprit Saint soit l'artisan, il faut qu'Il soit Celui qui gère la semence, la fécondation, la croissance et ensuite la moisson. Lorsqu'elle nous atteint, en effet, la parole de Dieu nous atteint de manière très mystérieuse, bien au-delà des capacités d'intelligence de notre raison. C'est pourquoi quand nous la recevons, nous devons tout d'abord nous en nourrir véritablement comme le dit Jésus "J'ai à manger une autre nourriture que vous ne connaissez pas – ma nourriture est d'entendre la parole de Dieu l'homme ne vivra pas de pain seul mais de toute parole venant de la bouche de Dieu." Par conséquent nous devons faire de cette parole notre véritable nourriture : "Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour", notre pain de ce jour est la Parole, la parole divine que vous venez de recevoir déjà dans l'écoute du Saint Évangile, et le pain est le pain céleste, le pain de vie que vous allez continuer de recevoir d'une manière indicible au-delà de notre propre intelligence dans le sacrement de la Sainte Communion.

Ainsi, je le répète, il y a différentes manières de laisser entrer en nous la parole de Dieu et la richesse de la Grâce de l'Esprit Saint. Nous pouvons l'accueillir d'un cœur ouvert, humble, repentant, reconnaissant, adorant, aimant, et s'opère alors ce miracle de la transformation de notre cœur. Comme le dit saint Nicolas Cabasilas, lorsque nous nous nourrissons du pain de vie, ce n'est pas nous qui assimilons le pain en notre organisme, mais c'est nous-mêmes qui sommes assimilés dans la vie divine. Ainsi se réalise déjà en nous une transformation qui est un début réel de résurrection.

Au contraire, si notre cœur est fermé, si notre cœur est dur, le talent, comme je vous le disais, ne peut pas fructifier et il reste mort. Alors, quand survient le Maître aimant, nous ne voyons en lui qu'un justicier, nous ne voyons en lui qu'un homme dur qui réclame du fruit là où il n'a pas semé comme le dit le serviteur méchant "Tu moissonnes ce que tu n'as pas semé."

Et retenez ce que lui répond le Seigneur : "Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que j'amasse où je n'ai pas vanné - c’est-à-dire, tu savais donc que je suis un homme injuste et méchant, tu savais que je demanderais peut-être ce qui ne m'appartient pas - il te fallait donc remettre mon argent au banquier et à mon retour j'aurai retiré ce qui est à moi avec un intérêt."

Comment faut-il comprendre ces paroles ?

Ces paroles signifient que lorsque notre cœur est fermé et obscur, nous ne pouvons plus déceler ni reconnaître le visage du Père, alors le visage du Père se voile et se trouve recouvert d'un autre visage que nous créons à notre propre image, à notre image de dureté, de méchanceté, de duplicité et de fourberie, alors nous voyons en Dieu aussi un tyran et un être méchant. À ce titre je voudrais rappeler deux versets d'un psaume qui me frappent toujours et qui sont en consonance avec ces paroles. Le Psaume XVII dit : "Pour le saint, tu seras saint, pour l'homme sans reproche, tu seras sans reproche, pour ton élu tu seras l'élu, mais pour le pervers tu seras pervers." Cette parole étonnante du psalmiste signifie que pour reconnaître l'amour de Dieu, pour pouvoir reconnaître le visage aimant du Père, il faut déjà se nourrir de la parole vivante, de la parole aimante, de ces effluves d'amour qui viennent de Dieu.

Nous devons, par conséquent, multiplier les talents, c’est-à-dire multiplier la grâce de Dieu, multiplier non pas tellement l'intelligence, mais multiplier plutôt l'intelligence du cœur, la grâce, la paix, tous ces dons que l'Esprit Saint veut nous donner à profusion, qui sont les dons de la Pentecôte permanente de l'Église.

Mais comment faire fructifier ces dons ? Il faut donner nos talents aux banquiers  ! Mais qui sont ces banquiers ? Je dirais que ces banquiers sont les pauvres. Plus nous donnons à ceux qui sont dans le besoin, plus nous nous enrichissons, plus nous grandissons, plus nous nous pénétrons de la grâce de Dieu pour nous en remplir à ras bord.

À ce moment-là, cette grâce de Dieu fait que nos yeux s'ouvrent, nous devenons des voyants, des voyants d'amour, nous sommes capables de reconnaître le visage du Père et le visage du Père se découvre en nous, la voix du Père se fait entendre à nous avec ces paroles que Jésus entendit une première fois au Jourdain avec Jean-Baptiste, et une seconde fois avec les disciples au Thabor : "Tu es Mon fils bien aimé, en Toi J'ai mis toute Ma bienveillance." Ce sont les paroles que le Maître, le possesseur des talents, dira à ceux qui avaient dix talents, cinq ou deux : "Tu es mon fils bien aimé, entre dans la joie de ton Maître !" Telle est la joie ineffable, la joie sans fin qui doit commencer dès maintenant, à condition que nous donnions tout ce que nous possédons à ces banquiers dont je viens de vous parler.

Amen.

Père Boris
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