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Saint Maxime le Confesseur(†662)

Fête le 21 janvier

Mémoire de la translation de ses reliques le 13 août

Le 21 janvier, l'Eglise orthodoxe célèbre la mémoire de Maxime le Confesseur.

Saint Maxime naquit en 580, au sein d'une illustre famille de Constantinople. Doué d'une intelligence exceptionnelle et de rares capacités pour les hautes spéculations philosophiques, il fit de brillantes études et entra dans la carrière politique. À son avènement au trône, en 610, l'empereur Héraclius, discernant sa valeur et appréciant ses vertus chrétiennes, mit Maxime à la tête de sa chancellerie (protasékretis). Honneurs, pouvoir et richesses ne pouvaient cependant éteindre en lui le désir, qu'il entretenait secrètement depuis sa jeunesse, de mener une vie conforme à la vraie philosophie.

Au bout de seulement trois ans, il abandonna sa charge et les vaines distinctions du monde, et devint moine au monastère de la Mère de Dieu de Chrysopolis, près de Constantinople. Admirablement préparé au combat spirituel par la méditation de l'Écriture sainte et l'étude des Pères de l'Église, il progressa rapidement sur l'échelle des vertus, qui conduit à la bienheureuse impassibilité. Il maîtrisait avec science les élans de la convoitise par l'ascèse, l'irritation par la douceur et, libérant ainsi son âme de la tyrannie des passions, il nourrissait son intelligence par la prière, en s'élevant paisiblement vers les hauteurs de la contemplation. Dans le silence de sa cellule, penché sur l'abîme de son cœur, il considérait en lui-même le grand Mystère de notre salut selon lequel, poussé par son amour infini des hommes, le Verbe de Dieu condescendit à s'unir à notre nature, séparée de Dieu et divisée contre elle-même par l'amour égoïste de soi, afin de la ramener à l'unité, de faire régner entre les hommes l'union harmonieuse de la charité fraternelle, et de leur ouvrir la voie de l'union avec Dieu, car Dieu est amour (1 Jn 4, 16).

Après avoir passé ainsi une dizaine d'années dans l'hésychia, il s'installa, avec son disciple Anastase, dans le petit monastère de Saint-Georges à Cyzique, où il commença à rédiger ses premières œuvres: des traites ascétiques sur la lutte contre les passions, la prière, l'impassibilité et la sainte charité. Mais, en 626, l'offensive conjuguée des Avars et des Perses sur Constantinople, qui allait être repoussée grâce à l'intervention miraculeuse de la Mère de Dieu" contraignit les moines à se disperser. Un nouveau mode de vie s'ouvrait pour saint Maxime: l'errance pour la cause de la vérité. Il lui fallait désormais porter témoignage de la charité divine, par sa conduite et ses écrits, dans un monde byzantin au bord de la catastrophe à la suite des invasions perses. Il séjourna quelque temps en Crète, où il commença le combat pour la foi orthodoxe en affrontant des théologiens monophysites, passa ensuite à Chypre et parvint finalement à Carthage, en 632, où il fit connaissance et se rangea sous la direction spirituelle de saint Sophrone [11 mars], grand connaisseur de la tradition monastique et théologien renommé pour son orthodoxie, qui séjournait au monastère d'Eukrata avec d'autres moines réfugiés de Palestine après la prise de Jérusalem par les Perses.

Pendant cette période (626-634), avant de s'engager dans la lutte pour la foi, saint Maxime put approfondir, comme nul autre avant lui, la doctrine de la divinisation, en exposant les fondements philosophiques et théologiques de la spiritualité orthodoxe. En des traités denses et profonds sur les passages obscurs de l'Écriture sainte, sur les difficultés de saint Denys l'Aréopagite et de saint Grégoire le Théologien, et sur la Divine Liturgie, il dresse une grandiose synthèse théologique selon laquelle l'homme, placé par Dieu dans le monde pour être le prêtre d'une liturgie cosmique, est appelé à rassembler les raisons (logoi) de tous les êtres pour les offrir au Verbe divin, leur Principe, en un dialogue de libre amour; de sorte qu'en accomplissant le dessein pour lequel il a été créé, son union à Dieu, il amène aussi l'univers entier à sa perfection dans le Christ, le Dieu-homme'.
Depuis son accession au trône, Héraclius s'était efforcé de réorganiser l'Empire ébranlé et de préparer la contre-offensive contre les Perses par une série de réformes administratives et militaires, et surtout de rétablir l'unité des chrétiens, pour éviter que les monophysites ne se tournent vers les Perses ou vers les Arabes. Le patriarche de Constantinople, Serge, chargé par l'empereur de trouver à cette fin une formule dogmatique de compromis, susceptible de satisfaire les monophysites sans renier le Concile de Chalcédoine, proposa la doctrine du monoénergisme, selon laquelle la nature humaine du Christ serait restée passive et neutre, son énergie propre ayant été absorbée par l'énergie du Verbe de Dieu. En fait, il ne s'agissait que d'un monophysisme à peine déguisé, où l'on remplaçait le terme «nature» par celui d'« énergie». En 630, l'empereur nomma Cyrus de Fasis patriarche d'Alexandrie, avec la mission de réaliser l'union avec les monophysites, particulièrement nombreux en Égypte. Aussitôt l'union signée (633), alors que dans les tavernes d'Alexandrie le peuple se vantait d'avoir gagné les chalcédoniens à la cause monophysite, saint Sophrone éleva seul la voix pour défendre les deux natures du Christ. Il se rendit à Alexandrie auprès de Cyrus qui, voulant éviter une lutte ouverte, le renvoya vers Serge, à Constantinople. Après de longues discussions sans résultat réel, Sophrone se vit interdire de soulever davantage le débat sur les natures et les énergies. Il regagna la Palestine, où il fut accueilli par le peuple comme le soutien de l'Orthodoxie et fut élu patriarche de Jérusalem, au moment même où les Arabes envahissaient le pays et commençaient une série de conquêtes qui allaient plus que jamais mettre l'Empire en péril. Sitôt élu, saint Sophrone publia une Lettre encyclique, dans laquelle il précisait que chaque nature ayant son énergie propre, une est la Personne du Christ, mais deux sont ses natures et ses opérations (énergies) .
Pendant ce temps, resté à Carthage, saint Maxime entrait discrètement dans la lutte dogmatique pour soutenir son père spirituel et, sans s'opposer à l'interdiction de parler des deux énergies, il montrait avec finesse que «Le Christ opère humainement ce qui est divin, par ses miracles, et divinement ce qui est humain, dans sa Passion vivifiante »5. Mais quand, en 638, Héraclius publia un édit (1'Ecthésis) confirmant l'interdiction de parler des deux énergies et imposant à tous de confesser une seule volonté dans le Christ (monothélisme), le moine dut sortir de sa réserve et passer désormais à la confession publique de la vérité. Car, saint Sophrone étant mort la même année, Maxime était alors regardé par tous comme le porte-parole le plus autorisé de l'Orthodoxie. Comme à l'époque de saint Athanase ou de saint Basile, le soutien de la vraie foi dépendit alors d'un seul homme. `

Dans une abondante correspondance, adressée au pape de Rome, au souverain et aux personnages influents de l'Empire, et dans des traités d'une profondeur inégalée, Maxime le Sage montra que le Verbe de Dieu, par un amour et un respect infinis pour sa créature, a assumé la nature humaine dans toute son intégrité, sans rien altérer de sa liberté. Libre de reculer devant la Passion, Il s'est soumis volontairement, en tant qu'homme, à la volonté et au dessein divin, nous ouvrant ainsi la voie du salut (Mt 26, 39) par la soumission et l'obéissance. Parfaitement unie à l'absolue liberté de Dieu dans la Personne du Christ, la liberté humaine s'est trouvée ainsi restaurée dans son mouvement naturel vers l'union avec Dieu et avec les autres hommes par la charité. Ce que l'expérience de la prière et de la contemplation lui avait permis d'entrevoir, Maxime pouvait désormais l'exposer, en fondant la doctrine de la divinisation de l'homme sur la théologie de l'Incarnation.

Nul autre Père de l'Église n'avait jusque-là poussé aussi loin l'examen de la liberté humaine et de son union avec Dieu, dans la Personne du Christ comme chez les saints. Avec saint Maxime, la doctrine orthodoxe de l'Incarnation trouve son exposé le plus complet; il ne restera, quelque temps après, à saint Jean Damascène qu'à la présenter de manière plus accessible, pour la livrer aux générations à venir comme une tradition immuable.

Serge de Constantinople mourut en 638 et le nouveau patriarche, Pyrrhus, se fit le promoteur ardent de la nouvelle hérésie. Cependant, malgré les pressions, une grande partie des chrétiens résistait a l'application du décret impérial et, un peu avant de mourir (en 641), Héraclius dut reconnaître l'échec de sa politique religieuse. Pyrrhus, tombé en disgrâce au moment de la succession, s'enfuit en Afrique et affronta saint Maxime à Carthage, dans une dispute publique sur la Personne du Christ (645). Exposant le Mystère du Salut avec une argumentation d'une rigueur infaillible, le saint moine réussit à faire reconnaître ses erreurs au patriarche qui proposa finalement d'aller en personne à Rome pour jeter l'anathème sur le monothélisme devant le tombeau des Apôtres. Toutefois, peu de temps après, il retourna à son vomissement (2 Pi 2,22) et s'enfuit à Ravenne. Le pape Théodore l'excommunia aussitôt et condamna pour hérésie son successeur sur le trône de Constantinople, Paul. En réaction contre cette intervention du pape et craignant qu'une rupture ouverte avec Rome n'aggravât la situation politique, devenue plus que jamais précaire à la suite de la conquête de l'Égypte par les Arabes, l'empereur Constant II (641-668) publia le Typos (648) qui interdisait à tout chrétien, sous peine de châtiment sévère, de discuter des deux natures et des deux volontés. On commença alors à poursuivre et à persécuter les orthodoxes, surtout les moines et les amis de saint Maxime. Celui-ci rejoignit à Rome le nouveau pape, Martin I" [13 avr.], qui était fermement décidé à soutenir la vraie foi, et il fut l'inspirateur du concile du Latran (649) qui condamna le monothélisme et rejeta l'édit impérial. Irrité au plus haut point par cette résistance, l'empereur envoya alors un exarque à Rome à la tête d'une armée (653). Ils arrêtèrent le pape malade et impotent, et le conduisirent au prix de mille sévices à Constantinople, où il fut jugé comme un criminel, outragé publiquement et de là fut conduit en exil à Cherson, où il mourut dans la situation la plus lamentable, en septembre 655.

