Site de la Crypte

seraphin

Homélie

Revenir à la page "Quoi de neuf sur le site de la Crypte"     → Recevoir nos mises à jour
Jésus dans la barque

La Tempête apaisée

Homélie prononcée par le Père Michel, à la Crypte, le 1er août 2004

Première Épître de Paul aux Corinthiens chapitre III , versets 9 à17
Évangile selon saint Mathieu chapitre XIV, versets 22 à 34

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
Amen.

Père Michel EvdokimovNous venons d’entendre le récit de la tempête sur le lac. Dans la barque emplie de disciples effrayés, Pierre demande à Jésus de pouvoir marcher sur les flots, mais soudain craint de couler. Ce récit est l’un de ceux qui nous émeuvent le plus, il atteint en nous des choses profondes, probablement à cause de cette image de la tempête car, dans notre vie, nous savons, il y a bien des dangers, des tempêtes, et des épreuves que nous devons surmonter. La tempête ouvre des abîmes en nous.

Voici que Pierre qui avait demandé à Jésus de lui permettre de marcher sur les flots est tout à coup saisi par la peur : "Seigneur, sauve-moi !"

Et Jésus lui lance cette parole cinglante : "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?".

Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ! Essayons un instant de réfléchir sur la foi et le doute.

Parfois n’avons-nous pas l’impression d’être tièdes ? Ne ressentons-nous pas une forme d’indifférence, de distance ? N’avons-nous pas le sentiment que notre foi n’est pas ce feu que Jésus est venu répandre sur la terre et qui devrait brûler à l’intérieur de nous-mêmes. D’où vient ce malaise ? Qu’est ce qui fait obstacle à cette foi ? Certains Pères de l’Église voient trois obstacles majeurs à l’épanouissement de notre foi.

Un premier obstacle est la "connaissance naturelle", c’est-à-dire la connaissance de ce qui entre dans notre vie quotidienne mais aussi la connaissance du monde, le savoir rationnel, la science, toutes choses qui sont bonnes en soi à condition de ne pas en faire – comment dirais-je ? – un absolu, comme un article de foi.

Toutes les époques sont soumises à cela, mais chaque époque possède son caractère particulier.

Aujourd’hui nous sommes en proie à la pression de tout un univers de technologies très avancées, que ce soient dans le domaine de l’informatique, de la communication, des transports, ou encore de la médecine et de la biologie. La consommation, l’information, les media envahissent notre quotidien et tout ceci nous encombre et nous contraint. Où trouver aujourd’hui un espace de calme où il n’y aurait plus ce bruit, cette agitation, ce flot d’images et de sons ? Comment échapper à cette influence et retrouver en nous l’espace intérieur où nous pouvons enfin être face à nous-mêmes et où nous pouvons enfin nous tenir face à Dieu ? C’est cette connaissance du réel qui a jailli dans l’esprit de saint Pierre lorsqu’il marchait sur les flots. Il s’est dit « Mais non ! Ce n’est pas possible que je marche sur ces flots. Et puis, il y a les vagues et les creux qui s’ouvrent sous mes pieds. Les flots et le vent vont m’emporter. Je vais me noyer ! » et, aveuglé par cette connaissance naturelle, il s’est mis à hurler au Christ : "Sauve-moi !".

Le second obstacle est la peur. En réalité, il y a deux peurs : la peur de Dieu et la peur du monde.

Nous avons souvent peur de Dieu. Nous avons peur de Dieu parce que nous savons – c’est notre conscience qui nous le dit – que Dieu nous demande des choses que nous ne voulons pas faire.

Dieu nous demande parfois de modifier telle ou telle chose dans notre vie, de réviser notre comportement, de renoncer à telle attitude.

Par exemple, Dieu nous demande de nous réconcilier avec telle personne et nous ne voulons pas nous réconcilier parce que cette personne nous a fait du mal et nous ne supportons pas le mal que cette personne nous a fait. Pourtant Il nous le demande, et alors nous avons un peu honte devant Dieu, nous sommes embarrassés et fuyons le regard de Dieu. Nous avons peur de Dieu et notre foi tiédit à ces moments-là.

