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Homélie

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Dimanche de Zachée

Octave de la Sainte Rencontre
1 Timothée IV, 9-15 ; Évangile de saint Luc XIX, 1-10

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris, le 17 février 2002

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

Cet évangile d’aujourd’hui, l’évangile de Zachée rencontrant le Seigneur, nous ouvre désormais le chemin de préparation au Grand Carême pascal, à la grande quarantaine de Pâques. Il faut plusieurs semaines pour s’y préparer et y entrer. Le chemin de Zachée c’est aussi, d’un certain point de vue, le chemin de notre propre existence, car chacun des instants de cet épisode et chacune des phrases de ce dialogue sont marquants et significatifs pour notre propre vie.

Si l’on observe, tout d’abord, de l’extérieur cette rencontre, celle-ci pourrait sembler fortuite : Jésus passe, Zachée est là, mais il aurait pu ne pas être là, Jésus aurait pu passer par un autre chemin, par conséquent est-ce un hasard ? Pourtant, ce qui apparaît un hasard aux yeux de l’extérieur se manifeste comme correspondant au plan de Dieu, à Sa volonté, à Sa justice, à Son amour. Jésus passe par là, parce qu’Il avait décidé de passer par là, tandis que Zachée monte sur l’arbre poussé par un élan impérieux. Il n’est probablement pas mu par une simple curiosité comme on pourrait se l’imaginer de prime abord. Ce ne peut pas être la curiosité qui le conduit à accomplir sous les yeux d’une foule nombreuse une action ridicule, presque honteuse. C’est nécessairement quelque chose de très profond qui le pousse à commettre un acte qu’un homme de bon sens ne ferait pas : grimper sur un arbre – me voyez-vous monter sur un arbre ? Mais peut-être n’en ai-je pas besoin… – Grimper à un arbre juste pour voir passer un thaumaturge ou un maître n’est pas du domaine du bon sens élémentaire et pourtant quelque chose l’a poussé à le faire, il ressentait un besoin irrésistible de voir Jésus.

Pour le moment les choses en sont là, alors Jésus lève les yeux, le reconnaît et l’appelle par son propre nom "Zachée". Dieu connaît en effet chacune de Ses brebis, celles qui sont dans la bergerie ou celles qui sont loin, perdues dans la montagne, les brebis fidèles qui suivent et connaissent la voix du berger ou les brebis qui ont erré pour finalement tomber aux mains des ravisseurs, des loups ou qui sont blessées dans la montagne. Jésus est venu chercher ces brebis perdues, Il est venu sauver les pécheurs.

Il connaît Zachée et l’appelle. Cet appel remue Zachée car non seulement Il l’appelle par son nom mais encore Il lui dit "Hâte-toi, dépêche-toi de descendre, descends vite de l’arbre, car il faut qu’aujourd’hui Je demeure dans ta maison." "Il faut  !" : Jésus ne saisit pas là une opportunité fortuite, c’est une véritable nécessité, c’est aussi le plan de Dieu : "selon la volonté de mon Père, je dois être chez toi aujourd’hui." Pourquoi cette nécessité de loger chez un pécheur, chez un publicain, chez un individu méprisé et honni, avec qui il ne seyait pas de partager un repas, ni même d’échanger une poignée de main ?

Pourtant Jésus ira chez lui. Il ne lui fait aucun reproche, et tout simplement lui annonce qu’il faut qu’Il demeure chez lui. On peut imaginer cette joie du pécheur vers lequel le Maître lève la tête par un regard qu’on ne peut pas comprendre, qu’on ne peut pas imaginer. Dès lors, tout tourne en lui et, bouleversé, il n’hésite pas à L’accueillir, il se hâte de descendre et Le reçoit avec joie parce qu’il n’y a aucun mépris dans le désir de Jésus d’être chez lui. Il veut être accueilli dans la maison, cela signifie qu’Il veut que Zachée Lui ouvre son cœur et c’est précisément ce qui va se passer.

Tandis que tous murmuraient contre Jésus - "En voilà encore un qui se présente comme un maître de sagesse et qui s’en va néanmoins partager un repas avec un pécheur endurci et invétéré" - jaillira, à ce moment-là, l’incroyable réponse de Zachée auquel Jésus n’aura pourtant adressé aucun reproche. Jésus est là, Il boit et Il mange avec ce pécheur – comme on le lui aura souvent reproché : "Pourquoi mange-t-il et boit-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ?" . En partageant le repas, Jésus a, par le fait même, béni la maisonnée, la famille, la maison, et c’est alors que Zachée lui ouvre son cœur. En effet, ce pécheur endurci qui a commis tant d’injustices en recouvrant des impôts dus et non dus, connaît soudain un retournement extraordinaire : Zachée déclare résolument au Seigneur "Voici Seigneur, la moitié de mes biens, je la donne aux pauvres".