Quant à saint Maxime, il avait été arrêté, un peu avant Martin, avec son fidèle disciple Anastase et un autre Anastase, apocrisiaire (légat) du pape [20 sept.]. Il attendit en prison de longs mois avant de comparaître devant le tribunal qui avait si odieusement condamné le saint prélat. On voulait présenter le jugement du chef de l'Orthodoxie comme un procès politique, aussi l'accusa-ton de s'être élevé contre le pouvoir impérial et d'avoir favorisé la conquête de l'Égypte et de l'Afrique par les Arabes, puis on l'accusa d'avoir semé la division dans l'Église par sa doctrine. Fixé en Dieu et avec charité pour ses ennemis, le saint répondait avec un calme impassible aux calomnies et, se défendant de confesser aucune doctrine particulière, il se déclara prêt à rompre la communion avec tous les patriarcats et même à mourir, plutôt que de jeter le trouble dans sa conscience en trahissant la foi. Condamné à l'exil, il fut conduit à Byzie (Thrace), son disciple Anastase à Perbéris et l'autre Anastase à Mésembria, dans le dénuement le plus complet, mais sans perdre leur joie de souffrir ainsi pour le Nom du Seigneur dans l'attente de la résurrection.

Ayant appris au cours de son procès que le nouveau pape, Eugène I", était prêt à accepter une formule de compromis qui supposait une troisième énergie dans le Christ, saint Maxime écrivit une lettre dogmatique, grâce à laquelle le peuple de Rome se révolta et poussa le pape à se passer de l'accord impérial pour se faire consacrer. Comprenant alors qu'il ne pourrait pas soumettre les orthodoxes avant d'avoir gagné Maxime, l'empereur envoya vers lui l'évêque Théodose et deux habiles courtisans. Les souffrances de l'exil et le long séjour en prison n'avaient en rien fait perdre au saint confesseur la maîtrise de lui-même. Il repoussa sans peine tous leurs arguments, exposa de nouveau la doctrine orthodoxe et termina en exhortant avec larmes l'empereur et le patriarche à se repentir et à revenir à la vraie foi. Pour toute réponse, les envoyés du souverain se jetèrent sur lui comme des bêtes sauvages, l'accablèrent d'injures et le couvrirent de crachats.

Transféré à Perbéris, saint Maxime resta six ans enfermé avec Anastase, jusqu'à leur nouveau procès, en 662, devant le patriarche de Constantinople et son synode. On lui demanda: «De quelle Église es-tu donc: de Constantinople? de Rome? d'Antioche? d'Alexandrie? de Jérusalem? Car voici que toutes sont unies à nous. »Le Confesseur répondit: «L'Église catholique, c'est la droite et salutaire confession de la foi dans le Dieu de l'univers. » Menacé de la peine capitale, il répliqua: « Que ce que Dieu a déterminé avant tous les siècles trouve en moi le terme qui lui rende la gloire qu'Il a avant tous les siècles6!» Après les avoir maudits et injuriés, les membres du tribunal ecclésiastique les livrèrent, lui et ses compagnons, au préfet de la ville, qui les condamna à la flagellation et leur fit couper les organes de leur confession: la langue et la main droite. Ils furent promenés à travers la ville tout ensanglantés, puis le préfet les fit incarcérer dans des forteresses séparées, à Lazique, dans le lointain Caucase. C'est là que, le 13 août 662, à l'âge de quatre-vingtdeux ans, saint Maxime fut définitivement uni au Verbe de Dieu, qu'Il avait tant aimé et dont il avait imité la Passion vivifiante par la confession de foi et le martyre. On raconte que chaque nuit trois lampes, symbole de la sainte Trinité, s'allumaient d'elles-mêmes au-dessus de son tombeau. La relique de sa main droite est vénérée au monastère de Saint-Paul au Mont Athos.

os leur servait d'intermédiaire et de secrétaire. Il était celui qui, « après Dieu, les protégeait des hommes ». Quand saint Barsanuphe lui donnait ses réponses à l'intention de ses correspondants, il empêchait Séridos d'écrire sous sa dictée, lui assurant que le Saint-Esprit le guiderait pour, une fois rentré dans sa cellule, transcrire toutes ses paroles dans l'ordre, sans en omettre aucune.
Tempérant dès sa jeunesse, Séridos se montrait d'une extrême sobriété, et il se livra à une telle ascèse qu'il en tomba gravement malade. Il fut guéri par la prière de saint Barsanuphe qui lui ordonna de traiter désormais son corps avec discernement, de manière à l'utiliser comme auxiliaire pour la liturgie spirituelle et pour avoir la résistance nécessaire au gouvernement des frères'. Le «Grand Vieillard» l'ayant éprouvé sévèrement dans l'obéissance et le renoncement à toute volonté propre, il parvint à un haut degré de perfection, et Barsanuphe le louait comme: « le fils de mes labeurs, plus doux que le miel, qui regarde tous les autres comme ne faisant qu'un avec lui et compte pour sien l'intérêt de tous »3. Il hérita ainsi des charismes et du discernement de son père spirituel, et fut pour ses moines un père plein de bonté, d'effacement et de sagesse, et une source de joie et de paix pour tous ceux qui l'approchaient. « Si tu trouves dans ma lettre des choses difficiles, écrivait saint Barsanuphe à l'un de ses correspondants, interroge celui qui est un avec toi, Séridos, mon fils chéri, et avec la grâce de Dieu, il t'expliquera ces choses difficiles, car j'ai prié Dieu pour lui à ce sujet »4. Les vertus d'abba Séridos lui acquirent une telle réputation que certains moines considéraient qu'il avait dépassé la mesure humaine, c'est pourquoi le Seigneur l'éprouva par des ulcères et une longue maladie, afin que « la gloire humaine se trouvant recouverte, la gloire de Dieu puisse surabonder à l'infini »'. Il ne demandait pas cependant à Dieu de le guérir ni
Cette mémoire est en fait celle de son repos (13 août 662), voir sa notice au 21 janv.
Saints BARSANUPHE et JEAN, Lettre 570c éd. Abbaye de Solesmes, 1972, p. 370-371 et SC 451,739-745.
Idem, Lettre 141, Solesmes, p. 127, SC 427, 519.
Idem, Lettre 10, Solesmes p. 19, SC 426,181-183.
Idem, Lettre 599, Solesmes p. 390, SC 451,801.

d'alléger la souffrance, mais seulement de lui accorder endurance et action de grâces. Quand il fut emporté par Dieu dans la demeure des justes, il laissa le gouvernement du monastère aux frères les plus expérimentés par ordre d'ancienneté. Mais comme tous s'étaient rétractés par humilité, ce fut Élien, un homme qui venait à peine de quitter le monde, qui fut élu higoumène. Saint Jean le Prophète avait prédit qu'il ne survivrait pas plus de huit jours à Séridos, mais sur les instances d'Élien, il passa encore deux semaines à l'instruire dans les devoirs de sa charge, avant de s'endormir à son tour.
• Mémoire de notre vénérable Père DOROTHÉE de GAZA".
Notre saint père Dorothée naquit à Antioche, au sein d'une famille chrétienne et fortunée. Il reçut une bonne éducation, tant ecclésiastique que dans les sciences «du dehors ». Il montrait d'ailleurs une telle ardeur à l'étude, qu'il en oubliait nourriture, boisson et sommeil, ce qui porta préjudice à sa santé qui resta délicate. N'ayant de goût que pour la lecture, notamment des livres médicaux, il évita les mauvaises fréquentations et les dérèglements de la jeunesse, et il pouvait dire plus tard: « Si pour la science profane on ressent une telle soif et une telle ardeur du fait qu'on en acquiert l'habitude, combien plus pour la vertu! »'. Renonçant de bonne heure au monde, il entra au monastère d'abba Séridos, près de Gaza, et s'abandonna en toute confiance aux deux saints Vieillards, Barsanuphe et Jean. Bien qu'il désirât un détachement total, les Anciens, tenant compte de sa faiblesse et de son état de santé, lui laissèrent la disposition d'une petite propriété de famille et la possession des livres qu'il avait apportés au monastère. Comme il ne pouvait entreprendre de grandes mortifications et se trouvait assailli par des pensées d'impureté, saint Barsanuphe lui prodigua consolation et conseils. Il lui recommanda de ne pas se laisser gagner par le désespoir, qui ferait la joie du diable et, lui permettant l'usage d'un peu de vin, il lui prescrivit de faire son possible pour retrancher la volonté de la chair, en portant tous ses efforts sur l'ascèse intérieure du cœur, afin d'acquérir les vertus les plus précieuses: l'humilité, l'obéissance, la componction, la compassion envers tous les hommes et le souvenir continuel de Dieu. Encouragé par les Anciens et assisté par la grâce du Christ, Dorothée put ainsi écraser tous ses ennemis. Il enseignait par la suite que le retranchement de la volonté propre est le raccourci qui permet de parvenir au terme de la perfection. En effet, en s'habituant à renoncer à sa propre volonté, d'abord dans les petites choses, puis en toute activité, on obtient le détachement, et du détachement on parvient, Dieu aidant, à une parfaite impassibilité. Et il répétait fréquemment cette parole des Pères: « Quiconque est parvenu à retrancher la volonté propre est parvenu au lieu du repos».
Un jour qu'il était assailli par une tristesse écrasante et intolérable venant du démon, et qu'il se tenait dans la cour du monastère, découragé et suppliant Dieu de venir à son secours, Dorothée vit soudain un mystérieux personnage, ayant l'aspect d'un évêque, entrer dans l'église. Ille suivit et le vit se tenant en prière, les mains tendues vers le ciel. Quand il eut achevé sa prière, l'homme se tourna vers le jeune moine, qui était rempli d'effroi, et lui frappant la poitrine, il répéta à trois reprises le verset psalmique : J'ai attendu ardemment le Seigneur, et il m'a prêté attention, il a exaucé ma supplication ... (Ps 39). Aussitôt le personnage disparu, le cœur de saint Dorothée se trouva rempli de lumière, de joie, de consolation et de douceur, et depuis cette heure, il ne fut plus jamais assailli par l'acédie, la tristesse ou la crainte'. Inquiet de cette paix, qui semblait contredire la Sainte Écriture enseignant qu'il faut passer par bien des tribulations pour parvenir au Royaume de Dieu, il s'en ouvrit à Jean le Prophète, qui le rassura en disant: «Tous ceux qui se livrent à
6. Nous utilisons ici largement l'introduction à ses Œuvres spirituelles dans la série Sources Chrétiennes (SC 92, 9-29). 7./nstruction X, 105, SC 92,341.
8./nstructions V, 67, SC 92, 263-265.

