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saint Grégoire le SinaïteSaint Grégoire le Sinaïte (1275-1346)

Fête au 27 novembre

Le 27 novembre, l'Église fait mémoire de saint Grégoire le Sinaïte.

Il naquit (vers 1275) au sein d'une famille aisée du village de Koukoulos, au nord du Golfe de Smyrne. Dans les premières années du règne d'Andronique II Paléologue (1282-1328), il fut capturé au cours d'une incursion des Turcs Seldjoukides qui ravageaient alors toute l'Asie Mineure, et emmené, avec toute sa famille, à Laodicée. Quand ils prirent part à l'office dans l'église, les chrétiens du lieu, émus par leurs chants mélodieux, rassemblèrent une rançon suffisante pour leur rendre la liberté. Grégoire gagna Chypre, alors occupée par les Lusignans, où il fit grande impression sur les habitants par son aspect gai et avenant, qui révélait l'état intérieur de son âme. Considérant l'ardent amour de la vertu que le jeune homme nourrissait en son cœur, Dieu lui fit rencontrer un ermite qui le reçut comme novice.

Une fois initié aux rudiments de la vie monastique, il se rendit au Mont Sinaï, en quête de plus grands labeurs, et y fit sa profession monastique, abandonnant avec la tonsure de ses cheveux toute volonté charnelle. En peu de temps, il étonna les autres moines par son mode de vie semblable à celui des Puissances incorporelles. Ses jeûnes, ses veilles, sa psalmodie et sa prière continuelles étaient audelà de toute description. Il exécutait sans le moindre retard chaque tâche qu'on lui assignait, en s'imaginant toujours que Dieu avait les yeux fixés sur son travail. Chaque soir, après avoir reçu la bénédiction de son supérieur, il regagnait sa cellule et offrait de tout cœur à Dieu l'élévation de ses mains et de son esprit en sacrifice de louange. Il récitait alors entièrement le Psautier jusqu'à ce qu'il eût atteint un état de joie et d'allégresse céleste. Au matin, lorsque retentissait le signal, il était le premier à se rendre à l'église, d'où il ne ressortait, le dernier, qu'à la fin de l'office. Un peu de pain et d'eau suffisaient à le garder en vie, bien qu'il s'acquittât pendant trois ans de la lourde charge de cuisinier et de boulanger. Il honorait cette tâche à l'égal du service de l'autel et servait humblement tous les frères, comme s'ils étaient des anges. Il était également habile calligraphe, et passait des jours et des nuits entières à recueillir, comme une abeille diligente, le miel contenu dans les Écritures inspirées. En plus de tous ces labeurs, il faisait aussi souvent que possible l'ascension du Mont Sinaï, pour vénérer ces lieux où le Seigneur est apparu au prophète Moïse.

Constatant les progrès du jeune moine, l'ennemi de tout bien suggéra chez ses compagnons la funeste passion de l'envie. À peine Grégoire s'aperçut-il que cette passion menaçait de détruire l'unité de la communauté, il quitta le monastère en compagnie de Gérasime, fils de famille noble, qui devint par la suite un des plus éminents disciples du saint [fête le 7 décembre]. Ils se rendirent d'abord à Jérusalem, pour vénérer les Lieux saints, puis gagnèrent l'île de Crète. Non sans difficultés, ils y trouvèrent une grotte qui se présentait comme un lieu favorable à la vie de quiétude (hésychia) et de prière sans distractions qu'ils désiraient. Saint Grégoire reprit ses labeurs ascétiques avec une énergie redoublée. Cette extrême abstinence communiqua à son visage une pâleur jaunâtre et ses membres desséchés devinrent à peine capables de se mouvoir, justifiant les paroles du prophète : Mes genoux ont été affaiblis par le jeûne, et ma chair a été altérée, faute d'huile (Ps 108,24). Mais il restait cependant toujours en quête d'un homme de Dieu capable de lui enseigner l'art de la contemplation (théoria). Un jour, mû par le Saint-Esprit, l'hésychaste Arsène, qui avait reçu le don de clairvoyance, vint frapper à sa porte et lui expliqua ce que les saints Pères entendent par la garde de l'intellect, la sobriété intérieure (nèpsis) et la prière pure.

Comme il avait demandé à Grégoire quel avait été jusque-là son mode de vie, Arsène lui enseigna que tous ces labeurs entrepris pour la vertu correspondent à ce que les saints appellent la pratique (praxis), mais ne procurent pas d'eux-mêmes la contemplation spirituelle (théoria). Pour l'atteindre, il faut, après avoir purifié l'esprit par l'observation des commandements, s'adonner avec ardeur et amour de Dieu à la prière intérieure.

