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Homélie

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Dimanche de Zachée

Octave de la Sainte Rencontre
1 Timothée IV, 9-15 ; Évangile de saint Luc XIX, 1-10<

Homélie prononcée par Père Boris à la Crypte le 10 février 2008.

ZacheeAu nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Ce récit de la rencontre du publicain Zachée avec le Seigneur est comme une hirondelle qui annonce le printemps qui va venir bientôt. Nous voici, en effet, au seuil de ces quelques semaines de préparation, nous entrons bientôt dans le pré-carême pascal.

De cette extraordinaire rencontre de Zachée et du Sauveur, je retiendrais deux moments mais auparavant j’aimerais souligner que c’est le récit d’une curiosité bénie. La curiosité bienheureuse et en même temps audacieuse de quelqu’un qui tout en étant craint, respecté et riche mais de petite taille, n’a pas redouté le rire de ses proches ni les moqueries de la foule en grimpant ainsi sur un sycomore. Quelles que soient les intentions de Zachée, il faut reconnaître que ce n’est pas rien de se conduire ainsi. Je ne vois pas parmi nous quelqu’un de très respectable et de très honoré monter sur un arbre à moins qu’il n’ait perdu la tête et qu’il veuille jouer au galopin.

Pourquoi un comportement si insolite ? L’Évangile nous dit que Zachée avait le désir non simplement de voir Jésus, mais encore de voir qui était Jésus. Il ne veut pas voir ce qui se passe, il ne veut pas assister à un spectacle, il veut savoir qui est Jésus, cet individu qui attire à Lui les foules. Qui est ce personnage qui fait des miracles et qui annonce la bonne nouvelle du Royaume ?

Et aiguillonné par cette curiosité, Zachée ne recule devant aucun obstacle, il n’hésite pas à s’exposer au ridicule pour voir qui est cet homme. Donc bienheureuse curiosité mais, de fait, extraordinaire curiosité ! Et, à n’en pas douter, la conduite de Zachée est non seulement inspirée par le désir de savoir mais encore, et surtout, par quelque chose de plus fort, de plus profond, de plus impérieux dont il est inconscient.

Et Jésus passe près du sycomore. Zachée a vu le Maître, sa curiosité est satisfaite. Mais alors, et c’est le second moment, Jésus lève les yeux et lui adresse la parole.

"Zachée…" Ici, je voudrais retenir que, ne l’ayant pourtant jamais vu, Jésus appelle le publicain par son nom. Jésus n’a pas besoin qu’il se nomme lui-même car Jésus connaît le cœur des hommes et leur identité profonde. En s’adressant à lui par son nom, Jésus touche sans doute les fibres les plus intimes les plus personnelles, les plus ignorées, les plus refoulées de Zachée. En l’appelant pas son nom Jésus atteint les racines de sa personne. Et ici nous effleurons aussi le mystère du nom, car le nom n’est pas simplement une étiquette, le nom implique une vérité profonde. Lorsque nous est donné un nom au baptême, c’est le Nom de Jésus Lui-même que nous apprenons, c’est le Nom du seigneur que nous recevons dans notre cœur

"Zachée…" Jésus le nomme par son nom et, simultanément quelque chose se passe dans le cœur de cet homme probablement asséché par l’avarice et le goût du profit, ankylosé dans le péché et la dureté. En un instant, comme la pécheresse aux pieds de Jésus, comme le bon larron sur la Croix, d’une manière fulgurante et définitive, s’opère au plus profond de Zachée le retournement de l’âme qui s’appelle conversion.

Jésus le regarde et lui dit "Hâte toi de descendre car il faut que Je demeure aujourd’hui dans ta maison". "Il faut que…" signifie qu’il est absolument nécessaire que Jésus demeure avec lui dans sa maison. "Il faut que…" révèle que cela est inscrit dans le plan de Dieu. Dans les livres divins est certainement inscrit de toute éternité que Zachée doit recevoir le Seigneur aujourd’hui. En un instant, les écailles qui aveuglaient ses yeux tombent, son cœur fermé s’ouvre, son cœur de pierre devient un cœur vivant. Zachée ne peut rien faire d’autre que se hâter de descendre et il s’empresse de Le recevoir avec joie. Nous assistons à une transformation véritablement inimaginable. Le cœur de cet homme endurci se transforme et il reçoit le Seigneur avec joie. Il accueille le Seigneur dans sa maison, dans sa vie, dans son cœur.