l'obéissance des Pères, possèdent cette insouciance et ce repos »9. En effet, saint Dorothée ne manquait pas de rapporter toute pensée aux Anciens. Et dès qu'il inscrivait une pensée pour la leur soumettre, il en ressentait déjà soulagement et profit=.
Assigné à la garde de la porte du monastère et à la réception des hôtes, il fut en plus mis au service d'abba Jean le Prophète. Pouvant ainsi désormais interroger directement l'Ancien, il tira grand profit de ses enseignements pour progresser dans la connaissance des mouvements de l'âme. Après quelque temps, on lui confia la tâche difficile et accaparante d'installer et d'administrer l'infirmerie du monastère, qui avait été construite grâce aux dons de son frère selon la chair. Admirablement préparé à cette fonction par ses études médicales, il s'y adonnait avec zèle et complet renoncement. Du matin jusqu'au soir, il se trouvait sollicité non seulement par le soin des malades, mais aussi par toutes sortes d'autres affaires qui le divertissaient du souvenir de Dieu et de l' hésychia. Il fut tenté à plusieurs reprises de quitter le monastère pour aller mener la vie érémitique, mais saint Jean l'en dissuada, lui disant que celle-ci était pour certains occasion d'orgueil et de chute, et que ce qui lui convenait était la «voie moyenne» de l'obéissance et de la charité: «en gardant l'humilité dans l' hésychia et la sobriété dans les tracas des affaires »". Il ajouta: «Avoir un commandement et s'appliquer à le garder, c'est à la fois soumission et souvenir de Dieu »12.
Saint Barsanuphe avait promis à Dorothée que s'il observait ses commandements de fuir les plaisirs, la liberté de langage, les vaines conversations, et de garder la charité envers tous ainsi que le souvenir de Dieu, il prendrait sur lui ses fautes et ses manquements pour qu'il soit compté parmi ses «vrais enfants qui sont sous la protection divine »13. On lui confia la formation spirituelle du jeune Dosithée, qui grâce aux recommandations de Dorothée parvint rapidement à la perfection, avant de remettre son âme à Dieu.
Après la mort de Jean le Prophète et d'abba Séridos, et la réclusion complète de saint Barsanuphe, saint Dorothée alla fonder, avec l'aide de Dieu, son propre monastère entre Gaza et Maïouma. Il y dirigea ses disciples dans l'esprit qu'il avait reçu de ses Pères, Barsanuphe et Jean, avec délicatesse, discernement et charité, en insistant davantage sur le retranchement de la volonté propre et l'humilité, que sur les grandes ascèses corporelles. C'est là que ses disciples recueillirent par écrits ses Instructions Spirituelles, dans lesquelles il joignait la sobriété de l'expression à une si grande sagesse, que ce traité est considéré comme un des ouvrages fondamentaux de la tradition monastique orthodoxe. Il est aussi la seule relique qui nous reste du saint, dont on ignore la date précise de la mort et le lieu de la sépulture.
Saint Dorothée exhortait sans relâche ses moines à demeurer unis les uns aux autres par la charité, et leur donnait cette image: « Supposez un cercle tracé sur la terre, c'est-à-dire une ligne tirée en rond avec un compas, et un centre. Imaginez que ce cercle, c'est le monde ; le centre, Dieu; et les rayons, les différentes voies ou manières de vivre des hommes. Quand les saints, désirant approcher de Dieu, marchent vers le milieu du cercle, dans la mesure où ils pénètrent à l'intérieur, ils se rapprochent les uns des autres; et plus ils se rapprochent les uns des autres, plus ils s'approchent de Dieu. Et vous comprenez qu'il en est de même en sens inverse, quand on se détourne de Dieu pour se retirer vers l'extérieur : il est évident alors que plus on s'éloigne de Dieu,
9./d. I, 25, SC 92,185.
10. Une centaine de ses lettres sont conservées dans la Correspondance de saints Barsanuphe et Jean (Lettres 252-338) et constituent un admirable témoignage sur la formation spirituelle d'un moine.
BARSANUPHE et JEAN, Lettre 315, Solesmes p. 232, SC 450, 311.
Lettre 328, Solesmes p. 238, SC 450,329.
Lettre 274, Solesmes 215, SC 450,259.

plus on s'éloigne les uns des autres, et que plus on s'éloigne les uns des autres, plus on s'éloigne aussi de Dieu »14.
• Mémoire du vénérable DOSITHÉE, disciple de saint Dorothée, mort en paix au
monastère d'abba Séridos=.
Alors que saint Dorothée se trouvait à la tête de l'infirmerie du monastère, abba Séridos lui présenta un jour un adolescent portant l'habit militaire, d'un aspect gracieux et très délicat peu coutumier chez les rudes habitants du désert. Il était page d'un puissant général et avait mené jusque-là une vie d'une grande mollesse, sans jamais entendre prononcer un mot sur Dieu. Des soldats lui ayant décrit la Ville Sainte, il avait obtenu la permission d'entreprendre un pèlerinage aux Lieux saints, en compagnie d'amis du général qui prenaient grand soin de lui. Parvenu à Gethsémani, il visita une église où se trouvait une représentation du Jugement Dernier. Comme, dans son ignorance, il se demandait ce que cette scène signifiait, une femme majestueuse, vêtue de pourpre, apparut à ses côtés et lui donna des explications sur les différentes catégories de châtiments. Saisi de componction, le jeune garçon lui demanda ce qu'il fallait faire pour échapper à ses tourments. Elle lui répondit: «Jeûne, ne mange pas de viande, prie continuellement, et tu échapperas aux châtiments. » Dosithée s'exécuta aussitôt, avec un zèle qui inquiéta son entourage pour sa santé. Les soldats de son escorte lui dirent que s'il voulait mener ce genre de vie, il ne convenait pas qu'il reste dans le monde, mais qu'il était préférable de se retirer dans un monastère. Sur sa demande, ils le conduisirent donc au monastère d'abba Séridos.
Aux questions de Dorothée, l'enfant ne savait que répéter ces mots: «Je veux être sauvé! » Séridos l'accepta, avec la bénédiction de saint Barsanuphe, et le confia à saint Dorothée pour sa formation monastique. Faisant preuve d'un discernement achevé, Dorothée le laissa d'abord manger à sa faim, puis lui enseigna à restreindre peu à peu sa nourriture, de manière à rester toujours un peu en deçà du rassasiement. Dosithée était très habile dans toutes les tâches qu'on lui confiait, et servait les malades à la satisfaction de tous. S'il lui arrivait pourtant de s'impatienter contre l'un d'eux et de dire un mot avec humeur, il laissait toute activité et courait, en pleurs, dans le cellier, d'où il ne ressortait qu'après avoir reçu remontrance et pardon de son père spirituel. Il révélait la moindre de ses pensées à Dorothée, qui ne le laissait jamais s'attacher à une affaire ou à un objet quelconque. Un jour que Dosithée lui avait apporté un bon couteau pour le service de l'infirmerie, Dorothée lui dit : « Vrai, Dosithée, il te plaît? N'as-tu pas honte de vouloir ce couteau pour maître plutôt que Dieu? » Il sermonna longuement son disciple qui se tenait sans rien dire, les yeux baissés, et lui donna l'ordre de ne plus jamais toucher à ce couteau.
Le bienheureux Dosithée vécut ainsi cinq années au monastère, dans une totale obéissance, sans jamais avoir fait en quoi que ce fût sa propre volonté. Atteint de phtisie, il entendit dire que les œufs mollets sont bons pour ceux qui crachent le sang. Comme Dorothée, par suite de ses occupations, n'avait pas pensé de lui-même à lui en apporter, obsédé par cette pensée, Dosithée la lui révéla, en demandant cependant que cette consolation, qui satisferait une volonté propre, ne lui soit point accordée. Au plus fort de la maladie, il gardait le souvenir de Dieu et répétait sans cesse la prière: Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi! et par intervalles: Fils de Dieu, viens à mon aide! Quand Dorothée venait le visiter, il lui demandait : « Alors, Dosithée, comment va la prière ? Tient-elle toujours? » Celui-ci répondait: « Oui, seigneur, par tes prières. » Quand il fut accablé et devenu si faible qu'on le portait dans un drap, à la même question de son Ancien, il répondit : «Pardon, seigneur, je n'ai plus la force de la soutenir. » Dorothée reprit: «Laisse donc la prière;
Instructions VI, 78, SC 92, 287.
Son admirable Vie est incluse en tête des Instructions de S. Dorothée, SC 92,124-145.

