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Élisabeth Behr-Sigel

 
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Article du Monde du 4 décembre 2005

Élisabeth Behr-Sigel, théologienne de l'Eglise orthodoxe

Élisabeth Behr-Sigel, théologienne de l'Eglise orthodoxe, est morte samedi 26 novembre, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Elle était âgée de 98 ans.

Née le 21 juillet 1907 à Schiltigheim (Bas-Rhin), d'un père protestant (luthérien) et d'une mère juive originaire d'Europe centrale, Elisabeth Behr-Sigel fut, toute sa vie, passionnée par le dialogue entre les religions. Sa taille menue était connue de tous les milieux œcuméniques à Paris ou à Genève.

Elle avait fait ses études de philosophie à l'université de Strasbourg et à la faculté de théologie protestante de Paris. Bien plus tard, en 1976, elle passera son doctorat à l'université de Nancy (1) sur Alexandre Boukharev, théologien russe du XIXe siècle presque inconnu en Occident, pour qui le mystère de l'incarnation du Christ était l'unique réponse à la tentation nihiliste en Russie.

C'est à la fin des années 1920 à Paris qu'Elisabeth Behr-Sigel s'était liée aux intellectuels orthodoxes de l'émigration russe — Paul Evdokimov, Vladimir Lossky, etc. — près desquels elle découvre une orthodoxie ouverte à la fois à la modernité occidentale et au dialogue avec les autres Eglises chrétiennes.

Dans son dernier ouvrage, Discerner les signes du temps (Cerf, 2002), elle raconte qu'elle a vu dans l'orthodoxie un "dépassement possible de l'antinomie (entre la foi et le monde) dont le christianisme occidental me paraissait prisonnier".

Elle avait également signé en 1993 une somptueuse biographie de Louis (Lev) Gillet (1893-1980), moine catholique converti à l'orthodoxie, dont le rayonnement spirituel, oecuménique et littéraire fut considérable en France, en Angleterre, au Liban et dans tout le monde orthodoxe.

Elisabeth Behr-Sigel prendra des positions hardies — pas toujours comprises — en faveur d'une place plus grande des femmes dans l'Eglise, pouvant aller jusqu'au sacerdoce. Elle était toutefois unanimement appréciée dans l'orthodoxie et chez les "Églises soeurs" par sa culture théologique, sa vigueur spirituelle et son engagement dans les combats séculiers. De 1982 à 1983, Elisabeth Behr-Sigel a présidé l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT). Le 27 novembre 1991, en pleine guerre serbo-croate, elle signait dans Le Monde, avec Olivier Clément et d'autres intellectuels orthodoxes, un appel à l'Eglise de Serbie la suppliant de ne pas devenir "complice de la machine de guerre nationalo-communiste".

Louant son orthodoxie profonde et libre, le Père Boris Bobrinkoy, doyen de l'Institut Saint-Serge à Paris, a rendu hommage à son "courage" de femme, qui lui a permis d'exprimer ses convictions "jusqu'à toucher certains tabous".

Henri Tincq

(1) Note d'une de nos correspondantes : Henri Tincq ne s'est trompé que sur un point : Elisabeth a passé son doctorat non pas à Nancy, mais en Sorbonne. J'y étais et la défense fut vigoureuse et remarquable  ! ! !  FLh.

 

 

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