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Homélie

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La Transfiguration du Seigneur

Transfiguration de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ

Seconde épître de saint Pierre chapitre Ier, versets 10 à 19
Évangile selon saint Matthieu chapitre XVII, versets 1 à 9

Homélie prononcée par Père Boris le 19 août 2003 en l’église de la Transfiguration à Bussy

Père Boris BobrinskoyAu nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Célébrant aujourd’hui le mystère de la Transfiguration de notre Sauveur sur le mont Thabor, je peux dire qu’en Église, nous sommes les témoins de cette Transfiguration et que nous voyons nous aussi le Sauveur, illuminé dans son visage, dans son corps et dans ses vêtements, devenus "plus blancs que neige". Nous en sommes les témoins, parce qu’en Église, la distance et l’espace entre nous et le Seigneur est abolie. En réalité, nous sommes déchirés entre deux situations : d’une part un état d’union avec Lui, union qui se fortifie lors de la Sainte Communion, lorsque nous écoutons la Parole vivante de l’Évangile. Nous sommes déjà en Lui, car Jésus nous le dit Lui-même : "Celui qui croit en moi est déjà passé de la mort à la vie." (1) Mais d’autre part, nous sommes encore en marche vers le Royaume, difficilement, péniblement, portant toute la lourdeur et la pesanteur de notre être.

Ce mystère de la Transfiguration est très étrange. Jésus n’avait pas besoin de cela. Depuis sa conception en Marie et jusqu’à la Croix incluse, non seulement Il était porteur de la divinité, mais encore Il était Dieu Lui-même. Comme le dit saint Paul : "toute la plénitude de la divinité demeure en Lui corporellement." (2) Plénitude, gloire, sagesse, bienveillance du Père, vie de l’Esprit Saint. En tant que Dieu devenu homme, l’humanité de Jésus était remplie de la divinité. Pourtant, Jésus ne voulait pas le montrer. Il le montrait à travers sa parole vivante, qui enflammait les cœurs ; Il le montrait à travers ses miracles qui étaient des signes de miséricorde avant tout. Jésus n’était pas un thaumaturge faiseur de miracles, Il avait pitié des gens : Il donnait du pain à ceux qui avaient faim, Il guérissait les malades, Il chassait les démons. En cela déjà se manifestait la gloire éternelle du Père dans le Fils par la puissance de l’Esprit Saint. Jésus n’avait pas besoin pour Lui-même de montrer extérieurement la lumière et la gloire éternelles du Père qui étaient en Lui. Il préférait les garder cachées en Lui.

Tout le mystère de Jésus, c’est justement son abaissement, son Incarnation. Il est devenu un petit enfant faible, n’ayant d’autre lieu pour venir au monde qu’une mangeoire d’animaux. "Le Fils de l’Homme, disait-il, n’a pas où reposer sa tête." (3) Il est devenu pauvre, parmi les plus pauvres, Lui qui était servi invisiblement par les anges et dont le cœur était constamment rempli de Dieu. Il était à la fois tourné totalement vers le Père et tourné totalement vers les hommes. Il cachait sa divinité, car Il ne voulait pas qu’une manifestation extérieure de sa gloire et de sa puissance puissent mener à une sorte d’intronisation extérieure. Combien de fois le peuple juif voulait Le faire roi et Le couronner ! Mais Jésus fuyait cela, car Il n’était pas venu pour cela.

À mesure que passent les années de la prédication publique de Jésus et de ses miracles, Il commence à préparer ses disciples : "Voici que le Fils de l’Homme doit monter à Jérusalem pour être livré aux mains des pécheurs, souffrir et être crucifié."

Dans le cadre de cet enseignement de sa montée vers la Passion, vers la mort, il y a cet épisode qui est une sorte de vision céleste, de moment printanier. Non pas pour Jésus, car Jésus savait ce qui était en Lui. Et pourtant Il connaîtra l’angoisse, humainement. Quand Il priera au jardin des Oliviers, sa sueur sera comme des gouttes de sang, et Il dira : "Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi !" et sur la Croix : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Humainement Jésus a connu toute la solitude, toute la désolation que l’homme peut connaître dans la souffrance et la déréliction.

