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Homélie

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TheophanieThéophanie de notre Seigneur Jésus-Christ

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 5 janvier 1986

Lettre de saint Paul à Tite 2, 11-14, 3, 4-7
Évangile selon saint Matthieu 3, 13-17.

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Père Boris BobrinskoyNous venons à peine de fêter la Nativité du Christ et nous voici maintenant avec Jésus au bord du Jourdain. Le temps de l’enfance de Jésus a passé très vite dans la conscience liturgique, l’Église ne s’y arrête pas trop, l’Église ne s’attarde guère sur ces années passées dans le silence, dans l’obscurité, dans l’humble obéissance de Jésus à Marie et à Joseph. L’Église retient surtout la manifestation de Dieu en Jésus à Bethléem, et aujourd’hui au Jourdain, où Jésus, rempli de l’Esprit Saint, vient annoncer la Bonne Nouvelle.

Jésus vient révéler la volonté et l’amour du Père.

Au moment où Jésus exprime à Jean-Baptiste Son désir d’être baptisé comme tous ceux qui avaient reçu le baptême avant Lui, tout d’abord Jean-Baptiste s’y oppose : « Je ne suis pas digne de délier la courroie ou la lanière de tes sandales ; c’est moi qui devrais plutôt être baptisé par toi ». Jésus lui répond alors par cette parole sur laquelle je voudrais attirer votre attention aujourd’hui : « Laisse faire maintenant, car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice ». « Laisse faire » et à cela Jean-Baptiste obéit, il reconnaît par l’Esprit qui était en lui déjà avant sa naissance dans le sein d’Élisabeth, il reconnaît Celui qu’il avait montré du doigt en disant : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde »1. Il Le reconnaît, il reconnaît son indignité vis-à-vis de Lui, et il obéit. Et en obéissant à Jésus, il obéit à cette parole mémorable, « car il nous convient d’accomplir maintenant toute justice » ; il nous convient, à Jean-Baptiste et à Jésus ensemble. Jean-Baptiste est le coopérateur de Jésus, comme Marie l’a été et le sera jusqu’au bout. Ainsi Jean-Baptiste est, lui aussi, le coopérateur de Jésus dans l’oeuvre du Salut, dans l’accomplissement de la justice de Dieu.

Ce mot « justice » nous étonne, car il nous fait penser en premier lieu à une justice humaine, à une justice distributive, égalitaire. Ce n’est pas de cette justice humaine qu’il s’agit, et ce n’est même pas encore de ce que nous croyons être la justice de Dieu, c’est-à-dire une justice punitive, une justice que trop souvent nous opposons à la miséricorde et à l’amour. Une justice punitive qui châtie, qui récompense les bons et sanctionne les méchants. Le mot « justice » dans son sens le plus profond dans la Bible, nous pourrions la nommer le plan de Dieu, la volonté éternelle de vie pour laquelle Dieu a créé le monde, que Dieu aime d’un amour infini.

Ainsi, encore une fois aujourd’hui, de même qu’à la Nativité, il faut remonter au-delà même de la manifestation de Jésus, remonter au Père.

C’est Lui dont la volonté S’accomplit et c’est Lui qui recouvre de Sa bienveillance, c’est-à-dire de Son Esprit, le Fils qui est descendu dans l’eau du Jourdain pour y être baptisé. Voici encore un mot qu’il faut pouvoir expliquer. Dans les traductions, cette parole est édulcorée : « Voici Mon Fils bien-aimé en qui J’ai mis toute Ma bienveillance ». L’Évangile d’aujourd’hui, dans une mauvaise traduction a donné « en qui J’ai mis Mon affection ». Le mot « affection » est beaucoup trop faible. Le mot affection fait penser à un sentiment humain. Évidemment il y a l’affection totale du Père dans le Fils et du Fils dans le Père, mais le mot affection n’est pas suffisant, le mot (en grec αγαπητος) signifie bien la bienveillance, c’est-à-dire l’union profonde à la fois de volonté, d’amour, la reconnaissance aussi que le Fils accomplit pleinement et jusqu’au bout la volonté aimante du Père, et qu’il n’y a aucune distance entre l’Un et l’Autre. Le Fils glorifie le Père et le Père glorifie le Fils, leur bienveillance est commune, c’est une bienveillance de vie, un désir d’amour, un désir de communiquer, d’élargir la vie éternelle à la créature, « à ceux que Tu as créés par amour et pour l’amour ».