C'est par l'invocation constante du saint Nom de notre Seigneur Jésus-Christ que le cœur de l'hésychaste pourra être illuminé par la grâce et que l'homme peut devenir lui-même tout entier lumière. Puis, sur les instances de Grégoire, il l'instruisit sur les embûches qui se dressent devant l'homme de prière, sur les tentations des démons de la droite et de la gauche, et sur les tribulations qu'il aurait à endurer de la part des hommes envieux.

À la suite de cet entretien, Grégoire, sans perdre un instant, s'embarqua pour la Sainte Montagne de l'Athos, la métropole de l'hésychasme, dans l'espoir d'y trouver d'autres hommes inspirés par Dieu. Il visita tous les monastères, les cellules, les skites et y rencontra beaucoup de Pères qui étaient ornés des vertus de la vie pratique. Mais quand il leur demandait s'ils pratiquaient la garde de l'intellect et la prière intérieure, ceux-ci ne savaient même pas de quoi il s'agissait'. Finalement, il trouva trois moines: Isaïe, Corneille et Macaire, qui s'adonnaient à la prière intérieure à la skite de Magoula, près du monastère de Philothéou. Il se bâtit une cellule à proximité et, seul devant Dieu, rassemblant en lui-même tous ses sens et clouant son intellect à la Croix du Christ, il passait ses jours et la plus grande partie de ses nuits assis sur un siège bas à répéter le :"Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi pécheur!" avec douleur de l'âme et contrition du cœur, soupirant profondément et inondant le sol de chaudes larmes. Lorsque son esprit était fatigué par la prolongation de son cri intérieur, il se levait pour "se détendre du resserrement de l'hésychia dans l'étendue de la psalmodie", ou se livrait à la méditation d'une parole de l'Écriture, au souvenir de la mort, au travail des mains ou à la lecture, debout, pour fatiguer le corps, puis il retournait aussitôt à la prière intérieure.

En effet, pour ces hésychastes qui demeurent séparés des hommes, ni le travail ni les offices liturgiques n'ont guère d'importance, mais toute leur attention est concentrée sur la plus éminente des activités humaines: la prière. "La prière, écrit saint Grégoire, est chez les débutants comme un feu d'allégresse qui jaillit du cœur, et chez les parfaits elle est semblable à une lumière qui embaume. Elle est la prédication des Apôtres, un acte de foi, ou plutôt la foi elle-même, immédiate: la garantie des biens que l'on espère (Hb 11, 1). Elle est évangile de Dieu, signe de la purification, symbole de la sainteté, révélation du baptême, amour en acte, arrhes du Saint-Esprit, miséricorde de Dieu, sceau du Christ, rayon du soleil spirituel, étoile du matin (qui se lève) dans les cœurs, confirmation du christianisme, décret de réconciliation avec Dieu, grâce de Dieu, sagesse de Dieu, ou plutôt principe de la Sagesse subsistant en elle-même, manifestation de Dieu, œuvre des moines, mode de vie des solitaires, occasion (d'embrasser) l' hésychia, preuve d'une vie angélique. Et que dire de plus? Elle est Dieu qui fait tout en tous, puisqu'il n'y a qu'une énergie du Père, du Fils et du Saint-Esprit accomplissant tout dans le Christ Jésus".

C'est ainsi qu'en persévérant dans la prière, avec foi et humilité, Grégoire subit la bonne transformation et, par l'opération de la grâce, il vit un jour sa cellule soudain tout inondée de lumière divine. Transporté alors au-dessus de la chair et du monde, il fut rempli de l'amour de Dieu, c'est-à-dire de Dieu Lui-même, de sorte qu'il confia ensuite à son disciple: "Celui qui s'est élevé vers Dieu par cette sainte ascension qui de la pratique mène à la contemplation (théoria), voit par la grâce du Saint-Esprit toute la création resplendir comme en un miroir." Sortant de sa cellule le visage rayonnant de joie, il confessait que l'âme qui brûle d'amour pour Dieu ne peut pas se dissimuler aux autres hommes. En effet, le cœur exultant et bondissant de joie sous l'effet de la grâce, fait alors resplendir le visage comme en un débordement, selon la parole du Sage: Cœur joyeux fait bon visage (Pr 15, 13).

