Paroisse de la Ste Trinité

seraphin

Élisabeth Behr-Sigel

Souvenir d’une mémoire toujours vivante

Une photo lointaine. C'est à Abingdon, en Angleterre en 1947 ou 1948. Une grande rencontre entre Anglicans et Orthodoxes, organisée par la Fraternité anglaise de Saint Alban et de Saint Serge, fondée dans les années trente du siècle dernier. On y voit à droite Élisabeth toute jeune et très entourée, et tout au bout nous autres, des adolescents orthodoxes vindicatifs.

C'est une bénédiction que de pouvoir se dire : du plus loin que je me souvienne de mes pérégrinations orthodoxes ou œcuméniques, je l'ai toujours vue, elle était là, je l'ai rencontrée. Je me souviens d'elle toujours élégante et toujours véhémente. Ses beaux cheveux blancs, plus tard, sa façon de se fâcher dès que l'on commençait à ironiser ou à se moquer d'elle ou de son sujet : « Ah mais, laissez-moi parler ! » et elle parlait. Et elle parlait bien. Elle avait toujours une façon simple de dire les choses compliquées, elle était une vraie théologienne et elle n'imposait jamais sa théologie autrement que de façon concrète et biblique : ses racines protestantes nous ont beaucoup appris.

Le premier sujet sur lequel nous nous sommes accrochées était évidemment l'ordination des femmes, en fait, plutôt la place de la femme dans l'Église. Ce qui m'avait heurtée, ce n'était pas tant le sujet, que la façon de l'aborder. Élisabeth devait se rendre en Roumanie pour parler à une première conférence sur le sujet. C'était à la fin des années 1970 elle nous avait demandé, à Nicolas et à moi, de la rencontrer dans un café au quartier latin, un samedi soir, après les vêpres, pour parler de ce sujet avec ...mon mari. Je n'étais pas contente, là, non pas du tout.

Par la suite les choses ont bien changé : elle dirigeait des réunions informelles à Daru le dimanche après la liturgie. Ces réunions « de femmes » donnaient l'occasion à une trentaine de personnes, hommes et femmes ensemble, mais plus de femmes que d'hommes, de formuler des idées saines, souvent aussi des griefs paroissiaux, dans une atmosphère animée mais sans aucune animosité. Ces derniers temps, elle se demandait à chaque fois s'il fallait continuer.

Elle était un peu déçue que durant tant d'années, on n'observât si peu d'évolution dans les mœurs et que tant de décisions prises à un haut niveau n'aient aucun effet et demeurent lettre morte au niveau paroissial. Nous devions souvent la réconforter sur ce point et l'un des éléments les plus joyeux était que des hiérarques puissent changer d'avis et se ranger au sien. Ce fut le cas pour l'évêque Kallistos qui le raconte dans le livre qu'ils ont écrit ensemble en 1998. La grande joie d'Élisabeth, outre de voyager, était de voir ses livres publiés ailleurs, traduits dans de nombreuses langues, notamment en russe.

Et l'un de ses nombreux voyages l'a conduite en Russie. Elle y est allée en ambassadrice de ses idées sur la place des femmes dans l'Église et a été reçue par elles avec tout le respect amical qui lui revenait. Elles comprenaient très bien, ces femmes russes en lutte contre un obscurantisme souvent écrasant, combien les fondements théologiques d'Élisabeth leur étaient profitables, dans un contexte ou tant de choses sont possibles et si peu répond, dans les faits au renouveau auquel tous aspirent.

Mais Élisabeth savait ne pas perdre courage. Et je suis remplie maintenant d'admiration confuse pour l'amitié qu'elle me portait et dont je lui suis reconnaissante.

Véronique Lossky

 

 

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