Ainsi nous découvrons aujourd’hui, dans cet événement du baptême de Jésus au Jourdain, une infinie bienveillance, un infini amour du Père qui se communique par le Fils. C’est toujours cette parole mémorable qu’il faut rappeler : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a envoyé Son Fils Unique »2. Jésus communique ainsi et nous révèle la bienveillance du Père. Il nous Le révèle dans l’obéissance. Le mot « obéissance » est presque trop faible, trop unilatéral pour signifier qu’entre le Père et le Fils il n’y a pas deux volontés, mais une volonté unique qui est la volonté de vie et d’amour de la Sainte Trinité. Mais lorsque le Verbe de Dieu – le Verbe éternel qui est Un avec le Père et l’Esprit Saint – devient homme pour notre salut, Il assume alors dans et avec la nature humaine, Il assume la volonté de l’humanité entière qui se résout et qui se récapitule en Lui. C’est ainsi que ce que Jésus dira, criera plutôt à Sa Passion : « Père, que Ta volonté soit faite et non pas la Mienne »3 ; cela est déjà anticipé aujourd’hui au Jourdain : « Il faut que s’accomplisse, que nous accomplissions toute justice ». C’est-à-dire, il faut que dans Son humanité, dans Son désir le plus humain, le plus intime, le plus profond, Jésus révèle et unifie notre nature à la nature divine, notre volonté à la volonté de Dieu et que le plan de Dieu s’accomplisse ainsi dans l’humanité de Jésus qui prend sur Lui notre souffrance, qui prend sur Lui nos malheurs, nos solitudes, nos tristesses, notre péché.

Comprenons aussi que le baptême de Jésus, et toute l’oeuvre de Salut qui en découle, est un baptême qui est « ouvert ». Dans ce sens, nous sommes appelés à « entrer dedans », car nous ne sommes pas dans l’Église de simples spectateurs qui commémorerions ou qui assisterions de loin à l’événement du Jourdain. Nous sommes appelés tout d’abord à entrer dans l’eau du Jourdain, dans le baptême de pénitence. Nous sommes appelés à déposer aussi dans l’eau du Jourdain nos propres péchés. Parce que c’est le péché du monde entier, de tous les temps et de tous les lieux, qui est déposé dans le Jourdain. C’est ce péché que Jésus prend sur Lui au baptême et qu’Il brûlera en Lui dans Son acceptation de la volonté du Père jusqu’à la mort et jusqu’à la mort sur une croix. Nos péchés sont véritablement, ou plutôt la racine du péché, le dard du péché est véritablement consumé, il est brûlé dans l’amour et dans l’obéissance aimante du Fils au Père. Par conséquent nous sommes appelés à entrer dans ce mouvement, dans ce mystère de grâce et de communion, en descendant aujourd’hui spirituellement, invisiblement mais très réellement, dans l’eau du Jourdain. Nous savons ainsi que nos péchés sont pardonnés, non seulement effacés, mais brûlés jusqu’à leurs racines. Nous devons avoir confiance, et savoir que le mystère du pardon s’accomplit, se répand, et se communique ainsi à travers les temps et l’espace jusqu’à la fin du monde.

Pour terminer je voudrais simplement dire qu’à travers les générations et les siècles, jusqu’à la fin des temps, en rappelant le mystère du baptême de Jésus, l’Église continue à en communiquer la puissance vivificatrice, la purification, la fraîcheur du baptême. L’eau du Jourdain est l’eau du cosmos tout entier, la matière du cosmos tout entier est donc régénérée, exorcisée, libérée dans ses profondeurs des forces sataniques qui y demeurent. Cela signifie que le coeur humain aussi est libéré, est exorcisé, est sauvé de cette force satanique qui habite en nous et qui cherche constamment à nous subjuguer, à nous détruire et à nous éloigner ainsi de la grâce de Dieu.

Soyons ainsi, nous aussi, des relais de cette descente de Jésus, soyons surtout des relais de cette venue de l’Esprit Saint qui repose en Lui en toute plénitude, en toute perfection comme dans Son temple non fait de main d’homme, le temple le plus parfait auprès duquel, et à côté duquel, tous les temples humains ne sont que de faibles figures, de faibles images. Nous sommes nous aussi appelés à devenir des temples saints « non faits de main d’homme », dans lesquels l’Esprit Saint peut reposer. Mais lorsque l’Esprit Saint repose et Jésus en Lui dans les temples de nos coeurs, notre vie, notre visage, notre existence entière devient rayonnante, devient lumineuse, et alors par l’amour qui est en nous, mais qui est pourtant constamment encore et encore mis en question par la haine, mais qui par la grâce de Dieu vainc les forces de mal et de haine, l’amour qui est en nous devient le meilleur témoignage de cette bienveillance, de cet amour du Père qui nous embrase par Jésus Christ. Amen.

Notes 1. Cf. Jn 1,29 et 36.

2. Cf. Jn 3,16.

3. Voir notamment Lc 22, 42.

 


Père Boris

[1] cf. Psaume XL, 7-9, Hébreux X, 5-8.
[2] Jean XVII, 24.
[3] Luc XII, 49.
[4] En français, la traduction littérale du terme grec " Theotokos", " Celle qui a enfanté Dieu" est Déipare.
[5] Matthieu XVI, 17
[6] 1-Corinthiens XII, 3.
[7] Jean XII, 24.

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