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Homélie

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Dimanche de Zachée

Première lettre à Timothée IV, 9-15
Évangile selon saint Luc XIX, 1-10

Homélie prononcée par le Père René le 13 février 1994,à la Crypte.

ZachéeAu nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Zachée, nous le connaissons bien : un notable puissant et redouté, collecteur d'impôts au profit de l'oppresseur païen, probablement corrompu par sa charge même. Pourtant, et comme par dérision, il s'appelle Zachée, "le pur", "le juste", un nom qui ne pouvait être plus mal porté.
Mais si Zachée est pécheur, c'est un pécheur qui s'interroge. Son attitude montre qu'il souffre d'une insatisfaction profonde, d'un besoin de justification de sa vie et de sa personne.

À l'annonce de la venue de Jésus, cet homme impur et injuste se met en tête d'aller le voir. Non seulement de le voir, mais, comme précise saint Luc, de voir qui il est, ce qui témoigne d'un désir autrement plus profond qu'une curiosité passagère. Et voici que Jésus, de façon absolument inattendue et imprévisible pour Zachée comme pour la foule, répond à cette attente : "Zachée, dit-Il, il me faut aujourd'hui demeurer chez toi".

C'est le scandale des bien-pensants. Jésus va à la rencontre d'un pécheur - et de quel pécheur ! Mais c'est pourmanifester la volonté de son Père de sauver tous les hommes. Jésus n'a pas une affinité élective pour les collecteurs d'impôts ou les prostituées, pour tous ceux qui mènent une vie marginale incompatible avec la loi divine. Mais Il mange et boit avec eux, Il descend dans leurs maisons, pour montrer que l'amour du Père est sans limite. L'amour miséricordieux de Dieu se révèle dans les marques d'amitié de Jésus pour les plus malheureux comme pour les plus méprisables des hommes. Les bien-pensants peuvent se scandaliser, Jésus sait parfaitement qu'aucun homme, qu'aucun de nous, n'est absolument pur devant Dieu. Chacun de nous vit ouvertement ou en secret une détresse profonde qu'il vit comme une plaie inguérissable. Mais Jésus veut être le divin guérisseur de tous les hommes.

C'est peut-être parce que Jéricho traînait une réputation de ville païenne qu'elle était mal aimée des Juifs, et que saint Jean Baptiste, en son temps, selon la tradition, était venu prêcher et baptiser dans ses parages. Avec rigueur, le Baptiste exigeait la charité : "que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas et que celui qui a de quoi manger en fasse autant", et plus spécialement à l'adresse des publicains : "ne demandez rien au-delà de ce qui est prescrit". (1)

Ce n'était pas une exigence de changer son état de vie, mais de réformer sa façon de vivre. Jean appelait au repentir. Jésus appelle au salut, en quelque situation qu'on se trouve. Zachée, qui n'attendait que cet appel, annonce dans la joie qu'il donnera la moitié de ses biens aux pauvres et qu'il dédommagera ceux qu'il aurait spoliés. Aussi Jésus proclame qu'il est bien en vérité un fils d'Abraham, car Dieu, même d'un cœur de pierre, a suscité ce jour-là un enfant à Abraham, Zachée, redevenu juste et pur.
L'Évangile de Zachée annonce déjà le Carême. Il en donne le sens et la tonalité générale. Et c'est un message inouï, une vraie Bonne Nouvelle. Car apprendre seulement que nous sommes pécheurs, ce n'est pas vraiment une Bonne Nouvelle ; ce n'est même pas une nouvelle du tout. Mais apprendre que, quoique pécheurs, nous sommes sauvés en Jésus-Christ, voilà la Bonne Nouvelle inespérée.

Comprenons bien cet Évangile. La Bonne Nouvelle du récit de Zachée, c'est que Dieu, avant même de nous appeler au repentir, vient à nous et nous fait miséricorde. Ce que Dieu demande en premier, c'est que nous soyons à son écoute, à la recherche de sa venue ; c'est de l'entendre qui frappe à notre porte et, comme Zachée, de lui ouvrir notre maison, celle de notre cœur bien entendu. La venue de Dieu en nous nous apporte par avance son pardon.

Aussi pouvons-nous faire notre religion de la sentence de l'Apôtre aujourd'hui : "Nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant". Mais si Jésus annonce la Bonne Nouvelle, saint Paul, lui, annonce le Christ : "La preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ, alors que nous étions pécheurs, est mort pour nous, [ ... ] si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés à Dieu par la mort de son Fils Unique, combien plus, une fois réconciliés, nous serons sauvés par sa vie" (2). Ne séparons pas le message et le messager, le message d'amour et de salut donné à Jéricho dans la maison de Zachée, et le messager qui, ce même jour, entreprenait en toute connaissance de cause son ultime voyage à Jérusalem. La mort et le Résurrection de Jésus sont l'accomplissement extrême de son enseignement. Le centre du Carême est bien la Croix. Mais la Croix s'adresse à des pécheurs déjà pardonnés par l'amour du Dieu Vivant.

Soyons plus que jamais dans la joie et l'allégresse pour accueillir en nous le Christ qui vient. Il annonce par sa mort la venue de notre salut.

Amen.

Père René

Notes
(1) cf. évangile selon saint Luc III, 11-13.
(2) cf. épître aux Romains V, 8-10.

 

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