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Œcuménisme

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Sur l'Œcuménisme
par Élisabeth Behr-Sigel

 

Lorsque ces lignes paraîtront, la Semaine de Prière pour l'Unité des Chrétiens sera passée. Aux manifestations qui l'ont marquée, certains d'entre nous n'auront accordé qu'une pensée distraite et désabusée. D'autres y ont participé avec bonne volonté mais, peut-être, sans véritable élan intérieur - comme on accomplit un rite social dont le sens s'est estompé et dont l'efficacité désormais paraît douteuse. Mystique et prophétique, à l'époque de ses pionniers, l'œcuménisme - pour parler le langage de Péguy - se serait-il dégradé en politique, fût-ce en politique ecclésiastique ?
Jadis mouvement et événement, se serait-il sclérosé en institution ?

« Que peut signifier un rendez-vous annuel comme celui de la Semaine de Prière pour l'Unité ? Déjà une habitude ! Un rite alourdi par les répétitions ! Cela ne saurait plus satisfaire personne ». Ainsi s'exprime dans l'hebdomadaire Réforme le secrétaire général de l'Église Réformée de France (1) .

Il est juste et salutaire que nous nous posions de telles questions.`

Porté par une immense espérance il y a quelques années, l'œcuménisme connaît aujourd'hui une période de stagnation apparente, qui n'exclut pas, cependant, des progrès en profondeur du dialogue théologique. Des tensions, aussi, se sont manifestées en ce qui concerne la participation orthodoxe au Conseil Œcuménique des Églises.

Les causes de ce « malaise » sont complexes. Ce n'est pas la place ici de les analyser (2) . Du reste, quelles que soient les critiques - en partie justifiées - que puissent nous inspirer certaines orientations œcuméniques officielles, il serait désastreux que nous les formulions dans un esprit de naïve et orgueilleuse autosatisfaction. Ne devons-nous pas plutôt assumer notre commune responsabilité tant en ce qui concerne les déchirements historiques du passé que les déficiences présentes ? « Chacun est coupable pour tous et pour tout ».

Des orthodoxes, par l'organe du Patriarcat de Constantinople, ont été à l'origine du mouvement œcuménique.

Nos théologiens, du Père Serge Boulgakov à Paul Evdokimov et au Père Jean Meyendorff y ont joué un rôle important. Par ailleurs nous orthodoxes, faibles et minoritaires en Occident, n'avons cessé de bénéficier de la sympathie agissante de nos frères protestants et catholiques, en particulier de l'aide substantielle du Conseil Œcuménique des Églises (3) .

Au lieu de critiquer le mouvement œcuménique – comme si nous lui étions extérieurs – ne nous appartient-il pas, tout au contraire, d'y participer et de l'aider aujourd'hui à retrouver un second souffle en· nous ouvrant nous-mêmes au souffle de l'Esprit ? « Rien de plus triste qu'une âme habituée », habituée, en particulier, au scandale de la division des chrétiens. Pour vaincre notre pharisaïsme et notre inertie, laissons prier en nous l'Esprit qui inspire le Christ dans la prière sacerdotale : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés, afin qu'ils soient un en nous. Ce n'est pas pour eux seulement que je prie mais pour ceux qui croiront en moi, par leur parole. afin que tous soient un comme toi Père tu es en moi et comme je suis en toi (4) . »

L'œcuménisme pèche parfois par une certaine superficialité, une confiance - peut-être excessive - dans l'organisation et l'œuvre extérieures. De cet « horizontalisme », nous orthodoxes, ne sommes pas toujours exempts, sans même avoir l'excuse de l'efficacité ! Ensemble avec nos frères catholiques et protestants, efforçons-nous donc de passer toujours davantage d'un œcuménisme de surface à un œcuménisme en profondeur illuminé par la triple flamme de la foi, de l'espérance et de la charité. Comme nous y invite notre liturgie, levons le regard intérieur vers le mystère de la Sainte Trinité, mystère de la totale communion des personnes dans l’absolue distinction. Que cette vision nous permette de dépasser un étroit provincialisme ecclésiastique où nous nous enfermons parfois pour parvenir à la véritable catholicité, selon celui qui est Amour sans limites. Puisse-t-elle transformer notre relation avec l'autre, avec ces autres, en particulier, qui, sans être pleinement en communion avec l'Église orthodoxe, cependant, lors de leur baptême, ont revêtu l'Unique Christ.

Elisabeth Behr-SigelIl nous appartient non seulement de tendre à partager avec eux les richesses que nous avons reçues, mais d'être prêts également à recevoir les dons qu'à travers eux le Seigneur nous destine. Le Christ - selon l'interprétation patristique de la parabole - s'est identifié au « prochain » dans la personne du Samaritain schismatique. Identification significative qu'il nous faut méditer et qui pourrait inspirer notre pratique : En celui dont la croyance est peut-être défectueuse - comme celle du Samaritain par rapport à l'orthodoxie juive - sachons discerner « ce qui est de Dieu », reconnaître « le prochain », c'est-à-dire le Seigneur lui-même.

Ces réflexions, ici et là, ont pu paraître pessimistes. Je voudrais les terminer par une action de grâces. Ceux d'entre nous qui ont participé à la veillée de prière œcuménique du 23 janvier à Notre-Dame, ont certainement éprouvé la réalité de la parole adressée par le Seigneur à l'apôtre Paul : « J'ai un grand peuple dans cette ville » (Actes XVIII, 10). Grâces soient rendues à l'Esprit qui a rassemblé ce peuple.

Grâces Lui soient rendues pour la joie grave qui a rempli nos cœurs lorsque dans l'immense nef remplie d'une foule compacte nous L'avons invoqué d'une prière unanime !

Élisabeth Behr-Sigel
in Le Bulletin de la Crypte N° 39 février 1975

Notes
Réforme, 18 Janvier 1975, p.7

Nous renvoyons pour cette analyse à l'article équilibré et bien documenté de Michel Evdokimov : « Réflexions actuelles sur l'Orthodoxie et l'Œcuménisme», Contacts, N°85, 1er Trim. 1974

(3) Sans cette aide généreuse, l'Institut Saint Serge, entre autres, n'aurait pu survivre et se développer. Faut-il rappeler que la collecte oecuménique cette année est destinée à la construction de nouveaux bâtiments pour cet institut.

(4) Jean 17 11, 20-21)