Mais avant la Passion, il y a ce moment extraordinaire où Jésus monta sur la montagne du Thabor pour prier. C’était probablement la nuit, même si cela n’est pas dit, puisque les disciples, fatigués, avaient sommeil. Jésus s’éloignait souvent, seul, la nuit, sur une montagne ou dans un endroit désert, pour prier le Père. Jésus avait besoin de solitude, de silence, Lui qui était tellement entouré de gens, de bruit, de mouvement, de désirs, de haine et de joie. Tout cela qui était en Lui, Il le portait vers le Père.

Ce jour-là, Il prit avec Lui trois disciples pour leur enseigner, d’une autre manière, qu’il fallait que le Fils de l’homme monte à Jérusalem. C’est là qu’illuminé par la gloire divine, son visage devint plus brillant que le soleil. Ensuite ils voient Moïse et Élie près de Lui, ces deux grands voyants de Dieu de l’Ancienne Alliance qui, enfin, voient Dieu face à face. Ils ne L’avaient vu qu’en symbole, en espérance, en signe. Aujourd’hui, c’est la réalité : à travers le corps de Jésus se manifeste la lumière incréée de la divinité. Et ils en sont les témoins avec les apôtres. Cela montre comment tout l’Ancien Testament était tourné vers ce point final, dans lequel tout se résout et tout s’accomplit, dans lequel "tout est accompli" comme le dit jésus sur la Croix en mourant. Tout se résume en Jésus, en son amour, en son don de Lui-même.

Que signifie tout cela pour nous ? Nous ne sommes pas extérieurs au miracle. L’Église nous introduit, au-delà du temps et de l’espace, dans un nouvel espace qui est déjà celui du Royaume. La Transfiguration du Christ est déjà un avant-goût du Royaume. Il fut donné aux disciples, gratuitement, sans qu’ils l’aient mérité, sans qu’ils l’aient demandé, de pouvoir regarder avec leurs yeux de chair, leurs yeux pécheurs, la gloire divine, la lumière céleste, la lumière du Royaume. Nous aussi, mes amis, intérieurement, lorsque nous sommes en Église, lorsque nous nous tournons vers le Christ, lorsqu’à travers la parole de Dieu, à travers les icônes, à travers la Sainte Communion où nous recevons le Christ en nous-mêmes, nous sommes des visionnaires du Royaume, nous sommes les témoins de la lumière du Thabor.

Cette lumière est avant tout intérieure. De même qu’en Christ elle était intérieure avant de se manifester à l’extérieur pour un court moment, en nous elle est à l’intérieur, et elle grandit intérieurement. Cependant cette énergie de la lumière intérieure se transmet, invisiblement, insensiblement. Comme le disait saint Sérafim : "Acquiers un esprit de paix, – on pourrait dire "acquiers la lumière du Christ, acquiers sa force et son amour" –, et des milliers trouveront le salut autour de toi." Cette lumière du Christ agit de manière mystérieuse, au-delà de nos paroles, dans notre silence, dans la nuit de notre existence. Ainsi nous sommes non seulement les témoins du Thabor, mais aussi les relais de cette lumière de la Transfiguration qui est appelée à rayonner sur le monde.

"La lumière luit dans les ténèbres" dit saint Jean dans son prologue. Ces ténèbres sont à la fois les ténèbres extérieures et les ténèbres de notre propre cœur. Nous vivons dans les ténèbres et en nous, au fond de notre cœur, il y a ce combat entre la lumière et les ténèbres. Nous devons savoir que la lumière luit dans les ténèbres et que les ténèbres ne peuvent pas l’étouffer, l’embrasser. Cette lumière demeure vivante pour nous aussi. Nous devons l’accueillir, la garder et même la protéger pour qu’elle-même nous fasse grandir. Enfin, cette Transfiguration conduit à la Croix.
Comme le Seigneur marchait vers sa Croix, nous devons nous aussi accomplir la parole du Christ : "Celui qui veut venir à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive."

Lorsque nous vivons ce mystère de la Transfiguration, la Croix du Christ cesse d’être seulement une croix d’épreuve et de souffrance pour devenir une croix de lumière, une croix de bénédiction, une croix de promesse de vie éternelle.

Amen.

Père Boris

Notes
(1) cf. évangile selon saint Jean V, 24.
(2) cf. épître aux Colossiens II, 9.
(3) cf. évangiles selon saint Matthieu VIII, 20 et saint Luc IX, 58.

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