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Martyrs de BoutovoLes Nouveaux martyrs russes
Fête le 1er dimanche de février

L’Église russe a fixé le jour de la Synaxe des nouveaux martyrs et confesseurs le 1er dimanche de février, la Synaxe des nouveaux martyrs de Boutovo le 4e dimanche après Pâques.

Tropaire des nouveaux martyrs ton 4

Aujourd’hui l’Église russe se réjouit, comme une mère de ses enfants, en glorifiant ses nouveaux martyrs et confesseurs: évêques, prêtres, princes, chrétiens hommes et femmes qui lors des persécutions des impies ont donné leur vie pour le Christ et scellé de leur sang la vérité.

Par leur intercession, Seigneur longanime, garde notre pays dans l’orthodoxie jusqu’à la consommation des siècles.

Vidéos :

Le Polygone Boutovo, le Golgotha russe
Patriarche Tikhon - "Que de larmes je devrai avaler!"
Retrouver une hymne
[Polygone de Boutovo : un article Wikipedia]

Un martyr de Boutovo :
le Saint archiprêtre Zossime Troubatchov martyr de Boutovo († 1938)

Fête particulière le 26 février

Zossima Vassiliévitch Troubatchov est né en 1893 en Russie du Nord, dans le gouvernement de Vologda. Son père, Vassili Pétrovitch, était diacre et les trois frères de sa mère étaient prêtres. Il entra tout naturellement au séminaire de Vologda (1910-1914) puis, comme brillant élève,  à l’Académie Théologique de Moscou (1914-1918) : il fut donc de la dernière promotion à pouvoir terminer ses études avant la fermeture de  la Laure de la Trinité-Saint-Serge qui abrite dans ses murs l’Académie. Il y eut pour professeurs préférés l’archimandrite Hilarion Troïtsky (futur évêque et martyr en 1929, canonisé) et le père Paul Florensky (savant encyclopédiste et prêtre martyr, fusillé le 8 décembre 1937 près de Léningrad).

Zossime avait une profonde vénération pour le père Jean de Cronstadt (canonisé depuis), natif lui aussi du Nord russe. Très doué pour la musique, il avait une voix magnifique et pouvait diriger une chorale, ce qu’il fit durant ses études à l’Académie, à la chapelle Sainte Marie-Madeleine de la maison des infirmières du Bourg-Saint-Serge (Sergiev Possad), où officiait précisément le père Paul Florensky.
En 1917, Zossime épousa Claudia, une native de Sergiev Possad, dont le père était un fils spirituel du saint starets Barnabé du skite de Gethsémani. C’est le père Paul Florensky qui célébra le mariage, lui aussi qui dirigea le mémoire de Zossime (L’élément cosmique dans la liturgie d’après les livres liturgiques).

En janvier 1918, deux mois après la révolution bolchévique, Zossime Troubatchov fut ordonné diacre et le 8 mai (quelques semaines avant le P. Serge Boulgakov, ami proche de Florensky, ordonné prêtre à la Pentecôte 1918, à48 ans), il fut ordonné au sacerdoce par le saint patriarche Tikhon en personne. Le mois suivant, il terminait ses études à l’Académie Ecclésiastique.

Il fut d’abord affecté dans une paroisse de campagne, l’église de la Nativité de la Vierge dans le diocèse de Véliki Oustioug. La vie y était encore très traditionnelle. La famille s’agrandit avec l’adoption d’une orpheline de 13 ans, Natacha, puis vinrent au monde Serge (1919), Anastasie (1922) et Alexis (1924). Le père Zossime aimait beaucoup les enfants.