souviens-toi seulement de Dieu et pense qu'Il est devant toi. » Comme il souffrait beaucoup, il fit demander au Grand Vieillard de le laisser partir, mais saint Barsanuphe l'exhorta à la patience, gage de la miséricorde divine. Quelques jours après, Dosithée lui fit dire qu'il était à bout de force. Le saint Vieillard lui répondit alors: «Vas-en paix ! Prends place auprès de la Sainte Trinité et intercède pour nous. » Ignorant son admirable conduite dans l'ascèse de l'obéissance, les moines du monastère, qui avaient longtemps lutté dans les jeûnes et les veilles, furent scandalisés par cette réponse de Barsanuphe. Mais un jour, un grand et saint Ancien, de passage au monastère, ayant prié Dieu de lui révéler les saints qui y reposaient, les vit tous, rangés en chœur, avec un jeune garçon au milieu d'eux. Quand il décrivit sa vision aux Pères et leur demanda quel était ce jeune homme, tous reconnurent que c'était Dosithée, et ils glorifièrent Dieu qui lui avait accordé de parvenir à la perfection en un temps si court.
• Mémoire de la pieuse impératrice EUDOCIE, morte en paix.
Fille d'un célèbre philosophe d'Athènes, Eudocie reçut une éducation soignée. Ayant demandé la protection de Pulchérie, la sœur de l'empereur Théodose II, elle fut reçue à la Cour, où elle s'attira l'admiration de tous, tant par sa grâce que pour sa sagesse. Après avoir été baptisée par l'archevêque saint Attique [8 janv.], elle épousa l'empereur Théodose II (421) et fut proclamée Augusta. En 438, elle fit un pèlerinage à Jérusalem, sur les recommandations de sainte Mélanie la Jeune [31 déc.], avec qui elle avait sympathisé à Constantinople et qu'elle considérait désormais comme sa mère spirituelle. Après avoir assisté à la dédicace de la première église de Saint-Étienne, célébrée par saint Cyrille d'Alexandrie, suivie le lendemain par la consécration des autres sanctuaires du Mont des Oliviers, Eudocie ramena à la capitale des reliques du Premier-Martyr. Quelques années après (442), l'impératrice, accusée à tort d'infidélité, fut exilée en Palestine où elle resta jusqu'à la fin de ses jours. Elle y fit construire plusieurs sanctuaires et encouragea le développement des pèlerinages. Nourrissant une grande admiration pour les moines, en particulier à l'égard de saint Euthyme [20 janv.], elle se fit aussi construire à proximité de sa Laure une tour, nommée la «Tour d'Eudocie ». Au cours des troubles qui suivirent le Concile de Chalcédoine et qui divisèrent les moines de Palestine au sujet de la canonicité de saint Juvénal [2 juil.], Eudocie troublée envoya consulter saint Syméon le Stylite, qui lui fit répondre: «Tu as là Euthyme le théophore. Suis ses enseignements et ses admonitions et sois sauvée! » S'en étant donc remise avec confiance à saint Euthyme, elle regagna le parti orthodoxe et s'endormit en paix en 460. Son corps fut ensuite transféré dans l'église des Saints-Apôtres à Constantinople.
• Mémoire de la bienheureuse impératrice IRÈNE, fondatrice du monastère du
PANTOCRATOR, qui reçut l'Habit angélique sous le nom de XÉNIE16•
Sainte Irène était fille du roi Ladislas de Hongrie. Dès sa jeunesse, elle se distingua non seulement par sa beauté corporelle, mais surtout par ses vertus: son humilité, sa douceur, son affabilité, son absence de colère, sa charité envers les pauvres, les veuves et les orphelins. Envoyée à Constantinople à l'âge de dix-huit ans, elle fut choisie pour épouse de Jean II (1105), fils de l'empereur Alexis I" Comnène, à qui elle donna huit enfants. Impératrice, elle menait au palais une vie de jeûnes et de prières, ayant sans cesse aux lèvres les versets des Psaumes, qui nous instruisent sur la vanité de cette vie périssable: Quel profit en mon sang, alors que je descends vers la corruption? (Ps 29, 10). Loin de s'adonner aux démonstrations de puissance, elle avait pour principal souci de venir en aide aux nécessiteux et d'encourager la fondation de monastères et
16. Une mosaïque représentant la sainte impératrice, avec son époux et leur fils Alexis, de part et d'autre de la Mère de Dieu, se trouve à Sainte-Sophie.

d'établissements de bienfaisance. Elle fonda notamment le grand et majestueux monastère du Christ Pantocrator, à l'est de l'Église des Saints-Apôtres, grâce à son homme de confiance, l'architecte Nicéphore. Cet établissement comportait un monastère de quatre-vingts moines, avec son église dédiée au Pantocrator, une seconde église de Saint-Michel, qui devait servir de lieu de sépulture à la famille impériale, une troisième église de la Vierge Éléousa, accessible aux femmes, un hôpital pour cinquante malades desservi par un nombreux personnel séculier, un hospice pour vingt-quatre vieillards, un dispensaire où venaient en consultation les habitants de la cité et, à quelque distance, une léproserie". Les églises étaient ornées de somptueuses mosaïques en or et de marbres rarissimes, et on y vénérait de précieuses reliques de saints". Afin d'achever les travaux, qui avaient engagé de grands frais, et de pourvoir à l'entretien de cette cité de la charité, la pieuse Irène prit un jour son époux par la main et le conduisit dans l'église principale du monastère. Elle tomba alors le visage contre terre en disant: « Reçois cette église construite pour toi par Dieu », et elle ne se releva qu'après avoir reçu de l'empereur l'assurance qu'il veillerait à fournir à l'établissement tout ce qui était nécessaire pour en faire le plus glorieux monastère de la capitale. Jean II dota donc ce monastère de grandes propriétés dans diverses régions et de six monastères dépendants, dans la banlieue asiatique de la capitale.
Les travaux n'étaient pas encore achevés quand la pieuse impératrice partit rejoindre la Cour du Christ Pantocrator, après avoir reçu le saint Habit monastique sous le nom de Xénie (1134). Son corps fut déposé dans la chapelle funéraire du Pantocrator, où l'on enterra ensuite l'empereur et d'autres personnages importants.
• Mémoire du saint martyr CORONATOS, mort par le glaive.
• Mémoire des saints martyrs PAMPHILE et CAPITON, dont les reliques étaient vénérées
au monastère de Sainte-Euphémie du quartier d'Olybrion à Constantinople.
• Mémoire de nos vénérables Pères SERGE et ÉTIENNE sur la Jetée".
• Le même jour, mémoire de notre saint Père TIKHON de ZADONSK, le Thaumaturge,
évêque de VORONÈGE.
Cet astre resplendissant de la sainteté russe vit le jour en 1724, au sein de la famille d'un pauvre sacristain du village de Korotzek dans le diocèse de Novgorod. La famille menant une vie de misère après la mort prématurée de son père, l'enfant allait travailler chez des paysans pour tout juste gagner son pain quotidien. Pieux et assidu à l'étude, il fit ses études à l'école ecclésiastique, puis au séminaire de Novgorod, où il fut nommé professeur de rhétorique dès l'obtention de son
17. Dans l'Empire byzantin, la majeure partie des hôpitaux et établissements de bienfaisance étaient à la charge de l'Église ou dépendaient des monastères. Le Typikon rédigé au nom de l'empereur Jean II pour le monastère du Pantocrator, qui règle aussi le fonctionnement des trois établissements de bienfaisance, reste un des documents essentiels pour la connaissance de cet aspect de la société byzantine (éd. et trad. P. Gautier, Institut français d'Études Byzantines, Paris, 1974). Le Pantocrator resta en activité jusqu'à la chute de Constantinople, et ses trois églises parallèles témoignent encore aujourd'hui de sa magnificence, malgré les remaniements subis de la part des Turcs.
18. En 1149, l'empereur Manuel Comnène y fit transférer, de Thessalonique, le parement qui recouvrait le tombeau de saint Dimitrios (cf. 26 oct.).
19. Ce terme de Jetée (« môlos ») désigne probablement l'endroit où ces deux saints étaient vénérés à Constantinople, plutôt que le lieu de leur ascèse.

diplôme. Pendant ces années, encore professeur, il avait le sentiment de la présence continuelle de Dieu, et il aimait à lire ou méditer pendant des nuits entières. Au cours d'une de ces veilles, comme il méditait sur la béatitude éternelle, le ciel s'entrouvrit soudain et une lumière ineffable resplendit devant lui, qui alluma en son cœur un désir ardent pour la vie monastique, la prière et la contemplation. Au bout de quatre ans (1758), il fut tonsuré moine sous le nom de Tikhon, et après avoir été ordonné prêtre la même année, on lui confia la direction du Séminaire de Tver.
Malgré son désir de mener la vie monastique dans la quiétude et la prière, il fut élevé à la dignité épiscopale à l'âge de trente-sept ans (1761) et bientôt nommé évêque de Voronège, diocèse à la population disparate et à demi barbare, dont l'administration présentait d'énormes difficultés. Il déploya aussitôt une extraordinaire activité pastorale, surtout pour relever le niveau culturel et moral du clergé. Il visitait les paroisses, corrigeait les dérèglements scandaleux et enseignait sans relâche, tant par ses sermons que par ses écrits, les vérités morales de l'Évangile, qu'il rattachait toujours à la Personne du Christ. Il exhortait les chrétiens à se considérer comme les membres du Corps dont le Christ est la tête, et de même que les membres du corps sont les instruments de la tête, ainsi les chrétiens doivent être les instruments du Christ. Comme le Sauveur a souffert, il leur faut donc souffrir dans le monde, et être raillés avec Lui. Sachant se montrer ferme et appliquant strictement des mesures contre les superstitions et les dérèglements de la population, l'évêque était prêt à franchir tous les obstacles pour rendre visite, habillé en simple moine, à toute âme qui souffrait, afin de lui apporter la consolation du Seigneur. Sa douceur et son humilité n'avaient pas de bornes, et lorsqu'il croyait avoir blessé quelqu'un, il demandait immédiatement pardon en se prosternant jusqu'à terre. C'est ainsi qu'invité un jour dans la demeure d'un hobereau, le saint fut pris à parti par un jeune voltairien qui se vantait de ses opinions antichrétiennes. La douceur et la justesse de ses réponses firent perdre toute contenance à l'effronté qui souffleta l'évêque. Tombant alors à genoux devant son offenseur, le saint lui demanda pardon de l'avoir mis par ses paroles dans cet état de colère, si bien que le jeune homme se repentit et devint un bon chrétien. Emporté par sa charité et par son zèle, l'homme de Dieu n'avait pas escompté ses forces physiques, et au bout de cinq ans seulement, il dut renoncer à sa charge pour raison de santé (1768). Il se retira au modeste monastère de Zadonsk, à quatre-vingts kilomètres de Voronège, sur la rive du Don, où il passa le reste de ses jours dans une ascèse agréable à Dieu, édifiant la sainte Église par ses prières et ses ouvrages inspirés par le Saint-Esprit.
Sa cellule était dépourvue de tout confort: en guise de lit, il avait un tapis étendu par terre et deux coussins, et pour couverture une peau de mouton; quelques icônes au mur, une table, une chaise et quelques livres. Vêtu d'un froc de laine grossière et de chaussures d'écorce tressée, il distribuait toute sa pension et les dons qu'on lui envoyait aux pauvres. Et quand il n'avait plus rien à donner, il envoyait ses disciples emprunter chez tel ou tel marchand. Les jours où de nombreux miséreux se présentaient pour demander l'aumône, il était joyeux, mais il s'affligeait quand leur nombre diminuait. Sa porte était toujours ouverte, tant aux pauvres qu'à tout voyageur, qui trouvaient auprès du saint évêque nourriture, vêtements et paroles de consolation spirituelle. Il ne sortait guère que pour assister à la Divine Liturgie, chantant avec les moines dans le chœur mais ne célébrant jamais lui-même. Il communiait toujours avec larmes; et les larmes coulaient d'ailleurs continuellement de ses yeux, telles deux sources d'eaux vives. Après la Liturgie, il s'occupait à la rédaction de ses œuvres théologiques et morales. Pendant les repas, il se faisait lire l'Ancien Testament par l'un de ses disciples et, souvent, oubliant la nourriture, il se mettait à pleurer, surtout à la lecture du Prophète Isaïe. Après le repas, il prenait une heure de repos, puis lisait les Vies des saints ou d'autres ouvrages. À l'heure des vêpres, il se faisait lire le Nouveau Testament et passait de longs moments à en expliquer les passages obscurs à ses disciples. Doté d'une mémoire exceptionnelle, il enrichissait ces explications de nombreuses citations tirées de l'Écriture, des