C’est une extraordinaire conversion instantanée, le retournement profond d’un cœur qui refuse désormais de se conduire comme auparavant : Il ne lui est plus possible de continuer à vivre comme hier, Zachée est incapable de ne pas suivre le Maître et de ne pas répondre au regard du Maître qui lui parle sans le condamner, sans même le juger. "Voici Seigneur la moitié de mes biens, je la donne aux pauvres et si j’ai fait du tort à quelqu’un – et il sait bien à qui il a fait du tort – je lui rendrai quatre fois plus" et Jésus lui répond : "aujourd’hui le salut est venu dans cette maison". Dans cet épisode, ce désir de Jésus d’entrer dans sa maison et de partager son repas signifie qu’en réalité ce n’est pas Jésus qui partage le repas de Zachée mais c’est Jésus qui l’invite, qui le convie en promesse à un repas infiniment plus grand, infiniment plus fort, infiniment plus éternel.

Jésus entre dans sa maison comme Il désire entrer dans nos propres maisons, dans nos familles, et surtout dans la maison de notre cœur, le lieu le plus caché et le plus secret de notre existence. Et c’est ainsi que s’accomplit cette parole que je cite souvent "Voici que je me tiens à la porte et je frappe" . En effet, Jésus a frappé à la porte de ce publicain, à la porte de ce pécheur comme Jésus frappe aussi à la porte de chacun de nous. Il nous faut seulement tendre l’oreille pour entendre ces coups discrets, tantôt subtils tantôt sonores, tantôt furtifs tantôt impérieux, de Celui qui frappe et auxquels bien souvent nous ne prêtons pas attention, parce que nos oreilles sont bouchées ou sont accaparées par tant de bruits de l’extérieur. Alors nous ne répondons pas et Jésus s’éloigne pour, peut-être, revenir de nouveau.

"Voici que Je me tiens à la porte et Je frappe" et le livre de l’Apocalypse ajoute "si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, J’entrerai et Je serai près de lui, Je partagerai le repas, lui près de Moi et Moi près de lui." Il y a ainsi dans cette entrée de Jésus dans la maison de Zachée – comme dans la maison de chacun de nous, comme dans notre propre cœur – une promesse d’intimité, d’amitié, de la très grande familiarité que Jésus avait promise à Ses disciples : "Je ne vous appelle plus mes serviteurs, disait-Il à Ses disciples avant Sa Passion, […] mais Je vous ai appelés mes amis, parce que Je vous ai dit tout ce que mon Père M’avait dit."

"Je vous appelle mes amis": Nous sommes, nous aussi, appelés à devenir les amis du Seigneur. Le Seigneur ne nous reproche rien, Il ne nous condamne pas mais simplement Il se présente à nous et alors, de l’intérieur même du fond de notre cœur s’opère un mouvement où nous ne pouvons tout simplement plus continuer à vivre comme nous avons vécu, nous ne pouvons plus continuer à commettre l’injustice, le mensonge, le vol, le meurtre par la parole ou par la pensée, à commettre même toute impureté par la parole, par la pensée ou par le regard. Nous ne pouvons plus continuer à faire cela quand nous savons que le Maître est proche et qu’Il nous regarde avec un regard d’un tel amour que finalement notre cœur ne peut que fondre d’amour, de honte, de repentance et aussi, en définitive, fondre du désir de rencontrer véritablement le Seigneur, de L’accueillir pour que notre vie tout entière soit transformée et illuminée.

Voilà donc ce chemin de la vie de Zachée qui est, comme je le disais, le chemin de notre propre vie.

Nous devons essayer de méditer cela et de nous préparer dès maintenant à la suite des événements dont nous allons être les auditeurs, les témoins et les acteurs, dans les évangiles des Dimanches qui viennent, en particulier celui du Publicain et du Pharisien et celui du Fils Prodigue.

Tout cela nous concerne profondément et nous allons apprendre cela de Dimanche en Dimanche pour entrer ainsi à travers le Jugement Dernier dans la repentance d’Adam et Ève, dans le mouvement de repentance et de retour vers le Seigneur que  nous donne le Grand Carême. À son tour, le Grand Carême est également aussi un chemin, le chemin de notre vie pour accéder finalement au mystère de la Mort et de la Résurrection du Christ à Pâques qui est la plénitude de notre propre vie. Amen.


Père Boris

Cf. évangile selon saint Marc II, 16.

Cf. Livre de l’Apocalypse III, 20.

Cf. évangile selon saint Jean XV, 15.

 

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