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Le saint prophète Élie Saint Prophète Élie (IXe siècle avant J.-C.)

Fête au 20 juillet

Élie Figure centrale de l'Ancien Testament

Le 20 juillet, l'Église commémore le saint prophète Élie.

De cette figure fondatrice du prophétisme on pourra retenir un nombre assez impressionnants de traits, de  ceux qui s'imposent, y compris à des adversaires de la foi.

Mais ce n'est évidemment ni l'historicisme faussement objectif d'auteurs agnostiques (tels que Renan : "C'est par les prophètes, écrit-il, qu'Israël occupe une place à part dans l'Histoire") ni même dans une lecture purement individuelle de l'Ancien Testament que l'Eglise nous invite à recevoir son message inspiré, quelque 3 000 ans plus tard.
L'Evangile nous donne assez clairement la réponse sur le retrour d'Élie dans l'attente de laquelle les juifs demeuraient au temps du Christ :

(Mathieu XVII, 10) Les disciples l'interrogèrent, disant : "Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'il faut qu'Élie vienne d'abord ? "
11 Il répondit : "Élie vient en effet, et il restaurera toutes choses.
12 Mais je vous dis qu'Élie est déjà venu ; et ils ne l'ont pas reconnu, mais ils l'ont traité comme ils ont voulu. De même le Fils de l'homme doit souffrir par eux."
13 Les disciples comprirent alors qu'il leur avait parlé de Jean le Baptiste.

          Le Siracide, l'un des livres les plus tardifs de l'Ancien Testament résume ainsi l'espérance qui, en ce temps-là, habitait Israël :

(Sir XLVIII 1) Ensuite se leva Élie, prophète semblable au feu, et sa parole était enflammée comme un flambeau.
2  Il fit venir la famine sur Israël, et, par son zèle, il le réduisit à un petit nombre.
3  Par la parole du Seigneur, il ferma le ciel ; de même, il en fit trois fois tomber le feu.
4  Combien tu t'es rendu glorieux, ô Élie, par tes prodiges,  et qui pourrait se vanter d'être semblable à toi ?
5 Toi qui as fait lever un cadavre du sein de la mort, et du schéol, par la parole du Très-Haut ;
6 toi qui as précipité des rois dans la ruine, et d'illustres personnages de leur couche dans la mort ;
7 toi qui as entendu sur le Sinaï des remontrances, et sur l'Horeb des arrêts de vengeance ;
8 toi qui as sacré des rois pour exercer la vengeance, et des prophètes pour te succéder ;
9 toi qui fus enlevé dans un tourbillon de flamme, et dans un char aux chevaux de feu ;
10 toi qui as été désigné dans de sévères écrits pour des temps à venir, comme devant apaiser la colère avant qu'elle s'enflamme, et rétablir les tribus d'Israël.
11 Heureux ceux qui te verront, et qui seront parés de l'amour de Dieu ! Car, nous aussi, nous serons certainement en vie.

Ainsi cet homme de Dieu est retenu aussi bien pour ses prodiges, supérieurs à la puissance des princes, restaurateurs de la Loi aux temps du roi pécheur Achab et de la reine Jézabel, que pour l'esprit de Dieu qui inspire chacun de ses acte.

Prophète ÉlieC'est sur l'Horeb que ce nouveau Moïse entend le message du Seigneur. Il accomplit de la sorte les actes de Dieu, miraculeux, vengeurs.

On les trouve inscrits au Livre des Rois. Sa mémoire demeure présente chez tous les chrétiens orthodoxes, par son nom si habituellemment donné aux petits garçons, par ces petits ermitages de montagne : l'église ou le monastère du prophète Élie en haut de la moindre colline qui semble veiller sur les hommes insouciants de la plaine.

Élie et Élisée

Fête le 20 juillet et le 14 juin

D'Élisée les chrétiens ordinairement savent peu de chose. On résume souvent son ministère comme celui du disciple du prophète Élie, auquel il succéda, en effet.

Le saint prophète ÉliséeBien entendu, cet aspect les associe suffisamment dans l'Histoire du salut. On peut évidemment penser à Élisée en relation avec son prédécesseur dont on retiendra par exemple les circonstances, bien émouvantes de son adoubement(1) : Élie le met à l'épreuve, par trois fois, et par trois fois Élisée répond : « Yahweh est vivant et ton âme est vivante ! Je ne te quitterai point ! ».

Quand Élie monte au Ciel :

Élisée regardait et criait : « Mon père ! Mon père ! Le char d'Israël et ses cavaliers ! » Et il ne le vit plus. Il saisit alors ses vêtements et les déchira en deux morceaux, et il releva le manteau d'Élie qui était tombé de dessus lui. Puis, étant revenu au Jourdain, il s'arrêta sur le bord ; et, prenant le manteau d'Élie qui était tombé de dessus lui, il en frappa les eaux et dit : « Où est Yahweh, le Dieu d'Élie ? Où est-il ? » Lorsqu'il eut frappé les eaux, elles se partagèrent d'un côté et de l'autre, et Élisée passa.