Un jour, son disciple et biographe, saint Calliste, lui demanda comment on parvient à voir la résurrection de son âme. Le saint répondit: "Lorsque l'âme use de tout son zèle et lutte avec humilité pour l'acquisition des vertus actives, elle renverse toutes les passions et se les soumet. Les vertus naturelles l'entourent alors, comme l'âme suit le corps, et la conduisent par les degrés d'une échelle spirituelle jusqu'à l'état qui dépasse la nature. Et lorsque l'intellect (noûs) est élevé audessus de lui-même, tout illuminé par l'éclat du Saint-Esprit dans la mesure de la grâce reçue, il voit plus clairement la nature des êtres, non pas à la manière des sages de ce monde, mais dans leur relation essentielle avec le Créateur. Progressant alors dans la contemplation et se tendant sans cesse vers l'avant en oubliant le chemin parcouru (Phil 3, 13), l'âme abandonne toutes ses pensées naturelles et parvient à un indicible entretien avec Dieu, dépouillé de toute forme et de tout concept. Illuminée par la lumière infinie, elle ne sent plus rien de ce corps matériel et terrestre, et elle se trouve emportée vers Dieu seul en un irrésistible élan d'amour. C'est ainsi que, parvenu à une telle hauteur spirituelle, par la pratique assidue de la prière intérieure, l'homme, restauré dans la liberté glorieuse des enfants de Dieu, peut voir la résurrection de son âme avant la résurrection générale attendue."

Tel l'aimant, le divin Grégoire attirait à lui, par la bonne odeur de ses vertus et le rayonnement de la grâce, un grand nombre d'habitants de la Sainte Montagne. Sa gaieté et son aimable contenance leur révélait à quelle degré de familiarité avec Dieu il était parvenu. Et, après avoir entendu son enseignement sur la vie contemplative et la prière du cœur, nombre d'entre eux abandonnaient leurs pères spirituels pour se placer sous sa direction. Lorsqu'il parlait à ses visiteurs de la purification de l'âme et de la manière pour l'homme de devenir un dieu par la grâce, alors, comme au temps des Apôtres, le Saint-Esprit descendait sur eux et ils étaient remplis d'un désir irrésistible d'emprunter à leur tour ce mode de vie céleste. En toute simplicité et à l'imitation du Christ, le saint recevait avec joie tous ceux qui se présentaient à lui avec soif spirituelle, mais il ne les acceptait comme disciples qu'après avoir rigoureusement éprouvé leur obéissance et leur humilité.

Le démon, ne supportant pas un tel rayonnement, incita alors certains des moines les plus instruits de la Sainte Montagne à condamner, par envie, l'enseignement de Grégoire sur l' hésychia et la prière de l'intellect dans le cœur comme une nouveauté inadmissible. Le saint laissa d'abord place au Malin et garda le silence. Puis, prenant avec lui deux autres hésychastes vénérables, il se rendit à Karyès pour faire examiner sa doctrine spirituelle par le Prôtos de la Sainte Montagne. Celui-ci reconnut sans mal leur bon droit et déclara au cours de l'entretien avec les ascètes: "Aujourd'hui je converse avec les grands Apôtres Pierre et Paul!" Dès lors, tous les Athonites considérèrent Grégoire comme leur maître commun, et le nombre de ses visiteurs s'accrut tellement qu'il devait s'échapper et se réfugier dans des endroits difficiles d'accès, comme les environs du monastère de Simonos Pétra, pour s'y adonner à la prière et à la contemplation.

De nouvelles incursions des Turcs, qui ravageaient les skites et emmenaient en captivité les moines dispersés et sans défense, empêchèrent cependant Grégoire et ses disciples de jouir de l'hésychia, c'est pourquoi ils quittèrent l'Athos pour Thessalonique, avec le projet de gagner le Mont Sinaï (1326). Apprenant qu'il ne pourrait échapper, là non plus, à la menace des Turcs, Grégoire partit pour Chio puis Mytilène. Il passa l'hiver à Constantinople et parvint finalement dans le désert de Paroria, région de montagnes propices à la vie hésychaste, située à quelques kilomètres au sud de Sozopolis, et qui formait alors la frontière entre la Bulgarie et l'Empire byzantin. Il s'y établit dans un lieu appelé Mésomilion, cédé par Amiralès, le supérieur d'un groupe de solitaires. Mais bientôt Luc, un des ermites de l'endroit qui avait été disciple de Grégoire à l'Athos, emporté par une funeste jalousie contre l'homme de Dieu, alla jusqu'à se précipiter sur lui un glaive à la main. Ayant échappé de peu à la mort, le disciple du doux Jésus, sans se troubler ni même ressentir de haine à l'égard de son agresseur, montra une tendre affection pour Luc et rédigea par la suite à son intention un de ses principaux traités sur l'hésychia et la prière. Peu après, Amiralès lui-même, poussé par l'envie jusqu'à la folie, chassa les hésychastes et engagea une bande de brigands pour piller leurs ermitages. N'ayant pu vaincre cette jalousie perverse, ni par sa magnanimité ni par sa douceur, le saint retourna à Constantinople par Sozopolis, puis revint à la Sainte Montagne.