saints Pères et des Vies des saints. Quand il dictait ses écrits, les paroles, inspirées par l'Esprit Saint, sortaient de sa bouche avec une telle rapidité, que son secrétaire n'avait pas le temps de les écrire. La nuit venue, il congédiait ses disciples pour se consacrer à la prière intense, accompagnée de métanies, jusqu'à l'aurore. De son cœur brûlant et broyé de repentir, jaillissaient, telles des flammes, de courtes prières de supplication ou d'action de grâces. Une nuit, le Christ lui apparut, ensanglanté et couvert de blessures, et le saint se jeta à ses pieds pour les couvrir de baisers, en s'écriant: «Toi, toi mon Sauveur, tu viens vers moi! »
Une autre nuit, alors que, conformément à son habitude, il faisait le tour de l'église, en faisant des prosternations devant chacune de ses portes et en rendant gloire à Dieu avec larmes, il se tourna vers le sanctuaire et vit que les cieux s'ouvraient pour laisser jaillir une lumière resplendissante qui éclaira tout le monastère. Tombant à terre, il entendit une voix dire: « Voici les biens préparés pour ceux qui aiment Dieu! » Une autre fois, il vit la Mère de Dieu trônant audessus des nuages avec les saints Apôtres Pierre et Paul à ses côtés. Fléchissant les genoux, le saint lui demanda alors d'intercéder pour que Dieu continue d'accorder sa grâce au monde entier.
Quand il faisait une promenade dans le jardin, il demandait à ceux qui voulaient l'aborder de tousser auparavant, afin de dégager son intelligence absorbée par la pensée de Dieu. Et parfois, on le trouvait tellement immergé dans la prière, les bras levés au ciel, qu'il fallait lui crier à l'oreille pour l'arracher à sa contemplation.
Bien qu'incompris des moines du monastère, et en particulier du supérieur, homme violent et orgueilleux qui avait été choisi parmi les clercs déposés par lui, saint Tikhon éprouvait une sincère compassion pour ceux qui le calomniaient ou l'injuriaient, considérant le diable comme seul responsable de leur attitude. Il était toujours le premier à demander pardon à son offenseur, qu'il soit même novice ou domestique, si bien que d'ennemi il devenait son ami et son plus fervent admirateur .
Au bout de quelques années, sa santé s'étant fortifiée, il se demanda s'il ne devait pas obéir aux pressions de son ami, le métropolite Gabriel de Saint-Pétersbourg, et reprendre sa charge. Il était prêt à quitter le monastère, quand un vieux et saint moine lui déclara que la sainte Mère de Dieu ne voulait pas qu'il quittât ce lieu. Quand il était assailli par des pensées ou des idées sombres, il aimait à répéter ce verset: C'est un bien pour moi que tu m'aies humilié (Ps 118, 71). Longuement éprouvé dans le combat des pensées et par les divers assauts des démons, il écrivait : « Dans les tentations, Dieu nous montre ce que nous sommes et à quoi nous sommes inclinés par notre nature ... ce qui se cache dans notre cœur. »
Le reclus de Zadonsk n'en cessait pas pour autant d'être un pasteur avide de procurer le salut au peuple de Dieu, et dans ses écrits abondants, il portait témoignage de la lumière du Christ. De nombreux visiteurs, de tous âges et de toutes conditions, souvent venus de lointaines régions, affluaient vers sa cellule, au grand désagrément du supérieur, pour s'y abreuver à cette source d'eau vive. Le saint évêque était le réconciliateur des ennemis, et l'intercesseur pour les paysans ou les innocents condamnés. Il avait un sourire et une parole de consolation ou d'encouragement pour chacun, selon ses besoins, et sa main était toujours tendue pour bénir ou pour distribuer quelque aumône.
À partir de 1779, saint Tikhon entra en complète réclusion: il ne recevait plus de visiteur, n'adressait que rarement la parole à ses serviteurs de cellule, ne se rendait plus à l'église et ne sortait que pour aller rendre visite, les jours de grandes fêtes, aux détenus de la prison. Dans cette retraite, il s'adonnait sans distraction à la contrition et à la prière, et méditait sur la mort devant le cercueil qu'il avait fait préparer. Il passa ainsi quatre ans jusqu'au jour où, à la suite d'une vision, il fut atteint de paralysie du côté gauche et dut garder le lit. Sentant ses forces décliner, trois jours avant son décès, il fit convoquer ses proches et bienfaiteurs, et leur dit en leur montrant la croix:

« Je vous recommande tous au Seigneur ». Ce furent ses dernières paroles, et trois jours après, il s'endormit dans le Seigneur, âgé de cinquante-neuf ans.
Dans son Testament, il écrivait, comme saint Jean Chrysostome: «Gloire à Dieu pour tout!
Gloire à Dieu pour ce qu'il a eu soin de moi, l'indigne, par sa Providence. Gloire à Dieu pour les consolations qu'Il m'a accordées quand j'étais affligé ... Combien ai-je reçu de bienfaits de lui, combien de grâces ! »
Son culte commença immédiatement après sa mort et s'étendit rapidement à toute la terre russe. Il a été officiellement glorifié par l'Église le jour de l'exhumation de ses saintes reliques, en présence d'une foule de plusieurs centaines de milliers de fidèles, le 25 août 186l.
• Invention des reliques de saint MAXIME de Moscou, le Fou pour le Christ [11 nov.].
~R Le même jour, mémoire des saints néomartyrs Séraphim (Zvezdinski), évêque de Dimitrov, Jacques Arkhipov, Nicolas Orlov, prêtres, Alexis Vvedenski, diacre (1937), et Basile Alekandrine, Jean Chichev, Joasaph Panov, et Constantin Popov, prêtres (1942).
• Le même jour, mémoire de sainte RADEGONDE, reine des Francs.
Fille du roi Berthaire, un des trois souverains qui se partageaient le royaume de Thuringe, sainte Radegonde naquit vers 518 à Erfurt. À la suite du meurtre de son père et à cause de l'occupation du royaume par son oncle Hermenefred, elle fut élevée à la cour de ce dernier. Les rois francs, Thierry et Clotaire, fils de Clovis, ayant été sollicités par Hermenefred pour mater une révolte fomentée par son frère, envahirent la Thuringe et se partagèrent, avec leur butin, les membres de la famille royale. La jeune Radegonde échut à Clotaire, roi de Soissons, tristement célèbre pour sa vie de débauche, qui avait formé le projet de la prendre pour épouse une fois son éducation achevée.
Elle reçut une formation littéraire de haute qualité, rare en ce temps, surtout pour les femmes, dans la villa royale d'Athies en Vermandois. Encore enfant, elle menait une vie de prière et avait coutume de rassembler tous les enfants pauvres, et après les avoir fait laver, elle les servait à sa table puis les emmenait en procession à l'oratoire. Au bout de cinq ans, Clotaire devenu veuf manda la belle captive à sa cour. Épouvantée, Radegonde s'échappa, mais elle fut bientôt rattrapée et aussitôt conduite à Soissons où l'on célébra le mariage. Soumise à la divine Providence, elle remplit avec dévouement ses devoirs d'épouse et de reine, sans être pour autant séparée du Roi du ciel : «Son partage était le Christ bien plus que le mariage humain » écrit son biographe. Elle consacrait à l'aumône le plus clair de son temps, cédant ses parures aux églises et monastères, et distribuant jusqu'à ses vêtements aux nécessiteux. Elle voyait en effet le Christ dans les mendiants dont elle couvrait les membres et regardait comme perdu pour elle tout bien qu'elle n'avait pas donné. Dans la ville d'Athies, que le roi lui avait concédée, elle fonda un hôpital, où elle servait elle-même les pauvres et les affligés. À la cour, elle portait un rude cilice sous ses vêtements royaux. Et quand elle prenait part à des banquets, elle s'y faisait servir un plat de fèves ou de lentilles, et dès que venait l'heure de l'office divin, elle trouvait un prétexte pour quitter la table. La nuit, elle délaissait la couche royale pour passer de longues heures en prière, prosternée sur le sol dans son oratoire ; aussi disait -on au roi: «C'est une nonne et non pas une reine que tu as épousée!» Clotaire s'irritait de cette conduite et couvrait son épouse de reproches; mais impressionné par le rayonnement de sa sainteté, il essayait ensuite de réparer ses affronts par des

