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Homélie

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Parabole des talents

La parabole des talents2e épître aux Corinthiens 6, 1-10
Évangile selon saint Matthieu 25, 14-30

Homélie prononcée par l'archimandrite starets Syméon le 10 octobre 2000 à Bussy

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Chers frères et sœurs en Christ,

Dans l'Épître d'aujourd'hui, saint Paul nous dit : "Puisque nous sommes ses coopérateurs, nous vous exhortons de ne
pas recevoir en vain la grâce de Dieu."
(2 Co 6,1); "Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut." (2 Co 6,2).

Les paroles de saint Paul sont fortes : il nous appelle coopérateurs de Dieu. Nous devons coopérer à l'ouvre de Création de Dieu, car si nous sommes créés à l'image du Dieu-Créateur, nous aussi nous devons être des créateurs. Mais comment pouvons-nous être créateurs ? Pouvons-nous, comme Lui, créer ex nihilo, créer à partir du néant ? Non, cela ne nous est pas possible, mais nous pouvons coopérer avec Dieu en faisant fructifier Ses dons, en les portant à leur plein épanouissement.

Nous trouvons cette idée exprimée par le passage de l'Évangile que nous venons de lire aujourd'hui : la parabole des talents.

Voici un homme qui part en voyage et qui distribue sa fortune à trois de ses serviteurs. Il confie à l'un cinq talents (c'est
une immense somme d'argent), à l'autre deux talents, et au troisième un talent.

Les deux premiers serviteurs ont agi en coopérateurs de Dieu; ils ont fait fructifier les dons qu'ils ont reçus, mais le troisième, au contraire, a caché le sien dans la terre où il est resté stérile.

À son retour, le maitre félicite les deux premiers serviteurs. Ce qui est remarquable, c'est qu'il ne leur demande pas de
lui rendre les sommes d'argent confiées, mais, au contraire, il les leur donne. Bien plus, il les fait "entrer dans sa joie", les fait entrer dans son intimité. C'est ainsi que Dieu agit avec nous: faisons donc fructifier le don que Dieu nous a donné, le saint baptême, et ne soyons pas comme le troisième serviteur qui a enterré son talent.

C'est exactement à quoi nous appelle saint Paul : "Nous vous exhortons de ne pas recevoir la grâce de Dieu en vain." Il est clair que le grand don de Dieu, c'est la grâce du Saint-Esprit. Elle est un pur don, mais il dépend de nous qui sommes des coopérateurs de Dieu de la faire fructifier.

Dieu nous a créés, mais Il veut que nous agissions en coopération avec Lui, en synergie, pour nous conduire an but qu'il
a en vue pour nous : devenir semblables à Lui. Le but, c'est le salut et, dans l'Église, nous comprenons le salut comme glorification, comme déification. Il y a une chose qui m'a beaucoup frappé en lisant l'introduction de la Philocalie écrite par saint Nicodème l'Hagiorite. Il emploie dix-huit fois le mot "déification" dans cette courte introduction de six pages. De plus, il précise que cette Philocalie s'adresse aussi bien aux laïcs qu'aux moines, "car c'est la volonté de Dieu que tous les hommes parviennent au salut, à la déification, et ainsi entrent dans la joie de leur Maître".

Dieu est fidèle, c'est nous qui sommes infidèles, comme le troisième serviteur, et qui rendons stérile le don de la grâce
du Saint-Esprit, et ainsi perdons mème ce que nous croyons avoir, c'est-à-dire cette vie, car il nous faudra bien un jour mourir. Être coopérateurs du Dieu Créateur, c'est travailler avec Lui à l'œuvre de salut à laquelle Il nous appelle et que saint Nicodème, ainsi que les autres saints, appelle déification. Acceptons donc la parole de saint Paul: Nous vous exhortons à ne pas recevoir le don de Dieu en vain... le voici maintenant le jour du salut.

Saint Serge, dont nous célébrons aujourd'hui la mémoire, est un de ces hommes qui n'a pas reçu le don de Dieu en
vain et nous l'appelons prepodobnyj, "très semblable à Dieu". Comment pouvons-nous, comme saint Serge, coopérer avec Dieu et faire que nous ne recevions pas la grâce de Dieu en vain ? C'est, bien sûr, en observant les commandements du Christ et en luttant contre le péché qui nous éloigne de Dieu et qui paralyse l'action de la grâce en nous. Saint Paul énumère, dans la péricope de l'Épître aux Corinthiens qui a été lue, les manières dont se manifestent la fidélité au Christ et la lutte contre le péché. Il dit : "par une grande constance dans les tribulations.., dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes; par la pureté, par la patience, par la bonté, par unecharité sans feinte, dans l'honneur et dans le déshonneur; tenus pour gens qui vont mourir et nous voilà vivants, pour gens qu'on châtie mais sans les mettre à mort ; [tenus] pour tristes, nous qui sommes toujours joyeux ; pour pauvres, nous qui faisons tant de riches; pour gens qui n'ont rien mais qui possèdent tout." (cf 2 Co 6,4-10).

Je viens de relire, en l'abrégeant, l'Épître d'aujourd'hui : on croirait entendre l'exhortation qui est donnée au novice lors de sa profession monastique.

Je vois ici de nombreuses personnes que je connais depuis longtemps, mais il y en a aussi d'autres qui s'approchent à un
degré ou un autre de la voie monastique. Tous et toutes, écoutez attentivement les paroles de l'apôtre Paul : "Soyez les coopérateurs de Dieu, et ne recevez pas le don de la grâce de Dieu en vain, car le voici maintenant le moment favorable."

Amen.

cf. "Hommage à l'Archimandrite starets Syméon (1928-2009)" Cahiers Saint-Silouane l'Athonite Hors-série pp. 397-398

Analyse d'audience

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