L’autre peur est la peur du monde qui nous entoure.

Nous sommes soumis à cette espèce de pression exercée sur nous, non seulement, par ceux qui, menant une vie de divertissements, nous inviteront à en faire autant mais encore par ceux qui menant une vie très honorable nous mettront mal à l’aise par quelque raillerie ironique ou condescendante : "Ah bon ? Tu es chrétien ! Comment cela est-il possible à notre époque scientifique où l’on va résoudre tous les problèmes de l’être humain ? etc." Cette pression et cette peur existent, et les uns et les autres nous en avons tous fait l’expérience … Rappelons-nous les paroles du Christ qui ont été chantées tout à l’heure dans les Béatitudes "Heureux serez-vous lorsque l’on vous outragera, que l’on vous persécutera et que l’on dira faussement de vous toute sorte de mal." Le chrétien est celui qui est prêt à accepter que l’on dise du mal de lui à cause de son Seigneur. Pour rappeler un exemple qui est certainement présent à votre esprit, celui de sainte Marie Skobtsov : cette femme admirable n’a pas eu peur, ainsi que ses trois compagnons, de donner refuge à des Juifs persécutés.

Et voilà saint Pierre a eu peur, il a eu peur et, à ce moment-là, il s’est mis à sombrer.

Enfin, il y a un troisième obstacle. Ce troisième obstacle est le doute, l’hésitation, l’oscillation "Oui, on aimerait bien croire mais c’est difficile car il y a tant de chose à faire et tant de choses à penser, c’est difficile de croire à tout cela…" Pour illustrer cette tendance : on a récemment mené une enquête d’opinion dans les milieux chrétiens en France, d’où il ressort une statistique assez étrange selon laquelle 40 % des personnes qui se réclament du christianisme déclarent ne pas croire en la Résurrection du Christ ! Je mets cela sur le compte du doute, de l’hésitation, du "oui, peut-être, on ne sait pas".

À qui l’on demandait : "Mais quel est le problème le plus important et le plus urgent, pour l’homme d’aujourd’hui ?", saint Séraphim de Sarov répondait : "C’est la résolution, il faut être résolu, il faut savoir ce que l’on veut." Quand quelqu’un veut nager, il y a une seule chose à faire c’est plonger dans l’eau. Pour être digne de ce nom de chrétien, il est indispensable de prendre cette résolution, de l’affermir en soi dans notre prière, tous les jours de notre vie.

Et saint Pierre, lui, a douté, il a hésité. Il a oublié que lorsque le Christ est devant nous, alors nous ne pouvons plus avoir peur. "Rassurez-vous c’est moi ! N’ayez pas peur" dit le Christ aux apôtres apeurés dans la barque.

Cette barque est le symbole de l’Église. Ce qui est très étonnant c’est que Jésus va précisément confier cette barque à saint Pierre, cet homme qui a douté. À cet homme un peu fragile, Jésus va confier la conduite de son Église, comme Il va, d’ailleurs, la confier aux autres apôtres. N’est-ce pas très étonnant ? Alors, ne perdons jamais confiance dans la barque de l’Église même si nous avons l’impression que parfois elle tangue beaucoup et chavire un peu. Ne perdons jamais confiance en ceux que Jésus a choisis pour diriger cette barque, même si parfois nous avons l’impression qu’ils sont fragiles.

Saint Pierre lui-même était fragile, il a douté sur les flots, il a renié son maître et pourtant il est devenu ce grand apôtre que nous connaissons bien et que nous aimons de tout notre cœur.

Voilà le grand mystère de ce récit de la tempête qui parfois traverse notre vie. N’oublions jamais que, lorsque le Christ est là, alors tout est possible, même de marcher sur les flots.

Amen.

P. Michel Evdokimov

 

Revenir à la page "Quoi de neuf sur le site de la Crypte"     → Recevoir nos mises à jour