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Saint Dismas le Bon LarronVariations sur le thème du Bon Larron

J’ai toujours aimé le personnage du Bon Larron. “Comme le larron je Te confesse, souviens de moi Seigneur quand Tu seras en ton Royaume” disons nous tous les dimanches. C’est aussi concis et aussi beau que la prière de Jésus. Le fameux (fameux pour les Russes que nous sommes) Kozma Proutkov définissait ainsi l’aphorisme : Minimum de mots, maximum de sens. Pas mal, non ? La prière du larron est le plus beau des aphorismes.

Le sens en est aussi clair que splendide: Qu’importe une vie de chrétien besogneux, amassant les bonnes œuvres, j’allais dire les bons points, dans le tiroir-caisse de son âme, quand en un instant, pratiquement en un éclair, surgit la véritable "repentance", celle que nous cherchons tous avec des succès incertains, et elle vient transfigurer un pauvre type adonné aux larcins médiocres. Je me laisse aller, pardon, le larcin médiocre a relevé de tous temps de la correctionnelle et non pas des assises, et le châtiment en est la taule et non la mort, ignominieuse de surcroît. C’est donc un criminel de haute volée (peut-être un compère de Barrabas?) et l’événement n’en est que plus éclatant. L’exemple est réconfortant, mais délicat à manier. L’ouvrier de la onzième heure c’est très bien, celui de minuit moins cinq est plus risqué. Supposons que notre montre se mette à retarder au moment fatidique. Je préfère ne pas y penser !

Nous savons peu de choses de ce larron, sinon qu’il fut l’un des deux brigands crucifiés en même temps que Jésus.

Il n’avait reçu aucune éducation religieuse, notre malfaiteur, n’avait pas fréquenté le catéchisme, n’avait lu ni les pères de l’Eglise ni le père Schmemann ou monseigneur Antoine Bloom, n’avait entendu aucune homélie du père Boris… Brut de décoffrage sur le plan de la foi. Le christianisme n’est décidemment pas une morale et c’est tant mieux!

Mais larron, fut-il bon, n’est pas un état civil, pas même une profession avec son code URSSAF, c’est un motif d’inculpation dirait-on aujourd’hui. Il avait bien un nom pourtant pour le distinguer de ses semblables. Aujourd’hui, pour le prier.

J’ai retrouvé ce nom, oublié par l’Evangile qui toutefois a conservé celui de Barrabas. L’évangile apocryphe, celui-ci, de Nicodème est plus prolixe: notre larron s’appelait Dismas.

Son malheureux compère, qui n’a pas reconnu le Sauveur, est prénommé Guesta, mais on peut l’oublier. La tradition slave lui donne le nom de Rakh. Allez savoir pourquoi. Nulle part je n’ai réussi à trouver une explication, mais c’est le nom qu’on trouve sur toutes les icônes russes. Messieurs les historiens de l’art de l’icône, au travail. J’attends vos révélations.

Les apocryphes aiment les jolies historiettes, on se souvient des récits de Jésus enfant jouant avec les fleurs et les oiseaux.

L’un de ces apocryphes raconte que lors de la Fuite en Egypte, la Sainte Famille fut attaquée par des brigands qui voulurent la dépouiller, mais qu’un des larrons s’était interposé et on les avait laissés en paix. Les dépouiller de quoi, on se le demande. Les bluettes même pieuses, surtout pieuses, encombrent les lettres et la Foi. Plus tard ce même larron, sur la Croix, fut le premier admis auprès du Seigneur.

Il n’y eut pas de procès en canonisation, il eut mieux !

Le terme d’ailleurs m’est étranger, dans canonisation il y du droit canon et ce n’est pas à mon avis l’aspect le plus important de la vie en Eglise. Canonisation, Béatification – des catégories, là aussi, presque surprenantes pour moi, comme s’il y avait des sergents-chefs ou des capitaines de corvettes dans l’armée céleste. J’ai sans doute tort, car il y a bien des archanges, des séraphins et même des Puissances et des Dominations. Malgré tout le terme utilisé dans l’Eglise d’Orient m’est plus proche: « reconnu parmi les saints ».v C’est au musée de Mourom, que j’ai découvert pour la première fois une icône du Bon Larron. Peu de gens connaissent Mourom, ville ancienne sur l’Oka et patrie du célèbre preux (Bogatyr en russe) Elie de Mourom (le Ilya Mouromets de notre enfance). L’Oka est à la Volga ce que l’Allier est à la Loire ou la Saône au Rhône, on ne sait pas trop laquelle est rivière et lequelle est le fleuve. L’Oka va constituer avec la Volga à Nijny Novgorod un confluent majestueux.

Longtemps interdite pour cause d’installations militaires, Mourom possède un musée plutôt quelconque mais un département d’icônes de toute beauté. Si l’occasion s’en présente, précipitez-vous y. Sur cette icône le larron s’appelle Rakh bien entendu.

Traditionnellement le bon larron est à la droite alors que le méchant est à la gauche. Le monde à l’époque admettait mal les gauchers, considérés comme sinistres. Le bon larron est de face, le méchant paraissant retourné. Voyez l’icône au début de cette notice, qui vient elle, si ma mémoire est bonne, d’Ivanovo en Russie centrale.

Remarquez, sur les deux icônes, le fond paradisiaque sur lequel se présente notre Larron.

De petites fleurs bleues sur fond blanc. On ne saurait être plus explicite. Sur l’icône ci-contre, que l’on trouve dans la sacristie du Monastère des Solovki, au Nord de la Russie, et qui fut tristement célèbre à la période stalinienne, le larron est accueilli par ses deux seuls prédécesseurs au paradis, Enoch et Elie, qui eux ne connurent pas la mort.
 Pour des raisons que j’ignore il est fêté soit le 25 mars, jour de l’Annonciation, soit le 12 octobre, alors que le vendredi saint eut été plus naturel. Il est vrai que le vendredi saint se prête mal à une fête. Je dis fêté, mais fêté par qui ?

Qui connaît ce nom de Dismas, à part quelques spécialistes ou quelques curieux dont je suis ? Pour être tout à fait franc, je ne suis pas même sûr qu’on enseigne aux enfants des écoles de San-Dimas, en Californie, à vénérer le saint patron de leur ville. Savent-ils seulement à quel saint se vouer ?

Nous avons l’habitude de localiser les saints : Nil est de la Sora et Alexandre de la Neva, saint Séraphim de Sarov, saint Alexis est d’Ugine et St Germain d’Auxerre.

On aurait pu penser à saint Dismas de la Croix, mais il y a déjà un saint Jean de la Croix, et ce n’est pas un saint de deuxième zone, même s’il est postérieur à la séparation de l’Église; alors pourquoi pas : saint Dismas du Golgotha ?

Ioury Troubnikoff
Source : bulletin de la crypte n° 371 mars 2009
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