L’hiver 1921, il tomba malade du typhus, mais il survécut grâce à la prière fervente de tous les siens. Il fut arrêté pour la première fois en 1922, à l’occasion de la confiscation des biens de l’église, mais après un mois il fut libéré et put recommencer à célébrer dans sa paroisse. En 1924 il fut muté dans le diocèse d’Ivanovo-Voznessensk, dans un faubourg ouvrier (il prenait grand soin de ses ouailles, les ouvriers l’aimaient et le protégeaient), puis dans la ville même. Ce furent de dures années, où se déchaîna l’ “Église-Vivante”, une secte prétendument réformatrice mais suscitée par le pouvoir bolchévique pour détruire l’Église orthodoxe russe de l’intérieur. Mais dans les pires années, l’archiprêtre Zossime resta fidèle au patriarche Tikhon puis, après l’empoisonnement de celui-ci par les bolchéviques, fidèle au remplaçant du locum tenens Serge, et il défendit son église contre vents et marées.  Il dut affronter les processions bouffonnes antireligieuses, les quolibets, les cris hostiles et insensés. Mais il répondait par une célébration encore plus fervente, insistant sur la beauté et la sobriété du chant, et par une pratique particulièrement soignée et approfondie du sacrement de la confession.  Le dimanche après les vêpres, il donnait des causeries sur des thèmes religieux, le mardi il célébrait l’acathiste devant l’icône Notre-Dame de la Joie Inattendue. Dans sa prédication fervente, il appelait à confesser le Christ, à l’exemple des martyrs et des ascètes, tout particulièrement de saint Séraphim de Sarov (canonisé en 1903).

En 1926, il se rendit en pèlerinage à Sarov avec son fils Serge âgé de 7 ans; ils firent à pied une grande partie du long chemin à travers la forêt depuis la gare d’Arzamas. Sur le chemin du retour, ils passèrent par Divéévo, prièrent le long du “fossé de la Vierge” (kanavka), et passèrent voir la bienheureuse Maria Ivanovna (+ 1931, canonisée en 2004).

Sarov abritait un monastère d’hommes (fermé depuis longtemps, sa plus récente affectation fut un centre d’études de la bombe atomique, le fameux Arzamas-16 ; tout en gardant le site fermé, on vient d’y reconsacrer une église), Divéévo, à quelques kilomètres de là, un monastère féminin (qui après sa fermeture abrita un centre d’éducation pour les enfants des rues). Saint Séraphim avait prédit que lorsqu’on retrouverait ses reliques, on les ramènerait à Divéévo, ce qui avait étonné ses auditeurs.

En 1928, des listes de citoyens privés de droits: industriels, marchands, militaires, “serviteurs du culte”, furent placardées dans la ville; des carnavals antireligieux furent organisés pour railler l’Église, la presse publia des calomnies à son sujet. Le père Zossime fut convoqué à la Guépéou, emprisonné, exilé, envoyé aux travaux forcés comme bûcheron. Mais en 1932, il put repartir pour Youriev Polski. Il n’avait pas le droit de célébrer, il travaillait dans une ferme collective, mais il pouvait diriger la chorale de la seule église restée ouverte à vingt lieues à la ronde.

En 1934, son exil terminé (mais sa famille vivait loin de lui, étant retournée à Sergiev Possad), il rencontra son ancien évêque, lui aussi libéré, et vint célébrer (après cinq ans d’interdiction)  à Maloyaroslavets, à 101 km de Moscou, le plus près de la capitale où il avait le droit d’habiter.

Mais il fut de nouveau arrêté et exécuté le 26 février 1938. On ne sut qu’après la péréstroïka qu’il avait été exécuté au sinistre polygone de Boutovo au sud de Moscou, et jeté dans une fosse commune au même endroit.

Son fils Serge épousa en 1946 Olga, la fille aînée du père Paul Florensky. Il était très estimé comme directeur de chorales, chef de l’orchestre radiophonique de la région de Carélie, professeur faisant fonction (et non en titre parce qu’il n’était pas membre du parti) au renommé Institut Gnéssine. Retraité, il eut une intense activité comme compositeur de musique religieuse et chef de choeur à Sergiev Possad. Il fut ordonné diacre deux mois avant sa mort en 1995. Par chance, il rédigea ses souvenirs que j’ai pu lire dans un gros volume en russe publié en 2005, par les soins de ses enfants. Ce trésor illustré m’a été offert par une petite-fille de saint Zossime, mon amie Maria Troubatchova. Grâce à elle, je peux vous résumer la vie de ce martyr de la grande persécution. Son petit-fils, l’higoumène Andronic, ancien prieur de Valaam (le premier après la réouverture du monastère), enseigne à l'Académie Théologique de Moscou où ses deux grands-pères prêtres martyrs ont l’un étudié, l’autre étudié puis enseigné.

Françoise Lhoest
Source : article publié dans le Bulletin de la Crypte N°340 février 2006