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Décollation du Saint et glorieux Prophète et Précurseur Jean Baptiste

Le 29 août, l'Église commémore la Décollation du Saint et glorieux Prophète et Précurseur Jean Baptiste [1]

Saint Jean, le Précurseur et Baptiste du Seigneur, a reçu du Christ lui-même le témoignage qu'il était le plus grand de tous les hommes nés de la femme et le premier parmi les Prophètes. Alors qu'il était encore dans le sein de sa mère, il tressaillit de joie à l'approche du Messie que portait en elle la Toute-Sainte Mère de Dieu. Dès qu'il eut atteint l'âge adulte, lui "dont le monde n'était pas digne" (cf. Hébreux 11:38), se retira au désert, couvert d'un vêtement de poil de chameau et ceint d'une ceinture de cuir, signifiant la maîtrise de tous les élans de la chair. Ayant retrouvé, tel un nouvel Adam, l'état harmonieux de notre nature créée pour être tournée vers Dieu seul, il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, et vaquait à la contemplation l'esprit non troublé par les soucis de ce monde. L'an quinze du principat de Tibère César (an 29), Jean, ayant entendu la Parole de Dieu dans le désert, se rendit dans la région du Jourdain, pour prêcher le repentir aux foules qui venaient à lui, attirées par sa vie angélique. Il les baptisait dans les eaux du Jourdain en signe de purification de leurs péchés, et pour les préparer à recevoir le Sauveur il les engageait à produire de dignes fruits de repentir, plutôt qu'à se vanter d'être fils d'Abraham. Et il disait, en reprenant les paroles du Prophète Isaïe: « Voix de celui qui crie dans le désert. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits Ses sentiers; tout ravin sera comblé et toute montagne ou colline sera abaissée ( ... ) et toute chair verra le salut de Dieu » (Is. 40:3-5). Comme le peuple se demandait s'il n'était pas le Sauveur attendu depuis des générations, Jean leur dit: « Pour moi je vous baptise avec de l'eau, mais vient plus grand que moi, Lui vous baptisera dans le feu et dans l'Esprit Saint. » Sa pureté et son amour de la virginité étaient tels qu'il fut jugé digne, non seulement de voir le Sauveur, dont il avait été institué le Précurseur, mais encore de Le baptiser dans le Jourdain et d'être le témoin de la révélation de la Sainte Trinité.

Saint Jean méditait sans cesse la Parole de Dieu et considérait toute chose de ce monde comme secondaire au regard de l'observation de la Loi divine, dont sa vie était la parfaite réalisation. C'est pourquoi il ne craignait pas d'adresser de violents reproches à Hérode Antipas [2], le tétrarque de Galilée, homme impudique et débauché qui, contrairement à la Loi, avait épousé Hérodiade, la femme de son frère Philippe alors que ce dernier était encore en vie [3] et avait eu d'elle une fille, Salomé [4]. Se faisant l'interprète de la conscience endurcie du pécheur, le Prophète lui disait au nom de Dieu: « Il ne t'est pas permis d'avoir pour épouse la femme de ton frère. » C'est pourquoi Hérodiade nourrissait une rancune tenace contre Jean et voulait le tuer; elle en était cependant empêchée par Hérode qui le protégeait, comme homme juste et saint, mais surtout par crainte du peuple qui l'honorait comme un envoyé de Dieu. Finalement la perfide Hérodiade parvint à ses fins et obtint de faire emprisonner le Prophète dans la forteresse de Machéronte. Quand vint l'anniversaire de la naissance du roi, à l'approche de la Pâque [5], celui-ci convia les notables de son royaume à un grand festin, pendant lequel tous se livrèrent à la goinfrerie et à l'ivresse. Salomé dansa voluptueusement devant les convives de ce banquet de la vaine gloire, et elle plut au regard lubrique de son père qui s'engagea par serment à lui donner en récompense tout ce qu'elle demanderait, fût-ce la moitié de son royaume. Sur le conseil de sa mère, la jeune fille demanda qu'on lui apporte séance tenante la tête de Jean Baptiste sur un plateau. Le roi se trouva embarrassé, mais à cause de son serment, et pour ne pas perdre la face devant ses convives, il se résolut à faire périr le Juste. La sentence fut aussitôt exécutée, un soldat alla décapiter Saint Jean dans sa prison et rapporta bientôt dans la salle, sur un plat, son précieux chef encore sanglant, qui adressait un reproche silencieux à la faiblesse criminelle du roi. Salomé présenta ce trophée à sa mère, semblant lui dire: « Mange, ô ma mère, la chair de celui qui a vécu comme un incorporel, et bois son sang. Cette langue qui ne cessait de nous adresser des reproches se taira désormais à jamais. » [6]

Les disciples du Saint vinrent prendre son corps et allèrent l'enterrer à Sébaste, puis ils allèrent en informer Jésus. Ce n'est que bien plus tard que les Reliques du Saint Précurseur furent retrouvées par miracle, afin de répandre la grâce sur les fidèles qui les vénèrent [7].