présents ou en lui accordant la grâce de condamnés à mort. Quand le roi était absent, « la reine se tenait alors attachée aux pieds du Christ, dont elle sentait la présence, et comme si elle se fût saturée de délices, elle se tenait en prière, savourant ses longs jeûnes au milieu des larmes ». Quand elle apprenait le passage d'un homme de Dieu, elle se rendait à son domicile avec quelques suivantes, et passait des journées entières à l'écouter parler sur les moyens de parvenir à la vie éternelle.
Le frère de la reine, impliqué dans un mouvement de sédition en Thuringe, ayant été exécuté sur ordre de Clotaire (555), sainte Radegonde en conçut un intolérable chagrin et, ne pouvant continuer à mener la vie conjugale avec le meurtrier de son frère, elle obtint de Clotaire son consentement pour se consacrer entièrement à Dieu. Comme elle s'était adressée à saint Médard, évêque de Noyon [8 juin], le saint évêque, d'abord hésitant, se vit repoussé de l'autel par les leudes qui voulaient empêcher la reine de prendre le voile. Radegonde se réfugia alors dans la sacristie où elle revêtit un habit de moniale, et reparaissant devant l'évêque, elle lui dit : « Si tu hésites à me consacrer, et si tu crains un homme plus que Dieu, sache, pasteur, qu'il te sera demandé compte de l'âme de ta brebis.» Saint Médard lui imposa donc les mains pour la consacrer diaconesse>. Aussitôt après avoir distribué ses biens, la sainte partit pour Tours, afin d'y vénérer le tombeau de saint Martin. Elle y fonda un monastère d'hommes, puis alla se retirer dans sa villa de Saix, avec un petit groupe de suivantes devenues ses disciples.
Depuis le jour de sa consécration jusqu'à sa mort, Radegonde ne mangea plus que des légumes crus et des fruits. Pendant le Carême, elle broyait elle-même, tous les quatre jours, avec une meule de pierre, le grain qui lui servait de nourriture, après en avoir prélevé des offrandes pour les sanctuaires voisins. D'humeur toujours égale, dans la joie comme dans l'adversité, la reine se faisait la servante de tous, en particulier des mendiants et des affligés qu'elle recevait quotidiennement à sa table et qu'elle lavait de ses mains. Et quand des lépreux se présentaient, elle les recevait à part et sans témoin, leur lavait le visage, qu'elle embrassait avec amour, et prenait soin de leurs plaies purulentes, puis elle les renvoyait avec des présents. Alors qu'elle menait cette conduite agréable à Dieu, elle eut un jour une vision au cours de laquelle l'Église du Christ lui dit : «Jusqu'à présent tu demeurais sur mes genoux, désormais tu auras ta place dans mon cœur ».
Comme la rumeur était parvenue à Saix que Clotaire s'était mis en route pour reprendre son épouse, Radegonde redoubla de jeûnes et de prières, et elle sollicita l'intercession du reclus Jean de Chinon, qui lui fit répondre que Dieu ne permettrait pas au roi de réaliser son projet. Ayant échappé à ce danger, la sainte décida de fonder un monastère qui la garderait de toute nouvelle tentative du roi et permettrait une meilleure organisation, à la lumière des traditions des saints Pères. Elle décida de l'établir à Poitiers, sous la protection de saint Hilaire [13 janv.]. Clotaire accorda son autorisation, et pourvut même aux frais de la construction et à l'entretien de la communauté. L'édifice put ainsi être rapidement achevé, et sainte Radegonde s'y installa avec sa communauté qui, à la fin de sa vie, allait comporter environ deux cents religieuses, issues pour la plupart des plus nobles familles du royaume. Fondatrice, mère spirituelle et modèle de vertu pour la communauté, Radegonde refusa cependant par humilité d'en être la supérieure, et elle confia cette responsabilité à Agnès, sa plus proche disciple et compagne depuis l'enfance. Apprenant que Clotaire avait de nouveau l'intention de la reprendre à l'occasion d'un pèlerinage à Tours, elle sollicita la protection de saint Germain, évêque de Paris [28 mai], qui accompagnait le souverain. L'évêque se jeta aux pieds de Clotaire, devant le tombeau de saint Martin, et celui-ci céda. Germain alla porter en personne la nouvelle à Poitiers, et il consacra Agnès abbesse. Libre désormais de suivre le Christ qu'elle aimait, Radegonde s'élança de toute son âme à sa suite, sans
20. La fonction liturgique des diaconesses était déjà tombée en désuétude, et cette ordination revenait alors à la consécration monastique.

être distraite par les tâches matérielles. Soucieuse cependant de donner à sa fondation une Règle assurant la pérennité de la vie cénobitique, elle alla passer, accompagnée d'Agnès, plusieurs mois à Arles, dans le monastère fondé par saint Césaire [27 août], dont la Règle constituait une judicieuse adaptation au monachisme urbain et au tempérament féminin de l'expérience accumulée dans les centres monastiques d'Orient et d'Occident depuis deux siècles. Durant les premières années, les relations de la communauté de sainte Radegonde avec l'évêque de Poitiers étaient empreintes d'amour et de respect mutuel, mais elles se dégradèrent avec l'évêque Marovée, qui avait pris ombrage de l'ascendant spirituel de la sainte sur son diocèse. La tension arriva à un tel point que, lorsque Radegonde obtint de l'empereur Justin le don d'un fragment de la vraie Croix (568), l'évêque, vexé de n'avoir pas été mêlé à l'entreprise, refusa de recevoir l'insigne relique et s'éclipsa. Déposée provisoirement au monastère de Tours, la sainte Croix put finalement faire son entrée à Poitiers, saluée par toute la population et par les moniales qui chantaient les hymnes composées à cette occasion par saint Venance Fortunat, et elle fut déposée au monastère qui prit dès lors le nom de Sainte-Croix. Ayant eu recours aux évêques réunis à Tours en concile, sainte Radegonde obtint pour son monastère des privilèges qui le protégeait contre les interventions des autorités civiles et ecclésiastiques, sans toutefois remettre en question la juridiction canonique de l'évêque du lieu.
Réunissant en elle « la gloire des confesseurs et des martyrs », la sainte n'acceptait de faveur que celle d'être la première à servir les autres sœurs. Elle nettoyait leurs chaussures et les oignait d'huile quand elles dormaient; elle balayait les corridors, lavait et raccommodait le linge, se chargeait des immondices, attisait le feu, servait les malades, et quand elle regagnait sa cellule, tombant de fatigue, c'était pour continuer sa veille par la prière. Quand elle s'adressait à la fraternité, elle disait: «Je vous ai choisies pour mes filles, vous ma lumière, vous ma vie, vous mon repos et toute ma félicité, vous ma jeune plantation. Agissez avec moi en ce monde pour nous préparer la joie dans l'autre. Servons Dieu avec une foi entière et une entière charité, cherchons-le avec crainte, dans la simplicité de notre cœur, pour que nous puissions lui dire avec confiance:
"Seigneur, donne-nous ce que tu nous as promis, car nous avons accompli ce que tu as ordonné" ». Sa charité s'étendait non seulement aux habitants de la cité mais aussi sur tout le royaume, et elle priait Dieu, avec force larmes, afin qu'il accorde la réconciliation des héritiers de Clotaire, « pour assurer le salut des peuples et de la patrie ».
Ayant acquis avec abondance la grâce du Saint-Esprit, au prix de son martyre volontaire, la sainte reine la répandait autour d'elle par de nombreux miracles. Elle rendait la vue aux aveugles, chassait les démons, et il suffisait de remettre aux malades des feuilles ou un cierge qu'elle avait bénis pour qu'ils recouvrent la santé. Elle obtint même par ses prières qu'une jeune moniale décédée revînt à la vie, de sorte qu'on pouvait la comparer à saint Martin le grand thaumaturge.
Vénérée de son vivant comme sainte par toute la chrétienté franque, Radegonde, parvenue à la soixantaine, reçut du Christ une vision lui montrant la place qui lui était réservée au ciel. Elle s'endormit en paix, quelques jours après, le 13 août 587. En l'absence de l'évêque Marovée, les funérailles furent présidées par saint Grégoire, évêque de Tours. Le visage de la sainte, rayonnant de paix, éclipsait la beauté des lys et des roses. Et quand le cortège se dirigea vers le cimetière, les chants des clercs se trouvèrent couverts par les sanglots des deux cents religieuses, qui se considéraient comme orphelines. Le culte de sainte Radegonde, une des figures les plus lumineuses de la sainteté française, se répandit ensuite largement dans le reste de l'Europe.
Par les prières de tes saints,
Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous. Amen.

