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Homélie

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Dimanche de Zachée

Octave de la Sainte Rencontre
1 Timothée IV, 9-15 ; Évangile de saint Luc XIX, 1-10

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 9 février 1997 à la Crypte

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

Nous terminons aujourd'hui l'octave de la Sainte Rencontre, lorsqu'au quarantième jour de sa naissance le Sauveur fut présenté au Temple. Nous avions médité sur cette rencontre d'un vieillard et d'un petit enfant, aux deux âges extrêmes de la vie humaine, rencontre dans une douceur, une transparence et une immédiateté extraordinaires. Aujourd'hui c'est d'une autre rencontre qu'il s'agit, celle du Sauveur avec un publicain nommé Zachée.

Deux rencontres différentes, deux rencontres uniques. Syméon attendait ce jour, sachant qu'il allait venir, confiant en ce que lui avait annoncé l'Esprit Saint, qu'il ne verrait pas la mort avant que ses yeux ne voient le Messie, le Christ, celui qu'Israël attendait. Dans l'illumination de l'Esprit, il Le reconnaît dans l'enfant porté par Marie et Joseph, au milieu de tant d'autres enfants présentés au Temple pour le rite de la purification. Désormais plus rien ne retient Syméon sur la terre. Cet enfant est l'accomplissement d'une vie d'adoration, de fidélité, de louange, de justice, de miséricorde, de prière continuelle au Seigneur, l'accomplissement de la vie d'un «  juste » selon l'Ancienne Alliance. Rien ne doit plus le retenir : «  Maintenant, Maître, Tu laisses aller en paix ton serviteur. » Cette phrase n'est pas une prière, c'est une affirmation, une certitude.

Pour nous aussi, chaque rencontre avec le Seigneur nous apporte une certitude qui nous permet de dire avec Syméon : «  Maintenant, Maître, Tu laisses aller ton serviteur en paix. »

Chaque rencontre avec le Seigneur, dans l'écoute de l'Évangile, dans la sainte Eucharistie, dans le visage souffrant du prochain, sont des rencontres intérieures et profondes avec le Seigneur, qui marquent notre vie. Nous devrions les vivre toutes comme la dernière, comme si, après, il n'y avait plus rien d'autre à désirer, car nous sommes déjà dans les mains du Seigneur. Chaque rencontre entre le Seigneur et le cœur humain est unique et totale. Elle embrasse tout notre être et toute notre vie tient alors à l'intérieur de l'espace infini et brûlant de cette rencontre unique.

Aujourd'hui, c'est une autre destinée que nous présente l'évangéliste Luc. Il nous parle d'un publicain, d'un pécheur certainement rapace qui ne craignait pas de spolier les pauvres, les orphelins et les veuves, un de «  ces publicains et pécheurs avec lesquels il ne convient pas de s'asseoir à la même table », comme le dit l'Évangile. Or cet homme d'argent ressent inexplicablement un mouvement de curiosité à l'annonce du passage de Jésus, connu comme thaumaturge. Cette curiosité est assez forte pour le pousser à monter dans un arbre, à cause de sa petite taille. Il ne manque donc pas d'inventivité, d'imagination ni même de courage, parce que, voyez-vous, il n'est pas très convenable pour un homme qui a une position dans la société de se mettre à monter dans les arbres. Dédaignant les moqueries des gens, le voici donc dans son sycomore, préoccupé d'une seule chose, voir cet homme qui passait au milieu de la foule.

Vous connaissez la suite : «  Zachée, descends de cet arbre car il faut qu'aujourd'hui je sois dans ta maison », dit le Seigneur. «  Et Zachée descendit en hâte et le reçut avec joie. » Cela veut dire qu'en un instant, comme la pécheresse aux pieds de Jésus, comme le bon larron sur la Croix, en un instant, d'une manière fulgurante et définitive, s'opère au plus profond de lui le retournement de l'âme qui s'appelle conversion. En un instant, les écailles qui aveuglaient ses yeux tombent, son cœur fermé s'ouvre, son cœur de pierre devient un cœur vivant. Il accueille le Seigneur dans sa maison, dans sa vie, dans son cœur : «  Je donne, Seigneur, la moitié de mes biens et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je lui rends le quadruple. »

C'est le récit, non pas d'une dernière rencontre, mais d'une première rencontre avec le Seigneur qui dit : «  Aujourd'hui, le salut est entré dans cette maison. » Première rencontre ou dernière rencontre ? Pouvons-nous jamais en décider ? Chacune est première et dernière à la fois. Chacune est dernière parce que nous devons apprendre à l'attendre et à la regarder comme le vieillard Syméon attendait et regardait le petit enfant, avec émerveillement, douceur et la certitude de recevoir une plénitude à laquelle rien ne peut être ajouté. Chacune est première parce qu'elle doit être le signal d'une nouvelle conversion du cœur, parce qu'elle doit «  faire entrer le salut dans notre maison. »

Avec Zachée, nous nous tenons au porche de la grande période du Carême. Chaque dimanche, nous allons vivre de nouvelles rencontres : le publicain et le pharisien, le fils prodigue, la rencontre, terrible mais nécessaire, du Jugement dernier, jugement de miséricorde et la dernière porte, celle du pardon, le pardon réciproque entre nous mais surtout le pardon de Dieu qui traverse les siècles depuis les pleurs et les lamentations d'Adam aux portes fermées du Paradis. Adam est là, dans notre propre cœur, se lamentant, demandant pardon et recevant de Dieu le pardon. Car c'est cela le sens de la Pâque, de la descente du Seigneur jusqu'aux enfers pour tendre la main à Adam et Ève, pour les ramener vers la lumière du jour et la vie en Dieu.

Chemin immense et quotidien que nous ferons, de jour en jour, de dimanche en dimanche, portés par la sagesse de l'Église nous enseignant la voie du repentir. Car, comme pour Zachée, le repentir est la marque d'une rencontre véritable et profonde avec le Seigneur. Essayons de reconnaître Celui qui est à la fois notre Époux, notre frère, notre Père aussi, Celui qui a parfois le visage du mendiant qui frappe à la porte de notre cœur. Les expériences sont multiples. Chacun de nous sait ce que chaque rencontre peut signifier dans sa vie. Pourtant nous avons encore beaucoup à découvrir dans cette suite de rencontres chaque fois uniques et nouvelles que Dieu nous accorde. Puissions-nous nous laisser porter par elles et grandir ainsi dans l'amour de Dieu. Amen.

Père Boris
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