Cet acte sanglant semble avoir été permis par Dieu, afin qu'après avoir été le Précurseur du Christ sur la terre, Saint Jean Baptiste le fût aussi dans le royaume des morts et aille annoncer aux justes morts dans l'espérance de la Rédemption, l'arrivée prochaine du Messie qui devait briser par la Croix les portes et les verrous des enfers.

Par sa vie comme par sa mort, le Précurseur reste aussi pour tous les Chrétiens un Prophète et maître de vie spirituelle. Par sa conduite irrépréhensible, il leur apprend à lutter jusqu'à la mort contre le péché, non seulement pour le respect de la justice et l'observance de la Loi de Dieu, mais aussi pour progresser dans la vertu et la pureté du coeur. Toute conscience affinée par la méditation de la Loi de Dieu est donc semblable au Précurseur, et elle fraie en l'âme repentante les "voies du Seigneur", afin de lui donner la connaissance du Salut (cf. Luc 1:76) [8].

saint Jean le Baptiste, Prophète et PrécurseurInvention du chef du saint et glorieux Prophète et Précurseur Jean le Baptiste

Le 24 février, l'Église célèbre la mémoire de la première et de la seconde  invention du chef du saint et glorieux Prophète et Précurseur Jean le Baptiste

Le banquet d'Hérode ayant été arrosé par le sang du plus grand des prophètes et Précurseur du Christ, les disciples de Jean allèrent ensevelir son corps (Mt 14, 11), tandis que la perfide Hérodiade, s'étant saisie de la tête sanglante qu'on lui avait présentée sur un plateau, la faisait enterrer profondément dans un lieu indigne, proche du palais d'Hérode à Machéronte.[9]

Bien longtemps après, deux moines venus d'Orient arrivèrent en Palestine pour vénérer les Lieux saints. Le saint Précurseur leur apparut de nuit, à l'un et à l'autre séparément, et leur dit : « Rendez-vous au palais d'Hérode, vous y trouverez là ma tête qui gît sous terre. » Guidés par la grâce divine, ils n'eurent pas de peine à découvrir l'endroit où était enfouie la précieuse relique, et, rendant grâce à Dieu, ils la mirent dans un sac et prirent le chemin du retour. [10]

Sur la route, ils rencontrèrent un potier, originaire d'Émèse, qui, réduit à la misère, avait quitté sa patrie en quête d'un sort meilleur. À la suite d'une nouvelle révélation nocturne du Précurseur, il s'empara de la sainte relique et rentra à Émèse, où il connut dès lors une grande prospérité. Lorsqu'il fut sur le point de quitter cette vie, il mit ce trésor inestimable dans un coffre et le légua à sa sœur, en lui recommandant de ne pas l'ouvrir sans en avoir reçu l'ordre de celui qui s'y cachait, et de le transmettre à son tour, lorsque le temps viendrait, à un homme pieux et ami de Dieu. Le chef du Précurseur passa ainsi de l'un à l'autre et parvint finalement à un moine et prêtre, du nom d'Eustathe, qui pratiquait l'ascèse dans une grotte non loin de la ville d'Émèse, mais qui professait en secret l'hérésie d'Arius. Emporté par l'orgueil, celui-ci s'attribuait à lui-même les guérisons qui s'accomplissaient en grand nombre auprès de ce précieux trésor, et en tirait un honteux profit. Son hérésie et ses méfaits ayant été bientôt dévoilés, il fut chassé par les orthodoxes, et la vénérable tête du Précurseur resta cachée dans la grotte jusqu'au temps où le pieux Marcel, homme cher à Dieu et ami de la vertu, fut désigné comme supérieur du monastère qui avait été fondé près de la grotte, sous le règne de l'empereur Marcien (450-457) et l'épiscopat de l'illustre Ouranios, évêque d'Émèse.

Le saint Précurseur apparut alors à plusieurs reprises à Marcel et lui témoigna sa faveur en l'embrassant affectueusement et en lui donnant un vase plein de miel. Le 24 février 452, guidé, sur l'ordre du Précurseur, par un astre qui s'arrêta au-dessus d'une niche de la grotte, Marcel se mit à creuser, après avoir encensé l'endroit. Il découvrit alors, sous une plaque de marbre, la tête du saint, encore couverte de cheveux, cachée dans une amphore, et il la vénéra avec des larmes de joie.

À la suite de la conquête arabe, cette insigne relique, conservée dans un reliquaire de verre, fut déposée dans une crypte de l'église principale d'Émèse, spécialement construite à cet effet (761). Elle resta pour la cité une source de bénédictions et de bienfaits de toutes sortes, jusqu'au temps de son transfert à Comane dans le Pont, sous la menace de l'invasion des Abbassides venus d'Irak (810-820). [11]

