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Homélie

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Theophanie

Sainte Théophanie

Lettre à Tite II, 11-14, III, 4-7 – évangile selon saint Matthieu III, 13-17.

Homélie prononcée à la Crypte par le Père René le 6 janvier 1992

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit,
Un tropaire de la neuvième ode du canon de Vigiles révèle une partie du mystère de la Sainte Théophanie : "Comme jadis les Hébreux évitèrent la mort grâce à leurs portes teintées de sang, ainsi ce bain divin de régénération sera pour nous une fête d’Exode (une Pâque), après laquelle nous verrons la lumière véritable de la Trinité".

Ce tropaire fait mémoire de l’Exode, la sortie d’Égypte des Hébreux. Ce fut alors pour les Hébreux la libération de l’esclavage du Pharaon. Tout est symbolique dans ce rappel, mais symbole au sens fort, ce que l’on appelle une typologie. L’Égypte, le Pharaon, sont la représentation du Mal, et de l’esclavage où celui-ci tient l’humanité. Comme les Hébreux sortirent d’Égypte, sortirent d’esclavage, les hommes de tous les temps sont appelés à s’arracher à la servitude du Mal. À l’Exode des Hébreux correspond pour chacun de nous un semblable départ et une pareille séparation de la sujétion au Mal. Ce départ et cette séparation sont le passage d’un état ancien d’asservissement à un état nouveau de liberté, c’est une Pâque. Une Pâque que ce tropaire relie au baptême du Christ au Jourdain.

La Pâque d’Égypte se fit au prix d’un agneau sacrifié. Les Hébreux teintèrent de son sang les portes de leurs habitations. Par ce sacrifice ils furent épargnés et sauvés, tandis que les Égyptiens furent livrés à la colère divine. Dans la mémoire d’Israël le sang de l’agneau de l’Exode, de l’agneau pascal, fit passer de la mort à la vie, de la servitude à la liberté, le peuple de Dieu. Le sacrifice de l’agneau annonce par avance le passage de tous les hommes de l’emprise du Mal et de la mort à la lumière et à la vie retrouvée en Dieu.

Cette figure de l’agneau qui nous sauve par son sang réapparaît dans celle du Serviteur chargé par Dieu de purifier son peuple, celui que le prophète Isaïe présente comme le Serviteur souffrant : "Comme une brebis il a été mené à l’immolation, comme un agneau muet devant celui qui le tond il n’ouvre pas la bouche ; [...] or c’est pour nos péchés qu’il a été frappé à mort ; le Seigneur a fait retomber sur lui nos crimes..."

Cette fois ce n’est plus par le sang d’un agneau que Dieu vient sauver son peuple. C’est un homme qui s’offre de lui-même en victime pour nous sauver tous de nos péchés. Désormais Jésus sera cet homme, sera l’agneau de Dieu qui offre sa vie pour expier les péchés du monde. C’est ainsi que Jean-Baptiste Le présente : "Voici l’Agneau de Dieu qui ôte (prend) les péchés du monde". Dieu, après avoir sauvé les Hébreux d’Égypte par le sang d’un agneau, sauve toute l’humanité par le sacrifice de son propre Fils, de son premier-né. Agneau, serviteur et fils désignent, dans la pensée biblique et évangélique, tous ceux qui accomplissent la tâche que Dieu leur impartit. C’est pourquoi la voix du Père confirme la vocation de Jésus au baptême : "Celui-ci est mon Fils Bien-aimé en qui J’ai mis ma bienveillance".

Saint Matthieu rapporte à Jésus cet autre oracle d’Isaïe : "Voici mon Serviteur que J’ai choisi, mon Bien-aimé qui a toute ma bienveillance, Je répandrai sur lui mon Esprit". Ainsi, comme l’annonce le tropaire, le baptême du Jourdain est la révélation de la Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Le Père fait reposer son Esprit sur son Fils, premier-né et bien-aimé, pour que Celui-ci accomplisse la mission de sauver ces autres fils bien-aimés que sont pour Dieu tous les hommes.

Le baptême du Jourdain investit Jésus de la charge de Serviteur, d’Agneau souffrant qui donne sa vie pour le salut du monde. Ce baptême préfigure le baptême du sang, le baptême de Gethsémani et du Golgotha, le baptême de la Croix. Jésus le confiera à ses disciples : "Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé !"

Jésus qui n’avait aucun péché n’avait évidemment aucune raison d’être baptisé. Il s’est immergé dans le Jourdain pour annoncer sa mort sacrificielle, et Il est ressorti des eaux pour faire resplendir par avance sa Résurrection, source de notre salut. Pour Jésus le Jourdain a été la représentation de sa mort et de sa Glorification. C’est pourquoi à la Grande Bénédiction des eaux le prêtre plonge à trois reprises la Croix dans les eaux. Ce n’est pas un simple geste de bénédiction, c’est la reproduction du sacrifice du Christ pour la vie de l’humanité entière.

Le baptême du Jourdain rougeoie du sang de la Passion. Il annonce le passage de Jésus de ce monde vers son Père. Il annonce à l’humanité le passage des ténèbres de la mort à la lumière de la vie. En descendant dans les eaux, Jésus, dit saint Cyrille de Jérusalem, leur confère la couleur de sa divinité. Recevant l’Esprit, Il divinise par avance notre humanité. En Lui, l’Exode définitif est accompli, Pâque est présente dans le monde et tous les hommes se réjouissent, car ils voient déjà briller la lumière de leur salut.

Amen.

Père René
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