Jésus entre chez Zachée et il faut rappeler que pour un homme juste – et combien plus pour un Maître – il était inconvenant d’entrer dans la maison d’un publicain ou d’un pécheur. Bien sûr, nous savons que Jésus a très souvent partagé le repas des publicains et combien de fois les Pharisiens et les Saducéens le Lui ont reproché. Et c’est précisément ce qui se passe ici : Voyant cela tous murmuraient et disaient "il est allé loger chez un homme pécheur."

Nous voyons donc qu’en entrant dans cette maison, Jésus donne à Zachée infiniment plus que celui-ci ne pouvait espérer. Zachée voulait seulement voir qui est le Maître ; mais non seulement il Le voit, mais il Le voit seul ; non, seulement il Le voit, mais Il est tout entier à lui, Jésus est tout entier présent dans cette maison, dans cette famille d’un homme pécheur. Ce don gratuit, cette munificence, cette prodigalité, cet amour sans limites que Jésus donne est infiniment plus que l’homme ne puisse attendre ; cet amour de Jésus crée un revirement, un retournement, une joie, une émotion et tout ce que nous appelons par le mot de conversion ou de repentir. Conversion ou repentir c’est le même mouvement.

Et cette conversion n’est pas seulement une transformation du cœur mais elle est aussi un bouleversement qui affecte toute l’existence de Zachée. Comme dans une explosion, l’onde de choc s’étend dans toutes les directions. En arrière parce qu’il prend conscience de son passé et réalise toutes les injustices qu’il a pu commettre : "Si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple". Et en avant parce qu’il reprend conscience des priorités "Je donne la moitié de mes biens aux pauvres."

Cette conversion profonde, ce retournement, cette repentance de Zachée est spectaculaire, mais bien qu’elle soit extraordinaire, il nous faut comprendre à quel point elle est essentielle pour nous et mesurer combien elle nous concerne tous.

Zachée est-il si différent de nous ? Ne sommes-nous pas, la plupart d’entre nous, les uns et les autres, ankylosés dans nos habitudes et nos certitudes, embourbés dans nos richesses intellectuelles ou matérielles. À la fois entravés et encombrés, au point que nous ne laissons pas toujours suffisamment ni de temps ni de place au Seigneur dans notre vie et, en particulier, dans notre cœur.

Alors l’Évangile nous rappelle aujourd’hui qu’un geste inacceptable pour le commun des mortels comme monter sur un arbre nous est parfois nécessaire. Pour nous extraire du quotidien et, en définitive, sortir de nous-mêmes, il nous faut parfois un geste de folie. N’est-il pas nécessaire parfois d’agir comme un fou ou un galopin pour aller voir qui est véritablement le Seigneur et finalement Le provoquer ?

Et le Seigneur aime être provoqué, Il aime qu’on Le recherche par un acte insensé quand nous ne pouvons plus rien faire d’autre que de sortir de nous-mêmes. Il aime qu’on Le rencontre en acceptant de ne plus être nous-mêmes quand nous presse l’urgence de chercher le Seigneur pour voir qui Il est. Il aime qu’on L’accueille sans arrière-pensées lorsque nous Le reconnaissons et que Lui-même aussi nous reconnaît.

Cette conversion du cœur n’est jamais simple et c’est un don de Dieu. Mais le Seigneur nous sollicite tous et Il dira à chacun de nous "Zachée, hâte toi de descendre de ton piédestal, de ton orgueil, de ta suffisance car il faut que Je demeure aujourd’hui, chez toi, dans ta maison."

Quand le Seigneur s’adresse à Zachée "Il faut que tu M’accueilles dans ta maison" l’existence comme le cœur de Zachée est transformés. Le souffle de la conversion balaie tout.

Aujourd’hui nous sommes encore dans l’avant-temps du Grand Carême et bientôt ce Grand Carême nous invitera de semaine en semaine, de dimanche en dimanche, de jour en jour, à une profonde conversion du cœur.

Aujourd’hui, le Seigneur sollicite aussi chacun de nous pour demeurer dans la maison de notre cœur.
Puissions-nous faire entrer, nous aussi, Jésus dans notre cœur, dans notre vie profonde, et que désormais toute notre vie en soit illuminée.

Amen

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Père Boris
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