Les fils des prophètes qui étaient à Jéricho, à l'opposé, le virent et dirent : « L'esprit d'Élie repose sur Élisée » et, allant à sa rencontre, ils se prosternèrent contre terre devant lui.(2)

En revanche, ni dans le contexte historique, ni par son propre statut au sein de la société d'Israël, ni par la plupart de ses miracles, Élisée ne saurait se voir réduit à la seule ombre de la gloire d'Élie.

Élie prophète solitaire marque la première moitié du ixe siècle. Depuis 931, le royaume davidique s'est séparé en deux par le schisme des 10 tribus du nord, qui forment Israël avec pour capitale Samarie, et des tribus du sud, autour de Jérusalem, le royaume de Juda. Élisée se manifeste au nord principalement sous le règne d'Achab (874-853), face auquel s'affirme sa mission. Comme ses prédécesseurs, et plus encore, le roi faire ce qui déplaît à Dieu. Parmi ses injustices, on citera l'affaire la vigne de Naboth(3) qui mériterait un article à elle seule tant elle a donné lieu au cours du xxe siècle à des interprétations fantaisistes ou erronées.

Abusant de la fonction royale, bafouant le droit de propriété de la vigne que son voisin "a héritée de ses pères", le roi fera tuer Naboth pour satisfaire aux caprices de la reine Jézabel.

Or celle-ci est une étrangère, en contradiction avec les prescriptions de l'Éternel(4). Cette pratique diplomatique des mariages d'Etat, assez constante dans les monarchies historiques – qu'on songe à la Loi salique des Capétiens – remonte ici à Salomon lui-même qui "aima beaucoup de femmes étrangères"(5).

Dans le contexte de la Terre Promise les conséquences pour le peuple se traduisent par l'introduction presque inéluctable, et annoncée dans le passage du Deutéronome des cultes païens.

Tu ne contracteras point de mariage avec elles, tu ne donneras point tes filles à leurs fils, et tu ne prendras point leurs filles pour tes fils ; car elles détourneraient de marcher après moi tes fils, qui serviraient d'autres dieux ; la colère de Yahweh s'enflammerait contre vous, et il te détruirait promptement.

Précisément Jézabel princesse de Sidon fait venir des prêtres de Baal et d'Astarté avec leurs pratiques infanticides(6) et orgiaques.

Or, à la même époque une sécheresse entraînant une famine terrible s'est abattue sur le pays. Après avoir démontré que seul sauve la foi Yahweh, le dieu céleste unique, le dieu de justice(7) , un épisode terrible opposera le juste Élie aux 450 faux prophètes de Baal et aux 400 adorateurs d'Astarté.

Ayant fait mettre à mort ces impies, il peut dire à Achab : "Monte mange et bois car j'entends le grondement de la pluie".

À la fin de sa mission, Élie que l'on peut considérer comme le nouveau Moïse, restaurateur du monothéisme, sera enlevé au Ciel par un char et des chevaux de feu.

À la suite de ce prodige, commence le cycle d'Élisée, celui qui "ramassa le manteau d'Élie".

Or le très long ministère d'Élisée (850-800) prend une tournure nouvelle.

Comme Élie il doit être placé au-dessus des prophètes ordinaires, il est d'ailleurs appelé l'Homme de Dieu.

S'il a reçu les pouvoirs de son prédécesseur, comme les apôtres les recevront plus tard de Jésus, il exerce avant tous les dons de guérison et de bienfaisance.

Il multiplie les réserves d'huile d'une pauvre veuve pour assurer sa subsistance. Il ressuscite l'enfant mort d'une femme du village de Shunem.

Il guérit même Naaman chef des armées araméennes, malade de la lèpre. Il multiplie les pains. Sa mission fait penser à Jésus en Galilée, à l'évangile de Marc.

Il s'illustre aussi pendant les guerres contre Aram en mettant fin au siège, et à la famine, de Samarie, etc.

Ce prophète d'Israël préfigure les charismes de nombreux saints du christianisme.

En cela il complète l'œuvre d'Élie comme la deuxième partie de la Prière du Cœur (Aies pitié de moi, pécheur) répond à la première invoquant le nom du Sauveur (Jésus Seigneur). Elles sont indissociables, comme l'amour exclusif de notre Dieu fort l'est de sa compassion.

Il dispense les soins maternels constants du jardinier toujours fidèle à l'appel du service de sa créature.

À la grande gloire d'Élie, Élisée mérite donc d'être associé, lui dont l'humble mais efficace présence contribua à inscrire dans la durée la vie du peuple de Dieu.

Notes

(1)Deuxième livre des Rois chapitre II

(2) 2 R 2,12-15

(3) 1 R 19, 21-24

(4) Ex 34,15-16 et Dt 7,3-4

(5) 1 R 11,1

(6) Est-il besoin de rappeler ici que l'infanticide rituel, destiné à calmer la colère des dieux, répandu dans presque toutes les civilisations archaïques, est précisément prohibé dans la Bible : le sacrifice qu'Abraham était prêt à commettre n'est précisément pas agréé par Yahweh.

(7) La notion de la transcendance de Dieu n'apparaît vraiment qu'avec Isaïe, soit un siècle et demi plus tard, celle de son universalité avec Ézéchiel.

Articles publiés en juin 2008 dans le N°364 du Bulletin de la Crypte
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