QUINZE AOÛT
% Le 15 de ce mois, nous célébrons la DORMITION et le TRANSFERT au Ciel de notre
Toute-Glorieuse Souveraine la MÈRE de DIEU et toujours Vierge MARIE1•
Lorsqu'il plut au Christ notre Dieu de rappeler à Lui sa Mère, Il envoya un ange', trois jours à l'avance, pour lui annoncer cette nouvelle. En s'approchant, l'Ange dit à la Pleine de Grâce : «Voici ce que déclare ton Fils: "le temps est venu de rappeler auprès de moi ma Mère." Ne te troubles pas à cette nouvelle, mais réjouis-toi plutôt, car tu vas partir vers la vie éternelle. » Accueillant ce message avec grande joie, la Mère de Dieu, emplie du désir ardent de s'élever vers son Fils, se rendit au mont des Oliviers pour y prier dans la quiétude, ainsi qu'elle en avait coutume. Il se produisit alors un miracle étonnant: au moment où la Toute-Sainte atteignait le sommet de la colline, les arbres qui s'y trouvaient plantés inclinèrent leur ramure, se prosternant et rendant gloire à la Souveraine du monde, tels des serviteurs doués de raison.
Après avoir prié, la Toute-Sainte retourna chez elle, sur le mont Sion'. Comme elle entrait dans la maison, tout se mit soudain à trembler. Rendant grâces à Dieu, elle fit éclairer la demeure, et appeler ses parents et ses voisins. Elle mit elle-même tout en ordre, arrangea son lit funèbre et ordonna de préparer ce qui était nécessaire pour les funérailles. Aux femmes qui étaient venues à son appel, elle révéla la nouvelle de son départ vers le Ciel et, en guise de preuve, elle leur remit la branche de palmier, symbole de victoire et d'incorruptibilité, que l'Ange lui avait donnée'. Encore attachées par les liens de ce monde, ses compagnes reçurent cette nouvelle avec force larmes et gémissements, suppliant la Mère de Dieu de ne pas les laisser orphelines. Celle-ci les rassura: certes, elle partait vers le Ciel, mais elle n'en continuerait pas moins à les protéger, elles et le monde entier, par sa prière. À ces paroles, les femmes cessèrent leurs pleurs et s'empressèrent de
1. Comme c'est le cas pour les autres fêtes du cycle de la Mère de Dieu, la tradition liturgique et iconographique a largement emprunté aux apocryphes (Pseudo-Jean le Théologien et Pseudo-Méliton), en corrigeant leurs erreurs doctrinales. La commémoration de la Dormition (distinguée de l'assomption au ciel dans certaines Églises orientales) a remplacé, au début du VIe S., la mémoire de la Mère de Dieu, célébrée le 15 août à Jérusalem (depuis le ve s.), laquelle était l'équivalent de la Synaxe du 26 décembre à Constantinople (et qui s'est trouvée transférée au 13 d'après les documents géorgiens, GARITTE, Calendrier, p. 84). Fixée et rendue obligatoire dans tout l'Orient par l'empereur Maurice (582-602), elle acquit une large diffusion, à partir du VlIIe s., grâce aux éloges que prononcèrent à cette occasion les saints Pères et grands orateurs ecclésiastiques: saints André de Crète, Jean Damascène, Germain de Constantinople, Théodore Stoudite, Grégoire Palamas, etc. Depuis l'empereur Andronic II (1282-1328), tout le mois d'août est consacré à la Toute-Sainte, c'est pourquoi au Mont Athos et à Constantinople la clôture de la fête a lieu le 28. Cf. S. C. MIMOUNI, Dormition et Assomption de Marie. Histoire des traditions anciennes, «Théologie Historique 98 », Paris 1995, p. 463s.
2. Selon certains, il s'agit de l'Archange Gabriel, comme lors de l'Annonciation. On suppose que cet événement eut lieu environ onze ans après la Résurrection du Christ, la Mère de Dieu étant âgée de cinquante-neuf ans, selon d'autres soixante ou soixante-deux ans (seules deux sources mentionnent quatre-vingt ans).
3. Selon de nombreux auteurs, elle demeurait dans la maison de S. Jean le Théologien à Sion. Mais d'après certains historiens, la maison de la Toute-Sainte aurait d'abord été fixée à Gethsémani (lors de la fondation d'une première église de la Mère de Dieu par l'impératrice Eudocie au ve s.), et elle aurait été déplacée à Sion lorsqu'on fixa à Gethsémani le lieu de son tombeau (VI-VII' s.). Par ailleurs, des fouilles archéologiques récentes semblent démontrer que les sépulcres, découverts sur l'emplacement de l'église souterraine de Gethsémani, étaient bien vénérés, dès le 1" s. et jusqu'à la fin du IV' s; mais il n'est pas sûr qu'ils aient été considérés comme le tombeau de la Mère de Dieu; cf. MIMOUNI, op. cit., p. 571s. La tradition récente (XVII-XIX' s.) de la mort et de l'ensevelissement de la Toute-Sainte à Éphèse ne repose sur aucun témoignage historique et provient probablement d'une confusion avec Ste Marie Madeleine [22 juil.].
4. Dans certaines versions, la Mère de Dieu remet cette palme à Jean le Théologien.

faire les préparatifs. La Toute-Sainte ordonna en outre de donner les deux seules robes qu'elle possédait aux deux pauvres veuves qui étaient ses compagnes habituelles et ses amies'.
À peine avait-elle prononcé ces paroles, que la maison fut de nouveau ébranlée par un bruit semblable à celui du tonnerre, et elle se trouva remplie de nuées qui amenaient les Apôtres, rassemblés de toutes les extrémités du monde. C'était donc toute l'Église qui, en leurs personnes, était mystiquement présente pour célébrer les funérailles de sa Souveraine. Au chœur des Apôtres s'était joint celui des saints hiérarques, tels que saint Hiérothée [4 oct.], saint Denys l'Aréopagite [3 oct.] et saint Timothée [22 janv.]'. Les yeux pleins de larmes, ils dirent à la Mère de Dieu: « Si tu demeurais dans le monde et vivais parmi nous, nous en aurions, bien sûr, une grande consolation, ô Souveraine: ce serait comme si nous voyions ton Fils et notre Maître. Mais puisque maintenant, c'est selon sa volonté que tu vas être transportée au Ciel, nous nous lamentons et pleurons, comme tu le vois. Mais nous nous réjouissons cependant de tout ce qui a été disposé pour toi. » Elle leur répondit: «Ô Disciples et amis de mon Fils et de mon Dieu, ne transformez pas ma joie en tristesse, mais ensevelissez mon corps et gardez-le dans la position que je prendrai sur mon lit de mort. »
À ces mots, arriva à son tour sur les lieux le Vase d'Élection, saint Paul. Il se jeta aux pieds de la Toute-Sainte pour la vénérer et lui adressa cette louange: «Réjouis-Toi, Mère de la Vie et objet de ma prédication. Car, quoique je n'aie point vu le Christ corporellement, en te voyant, c'est Lui-même que je crois contempler. »
Après avoir fait ses derniers adieux à tous les assistants, la Toute-Immaculée s'allongea ellemême sur son lit de mort, disposant son corps comme elle le voulait, et elle offrit d'ardentes prières à son Fils pour la conservation et la paix du monde entier. Puis, ayant donné sa bénédiction aux Apôtres et aux hiérarques, souriante, elle remit paisiblement son âme, blanche et plus resplendissante que toute lumière, entre les mains de son Fils et de son Dieu, qui était apparu en compagnie de l'Archange Michel et d'une troupe angélique. Sa mort s'accomplit en effet sans souffrances ni angoisse, de même que son enfantement avait eu lieu sans douleurs.
Pierre, le Coryphée des Apôtres, entonna alors l'hymne funèbre et ses compagnons soulevèrent la litière, précédés par d'autres assistants qui portaient des flambeaux et accompagnaient le cortège de leurs chants, avec à leur tête saint Jean le Théologien tenant en main la palme de victoire, et suivis en silence par la foule des disciples. On pouvait aussi entendre les anges, qui joignaient leurs voix à celles des hommes, de sorte que le ciel et la terre étaient tout remplis de cette thrène en l'honneur de la Souveraine du monde. L'air se trouva purifié par l'ascension de son âme, la terre allait être sanctifiée par la déposition de son corps, et de nombreux malades recouvrèrent alors la santé. Ne pouvant supporter ce spectacle, les chefs des Juifs excitèrent des gens du peuple et les envoyèrent renverser la litière sur laquelle reposait le corps vivifiant. Mais la justice divine devança leur sombre dessein, et ils furent tous frappés d'aveuglement. L'un d'eux, le prêtre Jéphonias qui, plus audacieux que les autres, était parvenu à saisir la sainte couche, eut en plus les deux mains coupées à la hauteur du coude par le glaive de la colère divine, et ses bras mutilés restèrent accrochés au lit, offrant un spectacle pitoyable. Porté au repentir par ce châtiment, Jéphonias adhéra de tout son cœur à la foi; et à la parole de Pierre, il se trouva guéri et devint pour ses compagnons un instrument de salut et de guérison. En effet, comme on lui avait remis un rameau de la palme de la Mère de Dieu, il l'appliqua sur les yeux de ses compagnons, et les guérit tout à la fois de leur cécité corporelle et de leur aveuglement spirituel.
Parvenus au jardin de Gethsémani, les Apôtres ensevelirent le corps très saint de la Mère de Dieu et demeurèrent là pendant trois jours, leurs prières étant sans cesse accompagnées des hymnes
Cf. le récit de la déposition de la Robe de la Mère de Dieu, le 2 juil.
Détail rapporté dans les œuvres attribuées à S. DENYS l'ARÉOPAGITE, Noms Divins 3,2, PG 3,681-684.

angéliques'. Conformément à une disposition de la Providence, l'un des Apôtres (Thomas selon certains) ne se trouvait pas aux funérailles. Il n'arriva à Gethsémani que le troisième jour et ne pouvait se consoler de n'avoir pu contempler une dernière fois le corps déifié de la Toute-Sainte. Aussi, d'un commun accord, les autres Apôtres décidèrent-ils d'ouvrir le tombeau, afin qu'il puisse vénérer le saint corps. Une fois qu'on eut enlevé la pierre qui en fermait l'entrée, ils restèrent tous saisis de stupeur en constatant que le corps avait disparu et que seul le suaire qui l'enveloppait restait là, vide, mais gardant la forme du corps. C'était une preuve irréfutable du transfert au Ciel de la Mère de Dieu, c'est-à-dire de sa résurrection et de l'ascension de son corps, de nouveau réuni à son âme, au-delà des cieux, dans l'intimité de son Fils, pour être notre représentante et notre avocate auprès de Dieu'.
Marie, fille d'Adam, mais devenue véritablement Mère de Dieu et Mère de la Vie en enfantant celui qui est la Vie substantielle (Jn 14,6), est donc passée par la mort. Mais sa mort n'est en rien déshonorante, car, vaincue par le Christ, qui s' y est soumis volontairement pour notre Salut, la condamnation d'Adam est devenue «mort vivifiante» et principe d'une existence nouvelle. Le tombeau de Gethsémani, de même que le saint Sépulcre, est ainsi devenu une « chambre nuptiale », où se sont accomplies les noces de l'incorruptibilité.
Il convenait en effet que, conforme en tout au Christ-Sauveur, la très sainte Vierge passe par toutes les voies que le Christ a empruntées pour répandre la sanctification en notre nature. Après l'avoir suivi dans sa Passion et avoir « vu » sa Résurrection, elle a donc fait l'expérience de la mort. Dès qu'elle se sépara de son corps, son âme très pure se trouva unie à la Lumière divine, et son corps, étant resté peu de temps en terre, ressuscita bientôt, par la grâce du Christ ressuscité. Ce corps spirituel fut reçu au Ciel comme le tabernacle du Dieu-Homme, comme le trône de Dieu. Il est la partie la plus éminente du Corps du Christ, et il a souvent été assimilé par les saints Pères à l'Église elle-même: la demeure de Dieu parmi les hommes, prémices de notre état futur et source de notre divinisation. Des entrailles très chastes de Marie, Mère de Dieu, le Royaume des cieux nous a été ouvert, c'est pourquoi son transfert au Ciel est cause de joie pour tous les croyants qui ont ainsi acquis la garantie, qu'en sa personne, c'est toute la nature humaine, devenue porteuse du Christ, qui est appelée à habiter en Dieu.
• Le même jour, mémoire de la très grande miséricorde que Dieu a manifestée, par l'intercession de notre Souveraine la Mère de Dieu et Toujours Vierge Marie, en repoussant les impies Sarrasins qui assiégeaient Constantinople.
7. On raconte qu'au retour des funérailles, les Apôtres se rassemblèrent pour un repas fraternel et qu'à la place du Christ, ils déposèrent un morceau de pain en forme de triangle. Mais au moment de l'élever en invoquant le Nom du Christ, comme ils en avaient coutume, ils entendirent du haut du ciel, la Toute-Sainte dire: «Réjouissez-vous, car je suis avec vous jusqu'à la fin des jours! » Tout à leur joie, les Apôtres s'écrièrent alors d'une seule voix: «Très sainte Mère de Dieu, viens à notre aide! »C'est l'origine de l'office de l'Élévation de la Panaghia, célébré dans les monastères à l'issue du repas les jours de fêtes (cf. Grand Horologe).
8. D'après l'apocryphe du Pseudo-Jean, le corps de la sainte Vierge aurait d'abord été transféré au Paradis, auprès de l'Arbre de vie, et c'est là que l'Archange Michel serait venu y introduire de nouveau son âme. Les saints Pères ont cependant répugné à se prononcer dogmatiquement sur cette question, qui reste un objet de piété de l'Église et non de définitions théologiques. Ils ont préféré contempler dans ce mystère du «transfert» (metastasis) au Ciel de la Mère de Dieu, l'achèvement de l'œuvre du Rédempteur par la «co-résurrection» et la «co-glorification» de la sainte Vierge, en réservant cependant le terme de «résurrection» (anastasis) à celle du Sauveur. Le terme d'« Assomption », quant à lui, récemment adopté comme dogme par l'Église Catholique Romaine (1950), en tant que corollaire de celui de 1'« Immaculée Conception» (1854), laisse supposer de manière ambiguë que la Mère de Dieu, ayant été mise à part de l'héritage d'Adam (le péché originel et sa conséquence, la mort), ne serait pas morte, mais aurait été directement emportée, corps et âme, au Ciel.