Synaxaire du Hiéromoine Macaire

Notes
1. Bien que la commémoraison de la mort des Saints soit une occasion de joie, on a coutume aujourd'hui d'observer le jeûne, et l'office de la fête souligne l'iniquité de l'acte d'Hérode. Cf. Mat. 14:1-12; Marc 6:17-29; Luc 3:19-20.
2. Fils d'Hérode le Grand, il fut tétrarque de Galilée et de Pérée de l'an 4 av. J.-C. à 39 ap. J.-C.
3. Ce Philippe n'était pas le tétrarque d'Iturée et de Trachonitide mentionné par l'Evangile (Luc 3:1), mais un autre fils d'Hérode le Grand, demi-frère d'Hérode Antipas.
4. Son nom n'est pas mentionné dans l'Évangile, mais a été transmis par l'historien Flavius Josèphe: Antiquités judaïques, 18, 5, 2-4.
5. La fête de la Décollation du Précurseur a été fixée aujourd'hui en mémoire de la dédicace d'une église érigée pour abriter ses Reliques à Sébaste (Samarie), au temps de Sts Constantin et Hélène.
6. St Jérôme raconte qu'Hérodiade s'acharna sur la tête de sa victime en lui perçant la langue avec son stylet.
7. On commémore trois inventions du chef du Précurseur: la première et la seconde le 24 février, et la troisième le 25 mai. Quant au reste de ses Reliques, elles furent brûlées sous Julien l'Apostat, mais quelques fragments purent être soustraits au feu et furent remis à St Athanase d'Alexandrie, et de là se répandirent dans le monde chrétien. La partie faciale du chef du Précurseur, dérobée lors du pillage de Constantinople par les Croisés en 1204 dans le Monastère Saint-Georges des Manganes, qui est aujourd'hui conservée dans le trésor de la cathédrale d'Amiens, semble bien être authentique, mais tel n'est pas le cas de nombreuses autres reliques présumées qu'on trouve répandues en Occident. En Grèce, on trouve un certain nombre de ses reliques, notamment sa main droite qui est vénérée au Monastère de Dionysiou au Mont Athos (tandis qu'une autre main est conservée à Topkapi, l'ancien palais des sultans à Constantinople).
8. Cf. Saint Grégoire Palamas, Homélie sur la Décollation de S. Jean Baptiste (PG 151, 496 sq)
9. L'historien juif Flavius Josèphe [Antiquités judaïques XVIII, 7] rapporte, quant à lui, que saint Jean fut exécuté dans la forteresse de Machéronte. Au IVe siècle, on vénérait le tombeau de S. Jean-Baptiste, avec ceux des prophètes Élisée et Abdias, à Sébaste-Samarie. Il fut violé sous Julien l'Apostat (361) et les ossements du saint furent dispersés. Mais de pieux chrétiens purent en sauver des fragments et les apportèrent à Jérusalem, à l'higoumène Philippe qui les remit à sainte Athanase d'Alexandrie, et le 27 mai 396 l'archevêque Théophile les déposa dans l'église du Précurseur, construite à l'emplacement du temple de Sérapis. Le pèlerinage au tombeau du Précurseur à Sébaste continua néanmoins pendant plusieurs siècles. Les ménologes slaves rapportent une tradition inconnue des synaxaires byzantins, selon laquelle la dame de compagnie d'Hérodiade, Jeanne, femme de Chouza, intendant d'Hérode, qui devint l'une des saintes Myrophores, ne pouvant supporter que la tête du Précurseur demeurât dans un lieu aussi indigne, la fit déterrer et emporter secrètement à Jérusalem, au Mont des Oliviers, où elle fut retrouvée plus tard par un noble devenu moine.
10. Est résumée ici la version de S. Syméon Métaphraste, reprise par le Synaxaire. Selon certains historiens byzantins (Sozomène, Chronique Pascale, Pseudo-Codinos), la tête du Précurseur fut retrouvée en Palestine, par deux moines de l'hérésie de Macédonius, et transférée par eux en Cilicie. L'ayant appris, l'empereur Valens (364-378) ordonna à son préfet du Palais, Mardonios, de la ramener à Constantinople. Sur la route, le char qui la transportait se trouva miraculeusement immobilisé à Panteichion (Bithynie). On dut donc la laisser dans une propriété de Mardonios, Kosilaos, sous la garde d'une moniale de la même hérésie, Matrone, qui avait sous son autorité une communauté de moines. Après le décès de celle-ci, le prêtre Vincent, converti à l'Orthodoxie, prit soin de la relique, jusqu'au jour où l'empereur Théodose le Grand vint la prendre et, la portant avec dévotion dans les plis de son manteau, le 17 février 392, la déposa dans la somptueuse église du quartier de l'Hebdomon, qu'il avait fait construire pour la recevoir. Pour expliquer le problème posé par ces deux récits, certains historiens ont supposé qu'une partie seulement du crâne du Précurseur avait été transférée à Constantinople du temps de Théodose. Un siècle et demi plus tard, l'empereur Justinien inaugura sur le même endroit une nouvelle église du Précurseur, et fit venir pour l'occasion la relique qui se trouvait à Émèse, manifestant ainsi que celle déposée sous Théodose ne s'y trouvait plus.
11. La troisième invention est commémorée le 25 mai.

Source: Macaire, hieromoine de Simonos-Petras, Le Synaxaire. Vies des Saints de l'Eglise Orthodoxe