À la Grande Lavra, le retour des hésychastes fut salué comme une véritable fête spirituelle. Ils s'établirent dans des cellules dispersées à proximité de Lavra; mais, sous la menace de nouvelles incursions turques, ils durent bientôt s'installer à l'intérieur du monastère, où la fréquentation des nombreux moines et le rythme de la vie cénobitique faisaient obstacle au silence qu'ils recherchaient. Prenant alors avec lui un seul disciple, Grégoire s'embarqua pour Andrinople et de là parvint à pied à Paroria, où de nombreux moines de diverses nationalités se réunirent bientôt sous sa direction. Il y fonda une laure sur le mont Katakekryomenon, autour de laquelle des ermites vivaient dans des cellules séparées, et par la suite trois autres laures plus petites furent construites dans les environs. Mais l'endroit était infesté de brigands qui causèrent beaucoup d'ennuis aux moines et troublèrent constamment leur hésychia. Grégoire fit alors appel au roi de Bulgarie, Jean Alexandre (1331-1371), par l'entremise de son disciple saint Théodose [27 nov.]. Le souverain, ami des moines et admirateur de la culture byzantine, reçut avec joie la demande du saint et il envoya aussitôt argent et ouvriers pour construire une tour, une granwfête de église et des cellules. Il dota de plus le monastère de tout ce qui était nécessaire à sa subsistance, et lui offrit des villages, des troupeaux et des étangs poissonneux. En retour, Dieu accorda sa protection au tsar et le fit échapper à un complot tramé contre lui. Placé au centre de cette cité spirituelle, le divin Grégoire, montrait un zèle apostolique pour allumer en tous les hommes ce feu qui nous fait accéder, par la vie active et la persévérance dans la Prière de Jésus, au sommet de la contemplation. Il enseignait sans relâche et réussit à convertir en brebis spirituelles nombre des brigands de la région.
Sa parole retentit en vérité jusqu'aux extrémités du monde, et Paroria devint le centre d'un vaste mouvement spirituel qui allait répandre la spiritualité hésychaste dans les pays slaves. Parmi ses disciples, dont le nombre disait-on dépassait la mesure, se trouvaient, outre des Grecs, des Bulgares, des Serbes et des Roumains. Saint Théodose [infra], en particulier, allait fonder le célèbre monastère de Kelifarevo, près de Tirnovo, qui devint le plus important monastère des Balkans et le siège d'une fameuse école spirituelle et culturelle. Saint Romylos [18 sept.] et saint Grégoire l'Hésychaste [7 déc.] répandirent, quant à eux, en Serbie, la tradition de la prière du cœur, grâce à l'assistance du prince Lazare [6 mai].

Les souverains d'alors: Andronic III Paléologue (1328-1341), Étienne Douchan de Serbie (1331-1356), Jean Alexandre de Bulgarie et Nicolas Alexandre de Valachie (1352-1363) recherchaient l'amitié de saint Grégoire et échangèrent avec lui une correspondance pour recevoir ses conseils spirituels. De sorte qu'on peut dire de saint Grégoire le Sinaïte qu'il est la source de ce vaste mouvement hésychaste que Byzance allait bientôt léguer au monde slave comme son héritage le plus précieux.

Malgré son activité apostolique, Grégoire n'en restait pas moins avide de solitude et il s'était ménagé une cellule isolée à quelque distance du monastère. C'est là qu'ayant été averti par Dieu de son prochain départ, il se retira dans un silence complet, en butte aux assauts des démons qui se ruaient sur lui comme des bêtes sauvages. Ils entreprirent tout pour le priver au dernier moment de sa couronne de gloire, mais en vain. Au bout de trois jours, une puissance divine mit en fuite les démons et remplit le saint d'une inexprimable douceur. Peu de temps après, il entrait joyeusement dans la vie sans fin (27 novembre 1346).

 

 

Sources : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos
et site Orthodoxos Synaxaristis
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