Au début du règne de Léon l'Isaurien (717) une immense armée arabe, après avoir écrasé l'Empire perse et soumis l'Égypte, la Libye, l'Espagne et de nombreuses autres contrées, parvint sous les murs de Constantinople, embarquée sur deux mille cinq cents bateaux". Désespérant de tout secours humain, les habitants de la capitale, dont la plupart avaient été évacués, se tournèrent vers la sainte Mère de Dieu pour qu'elle sauve la Ville qui lui était consacrée. La divine protection ne tarda pas à se manifester, car les bateaux des assaillants se heurtèrent à la grande chaîne qui fermait le Bosphore. Un grand nombre d'entre eux fut englouti par la tempête et les plus grands navires furent incendiés par les Byzantins grâce à l'astucieuse invention du feu grégeois. À terre, les efforts des Agaréniens pour prendre d'assaut la ville se heurtèrent à son enceinte imprenable. L'hiver étant venu, le froid se fit particulièrement rigoureux, et les soldats arabes, réduits à la famine, allèrent même jusqu'à manger de la chair humaine et leurs excréments. Ils moururent en grand nombre, et à l'approche de l'été, la peste décima leur armée. Entre temps, l'empereur Léon III s'était acquis le concours des Bulgares, qui infligèrent d'autres lourdes pertes aux assiégeants.
On rapporte d'autre part que prétendant proclamer un nouvel empereur à leur solde, les Arabes demandèrent à entrer dans la ville pour la visiter. Comme Suleiman, leur chef, parvenait à la porte, monté orgueilleusement sur son cheval, il fut empêché d'entrer par sa monture qui s'était cabrée, et il vit au-dessus de la porte une représentation en mosaïque de la Mère de Dieu, assise sur un trône et portant le Christ dans ses bras. Il descendit alors de son cheval et entra humilié dans la ville.
À la suite de cette défaite, l'armée arabe se retira, couverte de honte, un an jour pour jour après son arrivée, le 15 août 718. Et lorsqu'elle parvint dans la mer Égée, une grêle mêlée de feu s'abattit sur sa flotte, faisant couler la plupart des navires. Seulement dix d'entre eux purent échapper à la catastrophe, qui est restée dans la mémoire des chrétiens comme un des signes les plus glorieux de la Protection de la Mère de Dieu.
• Le même jour, mémoire de notre vénérable Père MACAIRE le ROMAIN, thaumaturge de
NOVGORODIO•
Ce grand luminaire de l'Orthodoxie vit le jour à la fin du xv" siècle, dans la ville de Rome.
Issu d'une famille pieuse et aisée, il fut élevé dans la crainte de Dieu et reçut une instruction complète dans les sciences de ce temps. Un avenir prometteur s'ouvrait devant le jeune homme, mais son cœur brûlait secrètement de s'abreuver à la Source de la vie éternelle, en menant une vie consacrée à la prière. Les années passant, il renonça peu à peu aux distractions et affaires de la vie mondaine, pour s'adonner à la méditation des saintes Écritures. Rêvant d'imiter la vie des Pères, dont il lisait avec avidité les exploits, il était cependant tourmenté par le spectacle qu'offrait alors Rome et toute l'Italie, livrées à l'impétueux torrent d'un humanisme impie, indûment nommé « Renaissance», mais qui n'était en fait qu'un retour au paganisme de l'Antiquité.
Méditant sur les causes de cette décadence et constatant qu'elle avait son origine dans le schisme qui avait séparé l'Occident chrétien de la tradition vénérable des saints Pères, il supplia avec larmes le Christ de lui indiquer le chemin pour y revenir. Le Seigneur ouvrit ses yeux spirituels et lui révéla que l'Église Orthodoxe d'Orient était restée immuable dans ses dogmes et offrait à ses fidèles les moyens authentiques de suivre l'exemple des saints. De même que son
9. Deux attaques arabes avaient déjà été repoussées, en 674 et 678. 10. Il est aussi commémoré le 19 janv.

contemporain, saint Maxime le Grec [21 janv.], il décida de partir pour la lointaine Russie, qui était alors le seul grand pays où l'Orthodoxie était librement pratiquée. Il distribua tous ses biens aux pauvres et, vêtu d'un vieil habit, il commença sa pérégrination. Au terme d'un immense périple, il parvint à Novgorod la Grande, où il découvrit avec étonnement, que l'un des principaux monastères avait été fondé, quatre siècles plus tôt, par un de ses compatriotes, saint Antoine le Romain [3 août]. Il visita aussi le monastère de saint Alexandre de Svir [30 août] qui, bien qu'affaibli par la maladie, réserva un accueil chaleureux au pèlerin. Comme il lui demandait à vivre sous sa direction, saint Alexandre le reçut dans la sainte Église, et après un bref noviciat, il lui conféra le saint Habit angélique sous le nom de Macaire.
À l'exemple d'autres disciples de saint Alexandre, Macaire quitta le monastère après quelque temps, en vue d'aller mener la vie hésychaste. Après avoir de nouveau vénéré les saints lieux de Novgorod, il élut sa résidence sur une petite île boisée, au milieu des marais qui s'étendaient de part et d'autre de la rivière Lezna. Brûlant d'amour pour Dieu et exténuant sa chair par de pieux labeurs, le saint ermite passa des années dans la solitude, inconnu de tous et tendu vers le Royaume des cieux. Une nuit de mauvais temps, alors qu'il se tenait en prière, quelqu'un frappa à la porte de sa cabane, lui demandant d'ouvrir au Nom de Dieu. C'était des chasseurs qui, égarés et épuisés, demandaient asile. Profondément émus par l'apparence divine de l'ascète et par ses paroles, d'où suintait la grâce, ils déclarèrent que c'était par ses prières qu'ils avaient pu échapper au danger de ces marais. Répliquant qu'il s'agissait plutôt d'un dessein de la Providence, le saint leur offrit ses maigres provisions et, après les avoir réconfortés, il leur montra comment sortir des marais. Les chasseurs repartirent, stupéfaits de la patience extraordinaire manifestée par l'ascète de Dieu, qui endurait depuis de si longues années le climat insalubre de cet endroit et les assauts inlassables de nuées de moustiques et autres insectes. Ils ne pouvaient comprendre que ce qui était pour eux insupportable faisait les délices du disciple du Christ. De retour chez eux, ils rapportèrent ce qu'ils avaient vu, et beaucoup de gens pieux commencèrent à venir solliciter les conseils du saint. Troublé par cette renommée, Macaire quitta bientôt les lieux pour s'établir plus avant dans la forêt, sur la rive gauche de la Lezna. Il y vivait en compagnie des bêtes sauvages, caressant les ours et les nourrissant de ses mains. Mais, là encore, il ne put jouir longtemps des délices de la vie solitaire: la grâce qu'il avait reçue de Dieu par ses labeurs débordait en effet de son âme sur toute la création environnante, et quand il priait la nuit une colonne de feu ou un parfum d'encens révélaient sa présence aux habitants des environs. Les hommes pieux qui avaient été attristés par sa disparition partirent donc à sa recherche et parvinrent jusqu'à sa retraite grâce à ces phénomènes miraculeux. Ils furent suivis par beaucoup de fidèles, parmi lesquels certains demandèrent au saint à mener la vie ascétique sous sa direction. Incapable d'opposer un refus à leurs ardentes prières, saint Macaire se soumit à la volonté de Dieu. Ses disciples se construisirent des cellules autour de sa cabane, et quand leur nombre s'accrut on érigea une petite église de bois, dédiée à la Dormition de la Mère de Dieu (1540). Élevé à la dignité sacerdotale par l'évêque Macaire de Novgorod, le saint devint premier higoumène du monastère. Il se montrait vraiment bon pasteur, en se faisant pour ses disciples le modèle de toutes les vertus, et répandait autour de lui la miséricorde de Dieu par ses miracles et son don de clairvoyance.
Lorsqu'il sentit que le temps était proche de quitter cette vie de labeurs pour gagner le lieu du repos, il céda la direction du monastère à l'un de ses disciples et, regagnant la petite île qui avait été le théâtre de ses premiers combats, il s'y endormit paisiblement dans le Seigneur, le 15 août 1550.
Par les prières de tes saints,
Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous. Amen.

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Sources : synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos-Petra au mont Athos
et site Orthodoxos Synaxaristis
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