Site de la Crypte

seraphin

Petit Synaxaire

Revenir à la page "Quoi de neuf sur le site de la Crypte"     → Recevoir nos mises à jour

Odon de Cluny

Saint Odon de Cluny

(879-942) abbé de Cluny Fête au 18 novembre

Saint Odon, abbé de Cluny de 927 à 942, véritable fondateur du rayonnement clunisien apparaît comme l'une des figures les plus importantes de la Chrétienté médiévale en occident.

Sa mémoire est vénérée à plusieurs titres par les croyants orthodoxes, le 18 novembre.

Rappelons au besoin, tout d'abord, que les saints catholiques romains antérieurs aux anathèmes du XIe siècle figurent dans les synaxaires des églises locales. Ils sont, par conséquent, reconnus par l'Orthodoxie universelle. Cela s'applique d'ailleurs, par principe, à ceux des Pères Latins dont la pensée théologique, – ou plus précisément : la réception, – pourrait poser le plus de problèmes aux fidèles de l'Église orthodoxe d'orient.

Dans le cas d'Odon, bien plus, on doit souligner à quel point son œuvre, sa vie de sainteté et tout ce que nous savons de lui l'apparentent à nos traditions.

Il naquit probablement en Touraine en 879 au sein d'une famille certainement puissante. Alors qu'une carrière brillante s'offre à lui dans le monde, il quitte très tôt toutes ses fonctions laïques pour entrer d'abord au monastère de saint Martin de Tours (1). Il séjourna un temps à Paris, à l'école de Rémi d'Auxerre où il recevra une solide formation tant profane que théologique. Plus tard, il recevra la prêtrise et occupera des responsabilités à la tête de plusieurs autres monastères.

À cette époque, la notion d'ordre religieux n'existe pas encore, au sens que ceux-ci ont pris en occident, à partir du XIIIe siècle notamment. Sur le modèle des monastères que l'orthodoxie appelle "stavropèges", c'est-à-dire dépendant directement du patriarcat [de Constantinople] et, par conséquent indépendants de l'évêque local la même tradition s'installe en occident. Au temps d'Odon, il en allait ainsi du monastère de saint Géraud à Aurillac dont le futur abbé de Cluny fut le protégé puis le successeur. Plus tard, lorsqu'il prit en charge la communauté clunisienne il obtint de Rome de ne plus dépendre de son évêché, de pouvoir recevoir librement des moines extérieurs au diocèse. Puis, ayant réformé et mis en pratique la "règle" rédigée par saint Benoît au VIe siècle, à l'usage de communautés cénobitiques alors indépendantes, il obtint d'en contrôler l'application dans les monastères se réclamant de son exemple. Son prédécesseur saint Bernon, né au ciel en 927, avait amorcé le courant puisque les historiens considèrent qu'il "gouvernait" déjà six monastères, dans un rapport comparable à celui des "métochies" de l'orient, dépendances plus ou moins directes.

Jusqu'alors la vie monastique, en occident comme en orient ne connaissait pas de réseaux d'une autre nature. Saint Jean Cassien au Ve siècle avait rédigé ses "Institutions cénobitiques" et ses "Conférences" ["Collations"] destinées à la formation des moines vivant en communauté. Il s'agissait alors de transposer en Gaule et particulièrement en Provence, à la demande de saint Césaire, évêque d'Arles, la spiritualité, les pratiques et l'expérience des Anciens d'Égypte et de Palestine. ceci ne les rattachait à aucune organisation parallèle à la hiérarchie ecclésiastique.

On doit comprendre que même les évêques des Gaules représentaient un pouvoir largement temporel, et le monachisme devait pouvoir s'en affranchir.

Sous l'impulsion d'Odon, Cluny en Bourgogne, [comme le Stoudion à Constantinople à partir de l'higouménat de saint Théodore le Stoudite (2)], s'institua donc comme modèle d'une vie spirituelle et culturelle de plus en plus indépendante des hiérarchies civiles et religieuses.
S'étant affranchi des puissance séculières, Odon va donner de la sorte à sa communauté, qui ne sera jamais le siège d'un "ordre monastique", et encore moins d'un pouvoir, un rayonnement spirituel authentique.

Celui-ci durera près d'un demi millénaire. Jusqu'à la construction de l'église saint Pierre de Rome son église abbatiale demeurera le plus grand édifice d'occident. Par ses dimensions elle venait en deuxième place de toute la chrétienté, juste après sainte Sophie de Constantinople. Mais on doit rappeler que Cluny est toujours rester une modeste bourgade du Mâconnais. Charmante petite bourgade elle se situe à l'écart des centres politiques et des grands axes commerciaux. Le déclin de l'abbaye viendra avec la création, d'abord, de l'ordre cistercien, puis des grands ordres mendiants. Cluny ne sera vraiment marginalisé qu'à partir du XVIe siècle avec l'institution de la nomination par le Roi d'abbés "commendataires" non résidents, pratique autorisée par le concordat de Bologne de 1516. Largement profanés, endommagés ou détruits à la suite des fureurs de la Révolution française de 1789 et de la nationalisation des biens de l'Église, les édifices clunisiens ne sont malheureusement plus, aujourd'hui, qu'un lieu de visite historique, d'ailleurs fort intéressante, une partie de l'abbaye étant affectée à l'École des Arts et Métiers.

Ainsi l'œuvre d'Odon doit être reconsidérée dans son ensemble et sa durée exceptionnelle pour ne pas dire miraculeuse.

Ce grand lettré développa la bibliothèque de Cluny à partir des manuscrits provenant de Saint-Martin de Tours.

Musicien on lui doit la classification de la gamme occidentale, "A", "B", "C", etc. qui deviendra "la", "si", "ut" plus tard dans le pays de langue romane.

Il laissa de nombreux et importants écrits des "Collationes" (conférences), "Occupatio", poésie épique sur le salut et une très importante "Vie de saint Géraud d'Aurillac", mais aussi des abrégés, des Sermons, et récit de la translation du corps de saint Martin de Tours en Bourgogne. Le tout, largement introuvable pour le lecteur contemporain, mérite de sortir de son ensevelissement.

Donnons-lui enfin la parole sur un point essentiel. Il rappelle le rapport du christianisme à la puissance et à la richesse. Dénonçant la frénésie d'accumulation où "les plus riches s'efforcent d'accroître de façons démesurées leur richesse et cherchent à satisfaire leurs prodigalités quotidiennes", il donne en exemple saint Géraud, ce fils du comte d'Aurillac, et fondateur du monastère. "À un laïc, écrit-il, beaucoup de choses sont permises qui ne le sont pas à un moine. Mais on peut être dit confesseur de la foi, aussi bien lorsqu'on porte sa croix en résistant aux passions que lorsqu'on glorifie Dieu en administrant des biens".

Jean Malliarakis

Notes

(1) cf. le long article de Marie Borrély sur ce saint français du IVe siècle extrait de "Orthodoxes à Marseille".
(2) cf. Émission d'Alexis Chryssostalis sur France Culture du 6.11.2011

Analyse d'audience